Un Amour Impossible réalisé par Catherine Corsini [Sortie de Séance Cinéma]

Synopsis : « À la fin des années 50 à Châteauroux, Rachel, modeste employée de bureau, rencontre Philippe, brillant jeune homme issu d’une famille bourgeoise. De cette liaison passionnelle mais brève naîtra une petite fille, Chantal. Philippe refuse de se marier en dehors de sa classe sociale. Rachel devra élever sa fille seule. Peu importe, pour elle Chantal est son grand bonheur, c’est pourquoi elle se bat pour qu’à défaut de l’élever, Philippe lui donne son nom. Une bataille de plus de dix ans qui finira par briser sa vie et celle de sa fille. »


Les lumières de la salle de cinéma s’allument, tu te repositionnes sur ton siège pour avoir fière allure parce que la position “je m’installe comme à la maison” ce n’est pas trop ça, et là, ton ami(e) se retourne vers toi et te pose la question fatidique…

Adapter un roman peut s’avérer le parcours du combattant. Encore plus quand il s’agit d’une biographie qui touche à l’intime. Surtout s’il s’agit de la vie d’une écrivaine reconnue et de talent : Christine Angot. Pour son onzième film, Catherine Corsini prend le risque de donner vie à la relation familiale de la romancière avec sa mère. L’histoire de Rachel et de sa fille Chantal dont le père mit quinze ans à la reconnaître. Loin de l’histoire de la grossesse cachée, le spectateur est le témoin d’une lutte des classes sociales où chacun doit rester à sa place. On peut vivre une passion mais on ne doit pas vivre ensemble. Pourtant la passion entre Rachel et Philippe est réelle mais on comprend très vite que cette passion est fatale. Une passion destructrice, une passion malsaine. Une histoire d’Un amour impossible car il oppose une femme de condition sociale modeste et aventureuse à un homme riche mais ambigu, troublant, pervers. Dans cette histoire, Catherine Corsini tisse le portrait d’un pervers narcissique qui rejette la faute sur les autres sans jamais une seule fois se remettre en question. Et cette passion dévorante consume les amants et sera fatale à la petite Chantal, née d’un moment d’amour fugace.

Il est ensuite difficile de plonger plus dans les détails de l’histoire sans risquer de dévoiler les blessures qui vont construire cette famille dysfonctionnelle. Et surtout, éloigner une fille de sa mère pour mieux leur permettre d’essayer de se retrouver finalement. Pour interpréter ce trio maudit, la réalisatrice a fait appel à deux acteurs dont les compositions sont parfaites. Tout d’abord Virginie Efira dont le talent pour les rôles dramatiques (Elle et surtout Victoria) n’est désormais plus à prouver. Catherine Corsini a décidé de lui confier le rôle de Rachel, cette femme qui va s’élever socialement, porter au firmament sa fille pour finalement payer cette volonté d’une reconnaissance paternelle de la petite Chantal, suite à sa prestation dans Victoria. Virginie Efira offre une solide composition laissant entrevoir les fragilités d’une femme et d’une mère. Elle est ce château de cartes qui tient bon dans les moments de tension face à son amant mais qui s’effondre au moindre coup de vent asséné par les disputes avec sa fille. Face à elle, se dresse un partenaire de qualité : Nils Schneider. Il apporte une épaisseur à un personnage détestable. Il habite le personnage de Philippe et réussit à laisser transparaître toute la cruauté, la manipulation et l’ignominie de l’homme. L’acteur franco-canadien confiera même avoir été dérangé par les comportements de pervers narcissique du personnage.

Le trio est complété par Chantal. Interprétée par trois actrices différentes, ce sont surtout la jeune adolescente puis la femme qui fascinent. Tout d’abord Estelle Lescure campe une Chantal en pleine rébellion par rapport à une mère dévouée à son obsession de lui permettre de porter le nom de son père. Puis surtout Jehnny Beth, au phrasé impeccable en voix off, offre une interprétation de Christine Angot plus vraie que nature. Chaque posture, chaque mot, chaque façon d’être rappelle l’écrivaine, aujourd’hui chroniqueuse à la télévision. Pour qui connaît l’écrivaine en snippeuse de Laurent Ruquier, il découvrira les traumas d’une femme blessée, écorchée vive, marquée par un secret et une détestation du comportement de sa mère. Pourtant malgré le titre d’amour impossible, une mère et une fille s’aiment, se déchirent et se retrouvent pour le meilleur et pour le pire. Et une question se pose durant toute la projection : pour qui cet amour est-il impossible ? Ce titre travaille les méninges du spectateur. Bien malin celui qui saura comprendre le drame qui se noue.

Un drame intense, où la reconstitution d’un passé qui n’est plus, recrée une atmosphère unique. Les années 1960 puis 1970 et celles de la vie actuelle de Chantal sont dépeintes avec un réalisme saisissant. Aucun détail n’est laissé au hasard : costumes, décors, chansons au millimètre pour favoriser l’immersion au plus près de cette “drôle” de famille. Alors certes, la lenteur de l’histoire, l’omniprésence de la voix off pourraient repousser mais Catherine Corsini manipule avec maestria l’art de l’attente, des silences et des non-dits. Elle réussit la parfaite opposition entre trois personnes que l’affiche du film présente à merveille. Une jeune femme heureuse face à l’homme au regard baissé, qu’elle aime, et une petite fille qui se cache dans la jupe de sa mère… sans doute a-t-elle compris que sa place sera compliquée à prendre ? Cet amour impossible laisse planer beaucoup de questions levées aux 3/4 du film. Le spectateur découvre les blessures, les ruptures et toute l’ignominie d’un homme. En poussant les acteurs dans leurs retranchements, la réalisatrice tire le meilleur d’eux-mêmes. Elle réussit la lecture d’un drame familial avec nuances et subtilités. Catherine Corsini transforme la biographie d’une mère en un drame subtil, intime et habité.


« La lenteur de l’histoire, l’omniprésence de la voix off pourraient repousser mais Catherine Corsini manipule avec maestria l’art de l’attente, des silences et des non-dits. »


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