Tout pour être Heureux (Critique l 2016) réalisé par Cyril Gelblat

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Synopsis : “Antoine, bientôt quarantenaire, dilettante, égoïste et insatisfait ne s’est jamais réellement senti investi d’une mission pour s’occuper de ses filles, âgées de 5 et 9 ans. Infantilisé par sa femme Alice, Antoine n’arrive pas à trouver sa place dans son foyer et décide subitement de la quitter pour une histoire sans lendemain. Lorsqu’Alice lui confie leurs filles quelques jours par surprise, Antoine va se retrouver sur un continent inconnu. Et alors qu’il était incapable d’assumer son rôle de père à l’intérieur du noyau familial, il va finir par devenir une véritable « mère juive ». Après avoir quitté sa femme par nostalgie de sa liberté d’antan, le nouvel Antoine va se retrouver confronté à une nouvelle nostalgie, celle de sa vie de famille.”

Cyril Gelbat est un réalisateur atypique en France : deux courts métrages et deux longs métrages à son actif en 14 ans, seulement. C’est peu et à chaque fois, on reconnaît une patte qui est la sienne : la famille en crise autour d’un élément qui dérape, déconne pour mieux revenir.

Ici, c’est Antoine qui déconne : obnubilé par sa vie de producteur de musique cherchant la perfection au point de se mettre dans la mouise, il en néglige ses filles et sa femme… au détour d’une passade sans lendemain, le couple vole en éclat (mais sans vraiment faire d’éclat) pour entrer dans l’histoire du père célibataire qui va devoir se retrouver face à la réalité : élever ses filles, mener des projets à leur terme et reconquérir la femme qu’il a toujours aimé finalement.

Ce ne serait pas “spoiler” que de dire que les réalisateurs et scénaristes français n’arrivent pas à rendre passionnant et entraînant des histoires telles que celle de ce Tout pour être Heureux. Le film conte aux spectateurs l’histoire d’un couple en bout de course, qui se déchire sur la garde des enfants et la façon de régler leur éducation. En ce sens, le modèle du genre reste le long-métrage Kramer contre Kramer. Et si le film semble prendre ce chemin au départ, il s’en éloigne très vite pour proposer une réflexion plus poussée sur la famille, mais aussi sur la génération des quarantenaires actuels. Entre remise en question et véritable recherche des souvenirs passés et des rêves mis de côté.

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Manu Payet prouve avec ce nouveau rôle, qu’il est plus que crédible en homme qui cherche sa place. Celle d’un papa, d’un producteur et aussi d’un musicien de talent (qu’il fut). Celle d’un homme qui a des rêves qu’il a perdus de vue et celle d’un frère. En ce sens, les meilleurs passages sont ceux avec Aure Atika qui interprète sa sœur. Les scènes où ils partagent l’écran, sont les plus réussies du film. De l’humour, de la tendresse et aussi de la fantaisie. Une belle palette d’émotion et une partition qu’ils jouent tous les deux à la perfection, mettant même en lumière Aura Atika, dans un univers qu’elle commence à appréhender pleinement. Celui de la comédie de société. Pour rappel, elle était épatante dans le long métrage Papa was not a Rolling Stone réalisé par Sylvie Ohayon.

Les scènes que Manu Payet, alias Antoine, passe avec ses filles Rafaèle et Leonor (interprétées par les jeunes Rafaèle Gelblat et Jaïa Caltagirone) sont également très réussies, très jolies. Des moments, qui à cause de maladresses scénaristiques, sont emportés sur le chemin ultra-balisé d’un stéréotype prévisible. Celui du “papa qui repend sa place, celle qui lui revient de droit”. Et en ce sens, le moment où les jeunes filles lui sont confiées ne représentent pas la meilleure partie du film. Il nous reste les passages avec Audrey Lamy. Actrice qui joue tout en intériorité, et qui, de fait ne profite pas pleinement de l’exposition aux côtés de Manu Payet. Ce sont les scènes finales qui lui donnent à elle, et au personnage, une ampleur incroyable qu’il aurait été bon de découvrir dès le début. Les autres membres du casting sont tous justes et impeccables.

En plongeant dans le quotidien d’un “adolescent” qui n’a pas su grandir assez vite, Cyril Gelblat nous offre une nouvelle variation du père qui découvre ou, redécouvre, ses responsabilités pour devenir à la fois père (et pas forcément un bon père), un homme qui redécouvre son métier et l’envie de faire de la musique, et surtout un adulte qui cherche à reprendre une place qu’il n’a pas su garder. Quant au final, il serait diabolique de vous le révéler, aussi je ne dirai que ceci, il emmène ce qui aurait pu être une petite histoire basique vers des sommets inattendus ou le twist est bien plus qu’un simple retournement… prouvant au passage que Cyril Gelblat est un scénariste avec lequel il va falloir compter désormais, car il réussit une belle adaptation du livre du journaliste Xavier De Moulins : Un Coup à Prendre.


En Conclusion :

Une comédie douce-amère par moment drôle, par moment mélancolique (une certaine tristesse élégante comme j’ai pu le lire quand on parle du livre dont elle est adaptée) où Manu Payet arrive enfin à trouver le ton juste qui lui manquait dans sa première réalisation, Situation Amoureuse : c’est compliqué. Une histoire qui prône les valeurs de la famille (les rapports frère et sœur avec une formidable Aure Atika et parents-enfants) comme véritable refuge pour mieux se construire ou se reconstruire : permettant sans doute d’assumer l’âge adulte, pour mieux quitter l’adolescence en prouvant qu’il est possible d’accomplir ses rêves sans que cela soit au détriment de quelque chose… il suffit juste d’y croire même si…

A noter que le film marque un joli point grâce à une belle bande originale et d’excellentes scènes musicales. L’actrice Joe Bel révèle surtout un talent de chanteuse avec une voix oscillant entre la soul et la country. Ce qui sied parfaitement avec la caractérisation de son personnage, et qui surtout, rappel Joss Stone. Oui j’ose la comparaison !

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