Tout l’Argent du Monde réalisé par Ridley Scott [Sortie de Séance Cinéma]

Synopsis : “Rome, 1973. Des hommes masqués kidnappent Paul, le petit-fils de J. Paul Getty, un magnat du pétrole connu pour son avarice, mais aussi l’homme le plus riche du monde.  Pour le milliardaire, l’enlèvement de son petit-fils préféré n’est pas une raison suffisante pour qu’il se sépare d’une partie de sa fortune.
Gail, la mère de Paul, femme forte et dévouée, va tout faire pour obtenir la libération de son fils. Elle s’allie à Fletcher Chace, le mystérieux chef de la sécurité du milliardaire et tous deux se lancent dans une course contre la montre face à des ravisseurs déterminés, instables et brutaux. ”

Les lumières de la salle de cinéma s’allument, tu te repositionnes sur ton siège pour avoir fière allure parce que la position “je m’installe comme à la maison” ce n’est pas trop ça, et là, ton ami(e) se retourne vers toi et te pose la question fatidique…

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À 80 ans, Ridley Scott fait partie de ces cinéastes américains qui ont embrassé pleinement tous les genres hollywoodiens, de la science-fiction (Alien, Blade Runner, Prometheus, Seul sur Mars, etc.) au péplum (Gladiator, Exodus : Gods and Kings), en passant par la fresque historique (Kingdom of Heaven, Robin des Bois, etc.) et le thriller politique (American Gangster, Mensonges d’État), son genre de prédilection des années 2000. Tout l’Argent du Monde marque le retour du cinéaste vers ce genre, après une courte pause vers le péplum avec Exodus et la science-fiction avec Seul sur Mars et Alien Covenant cette année même, suite de Prometheus, fresque de science-fiction se présentant comme un prequel au premier Alien, le cinéaste orientant la saga de science-fiction horrifique vers des questions métaphysiques et existentielles sur l’humanité et l’acte de création avec cette nouvelle saga qui divise, pour ne pas dire qu’elle provoque une haine profonde chez les fans de la première heure.

Tout l’Argent du Monde se place comme une œuvre dans la lignée de la précédente excursion du cinéaste dans le thriller, entre Prometheus et Exodus, avec Cartel, une fable sur le pouvoir de l’argent très mal reçu autant par la critique que le public. À un mois de la sortie de Tout l’Argent du Monde, Kevin Spacey, que les teasers présentaient déjà comme l’interprète de Paul Getty, milliardaire contrôlant le pétrole et réputé pour être « l’homme le plus riche du monde », est évincé du montage du film pour cause des récentes accusations d’harcèlements sexuels faits à l’encontre de l’acteur, et, remplacé par Christopher Plummer casté auparavant pour le rôle, qui se voit chargé de retourner toutes les scènes jouée par Kevin Spacey, impliquant des reshoots avec le reste du casting, à Londres, à Rome, en l’espace d’une dizaine de jours, pour un coût de dix millions de dollars pour un budget initial de quarante millions. Malgré les reshoots et le remontage du film, ce dernier sort en salle le 27 décembre en France et le 22 décembre en Amérique du Nord,comme convenu par les studios, afin que le film puisse continuer son bout de chemin vers la Cérémonie des Oscars 2018.

On aurait pu craindre un effet Justice League qui aurait donné un film maladroitement monté, avec une performance faite à la dernière minute qui aurait entaché la vision initiale de ce qu’aurait été le dernier film du cinéaste. Mais il faut avouer que ce n’est pas le cas. La performance de Christopher Plummer est excellente, ainsi que celle du reste du casting qui ont du rejouer leurs scènes auprès de l’acteur, que ce soit Mark Wahlberg ou Michelle Williams. Mais hormis cette opération risquée et fort couteuse qui a fait bien de la lumière ces dernières semaines au film de Ridley Scott, que vaut-il réellement ? On peut dire que Ridley Scott gère particulièrement bien le genre du thriller politique, de manière moins maladroite qu’avec la science-fiction et le récent Alien Covenant qui reste néanmoins une bonne série B viscérale. On retrouve dans cette nouvelle œuvre les thématiques chères à l’analyse du cinéaste à propos de la société américaine des années 2000, que ce soit l’argent et sa force de corruption dans Cartel ou les hommes de pouvoir dans l’excellent Mensonges d’État.

Ridley Scott nous rappelle encore une fois qu’il est un cinéaste de l’image, alternant entre la lumière chaude des souvenirs d’enfance du jeune Paul Getty et de l’illusion que représente la richesse de son grand-père, et la froideur du présent et de l’avarice du milliardaire. On retrouve cette représentation médiatique propre au cinéma américain actuel que l’on retrouve chez des cinéastes comme Ridley Scott mais aussi David Fincher. Une esthétique assez glaciale, froide et académique. Une mise en scène très classique pour un thriller assez classique de Ridley Scott. Certaines scènes de tensions violentes et viscérales nous rappellent la maitrise du cinéaste lorsqu’il s’agit de mettre en scène le mouvement et l’action, à l’image de précédentes œuvres comme Mensonges d’État, déjà citée plus haut, mais aussi plus récemment la violence organique et sanglante d’Alien Covenant. On retrouve également la fascination de Scott pour la figure du père, qui prend une nouvelle fois la forme d’un créateur au sens biblique du terme, à l’image du revirement philosophique et religieux des dernières œuvres du réalisateur, de Prometheus à Covenant, en passant par Exodus.

Tout l’Argent du Monde a tout d’un film de Ridley Scott, et c’est encore une fois un travail assez soigné, une critique d’une Amérique actuelle dominée par le pouvoir de l’argent qui rejoint les obsessions récurrentes à la filmographie du réalisateur. Mais même si Ridley Scott prouve encore une fois qu’il est autant à l’aise dans le genre du thriller que dans le genre de la SF viscérale, il manque à ce nouveau film un petit quelque chose qui pourrait lui permettre de se glisser dans le panthéon des grandes œuvres « période années 2000 » du cinéaste. Tout l’Argent du Monde apparaît, par sa simplicité et son académisme formel et très « propre », comme un « Bon Ridley Scott », une œuvre mineure à l’image de ces derniers films, où la patte du grand cinéaste que fut un temps Ridley Scott, se serait effacée derrière une commande bien emballée.

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Avertissement : des scènes, des propos ou des images peuvent heurter la sensibilité des spectateurs.


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