Tolkien, la naissance du Seigneur du Seigneur des Anneaux


Synopsis : « La jeunesse et les années d’apprentissage du célèbre auteur ainsi que la Première Guerre mondiale pour mieux découvrir J.R.R Tolkien. Orphelin, il trouve l’amitié, l’amour et l’inspiration au sein d’un groupe de camarades de son école. Mais la Première Guerre Mondiale éclate et menace de détruire cette « communauté ». Ce sont toutes ces expériences qui vont l’inspirer dans l’écriture de ses romans de la Terre du Milieu. »


Les lumières de la salle de cinéma s’allument, tu te repositionnes sur ton siège pour avoir fière allure parce que la position “je m’installe comme à la maison” ce n’est pas trop ça, et là, ton ami(e) se retourne vers toi et te pose la question fatidique…

C’est l’histoire d’un biopic original car il ne s’intéresse qu’à une partie de la vie du célèbre écrivain J.R.R Tolkien. C’est l’histoire d’un biopic original car le réalisateur admire son sujet qu’il met en scène. Cette admiration transparaît sur toute la durée du film : un respect profond pour l’écrivain et la vie qu’il a menée. Le tout traduit par une photographie superbe : chaque plan créé devient un tableau digne des œuvres de Turner.Tolkien éclaire, pour nous français, un pan de la vie de l’auteur le plus célèbre de la littérature Fantasy. Le créateur d’un univers merveilleux, celui de la Terre du Milieu et aussi d’une langue créée de toute pièce, la langue elfique. Tout est ici présenté dans le film. Tout est raconté, narré mais pour éviter le biopic classique, Dome Karukoski, le réalisateur finlandais, croise les périodes entremêlant l’enfance, la Première Guerre mondiale, les années d’études et l’apparition enfin du Hobbit.

Dome Karukoski est le réalisateur de Tom of Finland. Ce biopic consacré à l’auteur de dessins homoérotiques d’hommes bodybuildés est à mille lieues de ce biopic sur Tolkien. Choix étonnant de la part de la Fox : un réalisateur sulfureux pour porter à l’écran un biopic où règne fantaisie, créativité et passion. Pourtant en regardant de plus près, ces mots définissent aussi bien la vie du dessinateur finlandais que de l’écrivain britannique. Tout devient dès lors une évidence. Fantaisie de l’univers créé, créativité dans l’invention des univers et enfin passion pour les mots, la langue, les sons. En quelque sorte, Tolkien reprend une part de ce qui fait le charme de Premier contact (Arrival de Denis Villeneuve) : le travail sur les langues, les mélanges comment elles s’enrichissent mutuellement et comment elles peuvent devenir universelles même quand on ne les comprend pas. Ensuite, les deux biopics peuvent se voir comme les exacts opposés. Si Tom of Finland est très osé, “rentre dedans”, sexuel, le biopic sur Tolkien permet de découvrir un réalisateur qui se fait tendre, sensible et poète. Dome Karukoski épouse à la perfection les tourments de Tolkien pour proposer un voyage dans le cerveau d’un génie. Un être d’une humanité confondante.

Le scénario écrit par David Gleeson et Stephen Beresford est habile. L’histoire débute dans les tranchées de la Somme au moment où l’écrivain britannique affaibli, recherche un ami de son club, de sa communauté : Geoffrey Smith. Cette quête tragique, crispante durant la Première Guerre mondiale permet de revenir sur l’enfance, l’adolescence et les années de formation du jeune Tolkien. On découvre sa vie d’orphelin, la protection apportée par le Père Francis interprété par Colm Meaney. Puis la création de ce fameux club. Le Tea Club Barrovian Society ou T. C. B. S, le club des buveurs de thé, est à l’origine de la confrérie, la fraternité permettant à la fin du film la naissance de la communauté de l’anneau. Un anneau présent également via l’opéra de Wagner (L’anneau des Nibelungen) que vénère et révère Edith Bratt portée par la douceur de Lily Collins.

L’amour sous toutes ses formes transpire par tous les pores du film. L’amour maternel, l’amitié parmi les jeunes gens du club, l’amour réelle pour Edith. Ce sentiment structure l’histoire : la recherche de Geoffrey dans les tranchées, la quête pour recevoir le pardon d’Edith, l’amour pour les mots, les sons au détour d’une scène magique dans un grand restaurant entre Tolkien et Edith. Cet amour inconditionnel permet aussi de comprendre pourquoi le réalisateur a choisi de raconter cette vie de l’auteur des aventures de la Terre du Milieu. Une profondeur et une sensibilité se dégagent de cette confrérie créée par l’écrivain britannique. Emblématique, le poète Geoffrey Smith est le ciment de cette communauté. Ce meilleur ami permet de comprendre l’ouverture d’esprit de Tolkien, la raison pour laquelle, il reste un humaniste redevable de l’amour apporté par son club et par ce jeune homme. Enfin, en regardant attentivement les quatre garçons, on arrive facilement à deviner les inspirations de Pippin, Merry et l’inconditionnel Sam qui accompagneront Frodon dans sa quête pour conduire l’anneau en Terre du Milieu.

Un travail très fort est fait autour du montage par Harri Ylönen avec lequel le réalisateur a déjà travaillé. Ce premier réussit à raccrocher la vie des tranchées avec le passé de Tolkien en créant un système de flashbacks continus qui ne perdent jamais le spectateur. Tout en faisant confiance à son monteur, le réalisateur fait aussi appel au même directeur de la photographie de Tom of Finland : Lasse Franck Johannessen. Une image douce quand il s’agit de la jeunesse rêvée et les années de formation de Tolkien, une lumière plus jaunâtre quand il s’agit de revenir sur les horreurs de la guerre, l’arrivée dans la ville de Birmingham. Les décors sont forts : l’Angleterre industrielle de la fin du 19e-début 20e siècle, la reconstitution d’Oxford incroyable ou encore les tranchées de la Première Guerre mondiale qui marque la rétine. Dans ces tranchées, un univers de désolation est recréé avec cette apparition fantasmagorique de la Mort sur son cheval noir qui vient décimer les alliés de Tolkien. Cette Mort qui tue comme une illusion : cette brume sombre emporte tout sur son passage.

Dans ce décor de désolation naissent les chimères amenant la naissance du Mordor, des monstres et ennemis que rencontreront les hobbits dans leurs aventures. Quant aux murs de la chambre de Tolkien, on y retrouve les éléments du langage des elfes, les images des personnages horrifiques que l’on découvrira dans le Seigneur des anneaux comme l’araignée Shelob (Araigne en version française) gardienne de la porte ouest du Mordor. La musique de Thomas Newman complète la magie de l’histoire pour mieux bercer ou apporter une touche de romanesque ou de difficulté aux aventures des héros. On pourra alors reprocher au film son classicisme, digne d’une commande de la BBC. Pourtant, ce choix académique dans la réalisation permet au film de prendre son envol et de livrer une biographie exemplaire et explicite de Tolkien.


« Une profondeur et une sensibilité se dégagent de cette confrérie créée par l’écrivain britannique (…) On arrive facilement à deviner les inspirations de Pippin, Merry et l’inconditionnel Sam qui accompagneront Frodon. »


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