Three Billboards Outside… réalisé par Martin McDonagh [Sortie de Séance Cinéma]

Synopsis : “Après des mois sans que l’enquête sur la mort de sa fille ait avancé, Mildred Hayes prend les choses en main, affichant un message controversé visant le très respecté chef de la police sur trois grands panneaux à l’entrée de leur ville.”


Les lumières de la salle de cinéma s’allument, tu te repositionnes sur ton siège pour avoir fière allure parce que la position “je m’installe comme à la maison” ce n’est pas trop ça, et là, ton ami(e) se retourne vers toi et te pose la question fatidique…

cinetick


Se servir de la simplicité de la base de l’histoire racontée afin de s’étendre plus en détail sur des personnages qui, au-delà de disposer du charisme des acteurs qui les interprètes, possèdent de véritables identités. Neuf ans après la sortie du film In Bruges (Bons Baisers de Bruges pour sa traduction française) qui le révéla au public, avant de sombrer de nouveau dans un certain anonymat après un troisième long-métrage brouillon et bien loin des attentes escomptées (Seven Psychopaths, 2012), le réalisateur britannique Martin McDonagh revient aux affaires. Il lui aura fallût cinq années pour se relevé de cet échec et mettre sur pied un nouveau projet qui donne envie. Un projet qui sur le papier, et à l’image de son précédent long-métrage, dispose de tous les facteurs afin d’être un grand film. Une œuvre dans la droite lignée de celle qui lui a permis de se faire un nom, mais avec une maturité dont il ne disposait pas avant 2008. Martin McDonagh n’en est pas à son premier coup d’essai et compte bien cette fois-ci, réussir un home run.

Si le film In Bruges avait su séduire en son temps, et continu a le faire au fur et à mesure des années sans perdre en intérêt, c’est notamment grâce au sentiment de mélancolie qui s’en dégage. Sous son aspect comique apporté sur un plateau d’argent par des dialogues savamment écrits qui vont dans le sens de la caractérisation générale de chacun des personnages (le protagoniste aux réactions enfantines, puisque blessé intérieurement, l’ami protecteur de ce dernier, le chef mafieux sans empathie…), se dresse un drame intimiste bouleversant. Bercé par cette ambiance mélancolique créée par une bande originale douce et légère, en corrélation avec un montage et une réalisation qui laissent parler les plans et les émotions que font surgir les acteurs de par leurs interprétations respectives, le spectateur s’attache, se lie et rentre dans un cocon doux, tendre, drôle, mais à la tristesse profonde et intense, dont il ne sortira qu’à l’arrivée des écritures du générique. « Three Billboards Outside Ebbing, Missouri » (ou Three Billboards, les panneaux de la vengeance dans sa traduction française aussi abstraite qu’insensée) est dans cette constituée, Martin McDonagh réitère et revient aux fondamentaux de son cinéma, tout en conservant l’attrait principal de son précédent film, à savoir : un large panel de personnages. À la différence près où chaque personnage, premier comme second rôle, a une utilité dans la création d’une cohérence globale, tant dans le maintien d’une logique au sein de l’histoire et de son avancée, que dans la création d’une ambiance où vont se lier une à une diverses émotions.

Dès les premiers instants du film « Three Billboards Outside Ebbing, Missouri », transparaît la patte scénaristique du réalisateur et scénariste Martin McDonagh. Quelques plans de paysages afin de localiser l’action et poser les bases rythmiques de l’œuvre dans sa globalité, puis débute l’action. La contextualisation vient se fondre, se mêle avec la mise en scène du ou des protagonistes qui vont faire vivre l’histoire. Le spectateur va les découvrir au fur et à mesure de l’avancée de l’histoire, apprendre à les connaître tout en apprenant leurs histoires respectives alors que l’histoire progresse encore et toujours. Faire en sorte que le spectateur se pose des questions avant de lui livrer les réponses, afin de conserver son attention et qu’il puisse se lier émotionnellement avec les personnages sans pour autant s’identifier. L’identification n’est ici pas recherchée, Martin McDonagh cherche au contraire à raconter une belle histoire dont le spectateur va être extérieur, tel un être omniscient qui ne se contente pas de suivre de derrière l’épaule, le personnage principal. Enrichir la personnalité de chacun des personnages et jouer sur les points de vue pour que le spectateur puisse avoir une empathie pour chacun d’entre eux. Ne pas les juger tels qu’ils peuvent l’être, intelligemment ou non, par les personnages fictionnels, mais bien comprendre leurs démarches et voir leurs actes respectifs avant que ce ne soit révélé aux yeux de tous dans la diégèse.

Martin McDonagh joue avec les émotions. Il fait réagir le spectateur, qui va être en accord ou en désaccord, avec le sort réservé aux personnages suivant les actes réalisés, puisque dans la confidence et non comme un simple spectateur passif. « Three Billboards Outside Ebbing, Missouri » est en ce sens brillant, d’une justesse et d’une intelligence dans la façon d’amener les émotions sans pathos ni facilité, ainsi que dans la façon de développer et d’enrichir une histoire au synopsis des plus simples, avec des personnages remarquablement caractérisés et le travail sur des thématiques universelles. La famille, la mort, le deuil, la vengeance, l’acceptation de l’autre et le jugement, des thématiques délicates et sensibles, mais traitées avec une justesse remarquable notamment grâce à l’apport d’humour. De vrais moments de comédie, des dialogues et choix de mise en scène savoureux qui vont donner à l’oeuvre un réalisme qui va lui permettre de ne pas s’appesantir sur la tragédie et sur le sort des personnages qui n’en devient que plus beau, plus touchant.

Utiliser des tics du genre cinématographique qu’est la comédie afin d’amplifier l’empathie perçue par les spectateurs envers les personnages, une méthode qui n’est pas sans rappeler le cinéma de Joel et Ethan Coen. Un cinéma qui est toujours à la frontière entre la comédie et le drame, grâce à une cohérence globale de leurs œuvres en plus de scénarios qui frôlent la perfection pour certains. Si les thématiques et le caractère des personnages, sont signés Martin McDonagh, « Three Billboards Outside Ebbing, Missouri » n’a sur son entièreté rien n’a envier au cinéma des respectés et respectables Joel et Ethan Coen. Un environnement qui devient personnage à part entière et une météo en corrélation avec la psychologie des personnages, tous deux sublimés et enrichis par une photographie qui va en reprendre les choix colorimétriques (oscillation entre des intérieurs aux teintes chaudes, assez étroits, et de vastes et lumineux paysages d’une nature vide, déshumanisés, mais qui va petit à petit reprendre vie). Sans parler de la bande originale, douce et mélancolique qui va subtilement venir souligner les émotions, qui se doit de gagner le spectateur à chaque nouvelle séquence du film. Une superbe bande originale signée Carter Burwell, qui ne va en aucun cas alourdir le film et venir obstruer son propos, les émotions qu’il cherche à transmettre.

Après un Seven Psychopaths aussi déconcertant que décevant, les attentes étaient grandes envers la nouvelle réalisation de Martin McDonagh. Il en reprend les thématiques, la sobriété de la mise en scène et cette atmosphère douce et mélancolique en surface, mais « Three Billboards Outside Ebbing, Missouri » ne se contente pas de ça. Drame bouleversant sur le deuil, la vengeance et l’acceptation, « Three Billboards Outside Ebbing, Missouri » bouleverse grâce à un scénario remarquable porté par des personnages forts et imprégnés par leurs histoires respectives. Un large panel de personnages qui ne sont pas de simples faire-valoir, mais qui ont chacun une identité propre et un intérêt à être présent au moment donné. Frances McDormand, Woody Harrelson, Sam Rockwell… ils sont tous et toutes aussi remarquables que remarquablement mis en scène et dirigés. Le tout sublimé par une belle photographie et bande originale qui offrent à l’œuvre une cohérence globale impeccable et en font clairement un des films majeurs de cette année 2017 ou 2018, suivant le pays de visionnage.

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