The Vigil : petite pépite horrifique de l’été (?)

Synopsis : « New York, Brooklyn. Après avoir quitté la communauté juive orthodoxe, Yakov, à court d’argent comme de foi, accepte à contrecœur d’assurer la veillée funèbre d’un membre décédé de ce groupe religieux. Avec la dépouille du défunt pour seule compagnie, il se retrouve bientôt confronté à des phénomènes de plus en plus inquiétants… »


Les lumières de la salle de cinéma s’allument, tu te repositionnes sur ton siège pour avoir fière allure parce que la position “je m’installe comme à la maison” ce n’est pas trop ça, et là, ton ami(e) se retourne vers toi et te pose la question fatidique…

Présenté en compétition officielle au Festival International du Film Fantastique de Gérardmer 2020, The Vigil est le premier long-métrage horrifique écrit et réalisé par Keith Thomas, produit par Blumhouse Productions, maison mère du cinéma de genre américain actuel, dont la politique consiste à dénicher des propositions originales avec un concept et un propos pertinent, à l’image du récent Invisible Man de Leigh Whannell, dernier succès du studio en date, sorti un peu plus tôt cette année en salles. The Vigil ne démord pas de cette politique dans son concept, centré sur le Folklore de la religion juive, plus particulièrement autour d’un élément, celui du « Shomer ». On suit l’histoire de Yakov (Dave Davis), un jeune new-yorkais qui vient de quitter la communauté juive orthodoxe de Brooklyn. Ayant besoin d’argent et sans emploi, Yakov accepte l’offre d’un ami de la communauté d’être payé pour être « Shomer », un rôle qui consiste à veiller le corps d’un défunt durant une nuit avant son enterrement. Un job plutôt bien payé qui sur le papier semble plutôt facile. Mais, malheureusement pour ce pauvre Yakov, la veillée funèbre va se transformer en une véritable nuit cauchemardesque dont il ne sortira pas indemne. 

Le postulat de départ de The Vigil n’est pas sans rappeler celui d’une autre série B horrifique qui fut présentée et primée à Gérardmer en 2017, The Autopsy of Jane Doe d’André Øvredal. Un contrat établi avec le spectateur en début de long-métrage, autour d’un cadavre avec lequel le ou les protagonistes sont enfermés durant toute une nuit où ils vont vivre un vrai cauchemar en compagnie d’une vraie saloperie. Un concept simple mais diablement efficace, où le cinéaste s’amuse avec son protagoniste (et en l’occurrence, avec son spectateur via ce dernier), tel un chat avec une souris. À ce niveau, The Vigil est tout aussi efficace dans ses mécaniques de terreur pure qu’un The Autopsy of Jane Doe.

Avec ce premier essai, Keith Thomas se place dans la continuité d’une nouvelle vague de cinéma de genre américain puisant dans les mythes d’un folklore horrifique, cette fois-ci celui de la culture juive, à l’image des récents de The Witch de Robert Eggers (2015) et Midsommar d’Ari Aster (2019). Le Folklore horrifique juif est en effet une mythologie bien trop rare dans le cinéma de genre actuel, si ce n’est à l’exception de l’excellent court-métrage de Dayan D. OualidDibbuk, primé cette année à Gérardmer, les deux films partageant quelques similitudes malgré une approche bien différente de la mythologie horrifique qu’ils partagent. Si le portrait social prime sur l’horreur dans Dibbuk, cette dimension ne sert que de toile de fond à The Vigil  pour que son cinéaste puisse exploiter pleinement le potentiel horrifique de son bestiaire horrifique, rarement vu dans le genre, pour jouer à fond la carte de la série B, tout en y injectant un propos politique plutôt pertinent. 

Pour revenir à la métaphore du chat et la souris, Keith Thomas revendique dans sa note d’intention avoir voulu faire de sa caméra un chat qui rode dans la maison, unique unité de lieu du long-métrage, autour de son personnage qui veille un cadavre, seul, toute une nuit. La caméra se déplace donc en mouvement panoramique entre deux pièces, constamment posé sur les rails du traveling que le cinéaste et son équipe technique ont disposés dans la maison. Elle déploie toute une chorégraphie autour de son protagoniste, le cinéaste utilisant notamment la technique du plan-séquence discret pour dilater le temps et étendre l’horreur sur la durée, faisant irruption dans des cadres brillamment composés. Nous, spectateurs, sommes la souris et le cinéaste le chat qui nous met des coups de pattes là où s’y attend le moins. Le cinéaste allie avec intelligence une horreur viscérale et organique, notamment autour du corps de son personnage, à une terreur plus psychologique à travers des hallucinations qui nous font douter de la santé mental du personnage. L’horreur devient alors un propos pertinent sur le trauma et le deuil, où le cinéaste parvient à développer brillamment la psychologie de son unique personnage avec une économie de moyens qui force l’admiration. 

Comme tout premier film, à quelques exceptions près, The Vigil n’est pas exempt de défauts, loin de là. On pourrait reprocher à Keith Thomas une tendance à vouloir trop en faire dès son premier essai, ce qui est assez commun, notamment dans son propos historique tournant autour de la Shoah. David S. Goyer s’était essayé à l’exercice en invoquant le fantôme de la Shoah dans The Unborn (2009), tentative assez ratée de convoquer la mythologie horrifique juive, avec un propos très maladroit autour des camps d’exterminations. Keith Thomas revendique avoir voulu introduire le thème de la Shoah dans l’histoire de son défunt, qu’il ne fait malheureusement qu’effleurer, tout comme son propos sur l’antisémitisme et les persécutions que subissent la communauté juive orthodoxe de Brooklyn ne dépasse pas la toile de fond de son récit. Toutes ces thématiques politiques, qui auraient méritées à être approfondis, semblent éparpillées  dans le métrage, là où elles n’ont finalement peut-être pas leur place, la pertinence du traitement autour du trauma et du deuil suffisant à faire de The Vigil un premier film avec un vrai propos de fond. Cela n’entache en rien la réussite de cette Série B cauchemardesque diablement efficace qui s’impose comme un premier film réussi pour un cinéaste prometteur. 


Ce film est interdit aux moins de 12 ans.

« Avec un propos pertinent et un savoir-faire indéniable dans l’horreur, Keith Thomas signe avec The Vigil une série B terriblement efficace en guise de premier film. La naissance d’un cinéaste de genre prometteur. »


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