The Upside (adaptation US du film Intouchables) réalisé par Neil Burger [Sortie de Séance Cinéma]

Synopsis : « A comedic look at the relationship between a wealthy man with quadriplegia and an unemployed man with a criminal record who’s hired to help him. »


Les lumières de la salle de cinéma s’allument, tu te repositionnes sur ton siège pour avoir fière allure parce que la position “je m’installe comme à la maison” ce n’est pas trop ça, et là, ton ami(e) se retourne vers toi et te pose la question fatidique…

19 213 986 entrées en France; 10 198 820 dollars de recettes aux États-Unis pour un total cumulé de 426 588 510 de dollars de recettes à travers le monde; 16 prix et récompenses dont le César du Meilleur Acteur pour Omar Sy; une adaptation en Italie et aujourd’hui une adaptation américaine. Intouchables est incontestablement LE phénomène qui règne sur le genre de la comédie populaire française au sein du cinéma français dépassant d’autres œuvres tout aussi marquantes pour le genre tels que Le Diner de Con et La Grande Vadrouille. Intouchables est un film bienveillant, un film à l’histoire somme toute assez simple, mais c’est grâce à cette simplicité et cette bienveillance humaine qui transparaît du scénario (dialogues, situations…) rédigé par le duo Toledano/Nakache qui fait d’Intouchables un film à la portée universelle.

Au-delà de ça, résidait au sein même du film des éléments qualitatif que l’on ne met pas forcément en exergue, tant ils ne nous transcendent pas, grâce à la volonté de ne pas faire un film porté sur son aspect formel, mais bien sur son aspect émotionnel. On pense à la photographie signée Mathieu Vadepied et à la bande originale composée par Ludovico Einaudi. Dix ans après, nous reste en tête des plans, mais également des musiques et plus particulièrement son thème principal. Un thème doux, tendre, très simple, mais très beau à écouter. Un thème musical à l’image de son film. Un alignement des planètes qui a permis au film d’être ce qu’il est, à savoir une très belle réussite et un fer de lance pour redorer l’image de la comédie populaire française à travers le monde. Très rapidement, le film a été venu à travers le monde dans le but qu’il soit adapté afin de correspondre à diverses cultures. Notamment la culture américaine.

The Upside, pas un remake, mais bel et bien une adaptation pour le public américain du scénario écrit par Éric Toledano et Olivier Nakache. Le cahier des charges est extrêmement simple : refaire le même film, mais pour le public américain. Références, mais également caractérisations et objectifs des personnages doivent être perçus par le public américain afin de les faire rire et de les émouvoir tel Intouchables vis-à-vis du public français. De ce point de vue, The Upside coche la case avec facilité. La discussion au café se transforme en moment autour d’un hot dog, le manoir devient un penthouse, Hearth Wind and Fire est remplacé par Aretha Franklin, il va être question de la constitution des États-Unis au travers de dialogues… tout est fait pour que le spectateur américain soit à l’aise. Tellement à l’aise qu’il aura l’impression de voir la transposition à l’image de la vision d’un touriste qui découvre la culture américaine le temps d’un weekend. C’est d’une facilité accablante.

À trop se concentrer sur les détails afin d’ancrer l’histoire au sein d’une autre culture, le scénariste Jon Hartmere (dont c’est le premier scénario) en oublie tout le reste. S’il débute comme une adaptation plan par plan, The Upside se transforme rapidement en un enchaînement de scénettes consommables telles des clips sur internet via votre ordinateur, smartphone et tablette. Le fil d’Ariane en est réduit à son paroxysme et chaque scène peut se consommer indépendamment les unes des autres. Une scène d’humour, une scène d’émotion, une scène d’humour, une scène d’émotion… c’est le Kevin Hart show. Aucune subtilité, aucun travail formel et surtout aucune alchimie entre les deux acteurs principaux et leur metteur en scène. Si Intouchables (ou tout autre film à vocation émotionnel) fonctionnaient si bien c’était grâce au travail réalisé par les deux réalisateurs. Donner des directives à ses acteur.rice.s, instaurer une ambiance et une cohésion de groupe qui vont se transposer à l’image jusqu’à en devenir palpable pour le spectateur dans le meilleur des cas. The Upside est un produit de studio sur lequel Neil Burger n’a absolument aucune emprise ou volonté artistique. Ce n’est pas son projet et on ne ressent aucun investissement de sa part. « Follow the Script »

Neil Burger essaye néanmoins d’inculquer sa pâte artistique au sein du projet. Utilisation majoritaire d’une caméra portée à hauteur d’homme et très proche des personnages, quelques mouvements rapides réalisés à la steady-cam, un panoramique filé ou encore des plans flottants et décadrés lors de séquences de rêve. Des choix formels et artistiques à ne pas négliger, mais qui n’aident en rien en l’immersion du spectateur tant le scénario est d’une banalité caricaturale affligeante. Et on ne parlera pas de l’utilisation des personnages féminins, que ce soit Yvonne (l’assistante interprétée par Nicole Kidman) ou encore l’aide à domicile (interprétée par Golshifteh Farahani). Deux personnages féminins sexualisés, dénués de personnalités et simplement utilisés pour faire avancer l’histoire et aider au développement des personnages masculins principaux. Des libertés scénaristiques caricaturales et impensables qui démontrent l’inintérêt des producteurs envers le projet en lui-même. Sans parler du final, légèrement réécrit, et qui explose le compteur du feel-good à l’américaine.

Si sur le papier le projet n’avait rien d’alléchant, il est toujours intéressant de prendre 2 heures de son temps pour se rendre compte que le résultat est encore pire que ce que l’on imaginait. The Upside c’est : caricatural, mal écrit, une mise en scène insipide, une réalisation didactique et factuelle, des personnages peu attachants, une direction artistique clinique… de l’attendue adaptation plan par plan est apparue une adaptation fade et aux libertés scénaristiques accablantes simplement mises en place afin de faciliter l’accessibilité à la bien-pensance de l’histoire. Plus aucune alchimie entre les personnages et de ce fait, plus aucune émotion. Demeure néanmoins quelques sketchs qui font rires alors que d’autres mettent mal à l’aise (l’ajout d’un cathéter au personnage qui donne lieu à un sketch de 5 minutes sur le mot penis). Il y a des films comme ça ou au moins on se dit en sortant qu’ils ont au moins permis à une équipe technique d’avoir du travail et un salaire à l’heure au dessus de la moyenne grâce à un budget global confortable. On n’y pense pas assez !


« Neil Burger a beau essayer d’inclure sa pâte artistique, rien n’y fait, The Upside est un film de studio pour l’argent et sans aucune envie créative, artistique ou émotionnel. »


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