The Strange Ones réalisé par Christopher Radcliff & Lauren Wolkstein [Sortie de Séance Cinéma]

Synopsis : « À bord de leur voiture, Sam et Nick sillonnent les routes de campagne américaine. Pour certains qu’ils croisent, ils sont deux frères partis camper, pour d’autres, des fugitifs. Durant ce road-trip, de mystérieux événements surviennent, faisant peu à peu éclater la vérité au grand jour… »

Les lumières de la salle de cinéma s’allument, tu te repositionnes sur ton siège pour avoir fière allure parce que la position “je m’installe comme à la maison” ce n’est pas trop ça, et là, ton ami(e) se retourne vers toi et te pose la question fatidique…

Le 11 Juillet 2018 est sorti dans la confidentialité un film indépendant, première réalisation du tandem Christopher Radcliff et Lauren Wolkstein. Précédé par une réputation solide acquise au fur et à mesure des festivals dans lesquels il a été diffusé, The Strange Ones est un récit intime, une odyssée entre l’initiatique et le mystique, à la portée symbolique fascinante. Si le début de carrière d’Alex Pettyfer laissait présager celui d’une étoile filante qui s’éteindrait rapidement, force est de constater que le revirement qu’il enclenche avec The Strange Ones est celui d’un acteur dont la diversité de choix dans les rôles prouve qu’il n’a pas dit son dernier mot. Habitué aux superproductions, il choisit ici de tourner dans un film dépouillé à l’extrême, dans un rôle taiseux et ambigu de grand frère fuyant la grande ville et la civilisation pour se retrouver avec son petit frère dans des grands espaces et de petites chambre d’hôtels exiguës.

Une grande partie du film va donc se focaliser sur ce road-trip de plus en plus anxiogène. En effet, plus on s’enfonce dans le film, plus les pistes sont brouillées, les intentions des personnages, les origines de ce voyage, le film s’amuse à refuser en bloc les péripéties afin de se concentrer sur son propos et sa portée philosophique. Le geste pourra déranger les plus adeptes d’intrigues fortes, mais l’exécution, toute en retenue et en suggestion, porte le film et accroche le spectateur. C’est parfois l’audace d’un parti-pris, au-delà de la qualité intrinsèque du film, qui créé l’intérêt, et ce n’est jamais plus vrai que lorsqu’on se retrouve face à un film aussi déroutant, perturbant et pourtant intéressant que The Strange Ones, déterminé à intéresser par son étrangeté et son anormalité poétique.

Mais le film a aussi la qualité de ne pas se complaire dans l’étrange et le mystérieux, et fini par révéler tout ce qu’il nous cachait. Loin d’un aveu de faiblesse, cette démarche se traduit intelligemment dans une dernière partie qui ne fait que creuser le sillon thématique précédemment établi, tout en mettant la lumière sur les flous scénaristiques qui ont permis d’établir à la fois l’ambiance mais aussi les bases du propos du film. Pirouette scénaristique habile, qui permet de reconsidérer la première partie en fonction de la seconde. Si le film change en partie de rythme et surtout d’aspect (plus de dialogues et de personnages), il réussit à ne jamais être déséquilibré, les transitions s’opérant bien entre les deux parties.

A la réalisation, la bonne idée du film afin d’établir son ambiance est de ne pas se perdre en contemplation, ce qui aurait pourtant été possible au vue des paysages traversés par les deux personnages principaux. Au contraire, quand les paysages sont montrés, c’est pour incarner la perte de repères et l’auto-exclusion des personnages, et pas pour admirer leur beauté. Le choix du road-trip s’impose alors plus en tant que fuite en avant que voyage initiatique. La colorimétrie presque sale sans être désagréable à l’œil renforce ces sentiments, et traduit le sentiment de traque et de fuite du film, en apportant un réel point de vue esthétique sur un scénario qui recherche l’épure afin d’aller au plus efficace pour raconter son histoire, et pas seulement dérouler son intrigue comme on le voit désormais trop souvent.

Porté par des acteurs intenses et une réalisation qui aime contempler et prendre le temps de disséquer ses personnages, The Strange Ones est une expérience singulière, un film comme on en voit peu et c’est précisément cette démarche qu’il faut encourager, cette diversité des propositions qui forge l’appétit pour le cinéma.


« Si le film change en partie de rythme et surtout d’aspect (plus de dialogues et de personnages), il réussit à ne jamais être déséquilibré, les transitions s’opérant bien entre les deux parties. »



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1 commentaire sur “The Strange Ones réalisé par Christopher Radcliff & Lauren Wolkstein [Sortie de Séance Cinéma]

  1. The acting by Alex Pettyfer was mysterious and nerve-wracking. Trying to figure out the ambiguity of these two was mind-boggling. James Freedson-Jackson makes evil manipulation look easy. Great acting from both actors and an absolute mind-bending journey.

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