The Rider réalisé par Chloé Zhao [Sortie de Séance Cinéma]


Synopsis : “ Le jeune cowboy Brady, étoile montante du rodéo, apprend qu’après son tragique accident de cheval, les compétitions lui sont désormais interdites. De retour chez lui, Brady doit trouver une nouvelle raison de vivre, à présent qu’il ne peut plus s’adonner à l’équitation et la compétition qui donnaient tout son sens à sa vie. Dans ses efforts pour reprendre en main son destin, Brady se lance à la recherche d’une nouvelle identité et tente de définir ce qu’implique être un homme au cœur de l’Amérique.  ”

Les lumières de la salle de cinéma s’allument, tu te repositionnes sur ton siège pour avoir fière allure parce que la position “je m’installe comme à la maison” ce n’est pas trop ça, et là, ton ami(e) se retourne vers toi et te pose la question fatidique…

Plus de deux ans après la sortie de son premier long-métrage Les Chansons que mes Frères m’ont Apprises, la cinéaste Chloé Zhao revient avec The Rider, un second long-métrage entre la fiction et le documentaire, racontant l’histoire de Brady (Brady Jandreau qui joue son propre rôle), un jeune cowboy américain qui suite à une blessure au crâne durant un accident de rodéo se voit dans l’obligation de renoncer à ses rêves et à sa passion pour le rodéo, authentique figure de compétition qui fait partie intégrante de la vie du jeune homme, ainsi que de l’environnement de l’Amérique profonde. Le film suit Brady dans une quête existentielle, où le jeune homme se lance à la recherche d’un but, d’une raison de vivre, d’une nouvelle identité.

“Western moderne qui constitue un portrait social d’un monde qui se meurt.”


Le projet de The Rider est né en 2013 lorsque Chloé Zhao rencontre durant le tournage de son premier long-métrage un groupe de cowboys Lakota à la réserve indienne de Pine Ridge. Des hommes qui revendiquent des origines à la fois indienne, appartenant à la tribu des Sioux Lakota Oglala, de véritables cowboys indiens. Cette rencontre va crée chez la cinéaste une véritable fascination pour le mythe du cowboy américain dont la frontière avec les indiens se révèle assez mince. En 2015, elle rencontre Brady dans un ranch de la réserve de Pine Ridge, un dresseur de cheval sauvage. Chloé Zhao est fasciné par la capacité du jeune homme à établir un contact avec l’animal, ce qui va lui donner l’envie de faire un film sur le sujet. En 2016, lors d’une compétition de rodéo, Brady est projeté et piétiné par son cheval, subissant un traumatisme crânien. Un impact du réel sur le scénario qui devient le cœur du film qui s’ouvre sur la cicatrisation viscérale de cette blessure.

Ce qui frappe particulièrement dans The Rider, c’est ce rapport viscéral au corps où le rodéo devient quelque chose d’organique et où le personnage de Brady, que la cinéaste filme comme un grand héros de western, fait littéralement corps avec l’animal. Les plus belles scènes du film sont celles où Chloé Zhao filme son héros en train de dompter le cheval en plan-séquence, où l’on peut voir l’évolution de la relation entre l’homme et l’animal sur le temps. La cinéaste alterne entre une spontanéité du réel, filmant la relation de Brady avec sa petite sœur asperger ou avec son père qui lui a transmis ce mode de vie, cette virilité à travers la figure du cowboy. À l’image du récent Hostiles de Scott Cooper qui, à travers la forme classique du western américain, interroge la figure du mythe tout en la déconstruisant, Chloé Zhao démythifie la figure du cowboy américain, sous la forme d’un western moderne et social. La cinéaste fait de Brady un personnage fragile avec ses failles, en pleine crise existentielle sur sa raison de vivre, filmé dans les plaines de manière contemplative avec des plans larges sublimes, dans un décor de western mélancolique dans lequel Brady erre, marchant sur les traces d’un mythe sur lequel repose tout un système économique et social, celui d’une Amérique profonde qui s’est arrêtée dans le temps, vivant encore à l’époque du mythe américain, notamment représenté par la figure du rodéo. Lorsqu’elle suit son personnage dans son quotidien, la cinéaste filme son héros de près, lorsqu’il s’agit de le montrer en train d’observer les compétitions de rodéo, le jeune homme ne pouvant plus monter, ou lorsqu’il dompte l’animal, ou qu’il fait corps avec lui, la caméra filmant le contact comme pour capturer dans le cadre la relation qui s’établit entre le héros et sa monture.

Chloé Zhao retranscrit le réel dans le cadre, en montrant le rodéo comme une passion qui fait vibrer son personnage. Le jeune homme rend régulièrement visite dans le film à un ami rendu tétraplégique suite à une chute de rodéo, nous montrant que cette obsession de vouloir dompter l’animal, cette volonté de vouloir être un Homme comme le définit le mythe contient également ses limites. En filmant son personnage dans une quête existentielle, la cinéaste filme la décision de remonter ou de lâcher prise, Brady considérant que chaque homme né pour une raison de vivre, notamment à travers la métaphore d’un animal blessé dont la raison de vivre, suite à cette blessure, disparaît. Une métaphore illustrée dans une scène poignante où le jeune homme se retrouve contraint de tuer l’animal, métaphore qui illustre de manière mélancolique une Amérique qui se meurt. Cette démarche de filmée le réel de manière aussi spontanée, avec une approche documentaire et frontale, rejoint celle de cinéastes indépendants tels que Kelly Reichardt (La Dernière piste, Certaines Femmes) ou Jeff Nichols (Take Shelter, Mud), qui s’évertue à faire perdurer dans leur cinéma un mode de vie en pleine disparition, de la même manière que le héros de Chloé Zhao doit apprendre à lâcher prise, sans pour autant abandonner comme lui dit son ami qui, priver de son corps, continue à vivre cette sensation en tenant les lanières de l’animal.

Dans la même démarche que le cinéaste américain Scott Cooper avec la forme classique de son film Hostiles, Chloé Zhao filme avec mélancolie les plaines de l’ouest, faisant de The Rider un western moderne qui constitue un portrait social d’un monde qui se meurt, faisant de son acteur un grand héros pris de doutes existentiels. Assurément l’un des meilleurs films américains indépendant de l’année.


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