The Revenant (Critique | 2016) réalisé par Alejandro González Iñárritu

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Synopsis : “Dans une Amérique profondément sauvage, Hugh Glass, un trappeur, est attaqué par un ours et grièvement blessé. Abandonné par ses équipiers, il est laissé pour mort. Mais Glass refuse de mourir. Seul, armé de sa volonté et porté par l’amour qu’il voue à sa femme et à leur fils, Glass entreprend un voyage de plus de 300 km dans un environnement hostile, sur la piste de l’homme qui l’a trahi. Sa soif de vengeance va se transformer en une lutte héroïque pour braver tous les obstacles, revenir chez lui et trouver la rédemption.”

[Spoiler : Si vous n’avez rien vu ni lu du film, passez votre chemin. Cependant, cette critique ne révèlera rien au-delà des bandes-annonces déjà sorties]


C’est probablement l’un des films les plus attendus de ce début d’année 2016, et pour cause. Tapage médiatique autour des conditions de tournage infernale, récompenses en pagaille dans différentes cérémonies américaines, et 12 nominations aux Oscars, dont une pour Leonardo DiCaprio, semblant plus que jamais prêt à remporter sa première statuette dorée. Mais au milieu de tout ça, que vaut réellement le nouveau film d’ Alejandro González Iñárritu ?

Il n’est rien de dire que The Revenant a été un cauchemar de production. Tournage en décor naturel, et dans un climat les plus hostiles de la planète, trous dans le budget alors que le tournage se relocalise, avec encore deux mois d’images à tourner. Et tout cela, on le ressent dans le film. Tous les plans sont empreints de cette souffrance de tournage. On le voit dans la performance des acteurs, voûtés, fatigués, à bout de nerfs. On le voit dans les décors naturels, les plans contemplatifs de grandes étendues enneigées, mouillées, fluviales. Iñárritu et Emmanuel Lubezki, son directeur photo, ont mis le paquet pour que la violence du plateau se ressente dans un des films les plus viscéralement violents depuis très longtemps.

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En effet, jamais Iñárritu n’a réalisé de film aussi violent (oui, on parle du même qui a réalisé 21 Grammes). Ici, elle est partout, métaphoriquement, mais surtout physiquement, dans des séquences dont le visionnage s’avère réellement difficile. On a souvent envie de détourner les yeux, pour ne pas voir la souffrance à laquelle nous sommes confrontés, mais l’alliance du talent de Lubezki à son tout meilleur, et des acteurs, tous méconnaissables et fascinants, nous rivent les yeux à l’écran.

Mais surtout, Iñárritu s’est surpassé. Je n’aime pas Birdman, que je trouve être bien trop souvent l’œuvre d’un réalisateur en plein égo-trip, tentant de prouver qu’il est le meilleur. Et si c’est un défaut que ceux qui n’aimeront pas The Revenant lui trouveront facilement, cette fois, la frime d’Iñárritu a du sens, et une beauté plastique plus insolente que jamais. Comme je le disais plus haut, les paysages de l’Amérique du Nord (très au nord) offrent un écrin parfait à Lubezki pour nous montrer qu’il est probablement le seul à pouvoir filmer un film en lumière naturelle, et faire de tous ses plans des œuvres d’arts, mais Iñárritu, lui aussi, pousse tous les curseurs à fond.

En témoigne 2 séquences en particulier, celle d’ouverture, et la fameuse séquence de l’attaque de l’Ours. Rarement la guerre fut retranscrite avec autant d’habileté. En une succession de plan-séquences fantomatiques, effrayants et fuyants, nous sommes immergés au cœur d’une attaque, sans voir les assaillants. C’est de là que vient la peur. Nous sommes face à un groupe de personnages que nous ne connaissons pas, et que nous n’avons pas eu le temps d’aimer ou de détester, et ceux-ci sont attaqués par des ennemis invisibles et mortels. Et on assiste, la gorge nouée, à une démonstration de force de cinéma.

Mais LA séquence star du film, c’est bien cette attaque d’ours, d’une brutalité réellement effrayante. La pluie vient de tomber, et alourdit les personnages, les arbres de la forêt écrasent les perspectives, et les effets spéciaux n’ont jamais été aussi réels, aussi douloureux. La violence, la douleur, nous les vivons durant tout le début du film, avant, inévitablement, d’entrer dans le cercle de la vengeance, initié par ce revenant.

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Et ainsi, tout le film est traversé par ces éclairs de génie cinématographiques, mais également par une pure quête de vengeance dont les thèmes et personnages trouvent écho dans les États-Unis d’aujourd’hui. Le film The Revenant, se situe entre deux époques (ou plutôt à la croisée de celles-ci), la Frontier, période quasiment mythique aux USA, où les premiers colons ont colonisé tout le territoire, en quête d’aventure et de liberté (et de massacre d’indiens et de culture, mais la propagande sonne toujours mieux), et celle de la ruée vers l’or, à la fin de la Frontier donc, où les trappeurs tentent de faire fortune et de “civiliser” (entendre coloniser) les derniers morceaux de territoire encore libres de leur influence. Le film se situe donc exactement à l’émergence de la civilisation américaine d’aujourd’hui. Et aborde frontalement les thèmes du racisme, du viol, du meurtre, et de la vengeance des victimes de ces actes. Il y en aura toujours pour dire que le film manque de subtilité sur ces points, dû à la violence omniprésente, mais il n’y en a pas beaucoup des films comme ça (même si Tarantino a fait plus subtil il y a quelques semaines, hasard du calendrier).

Et tout cela est porté par un casting incroyable, survolé par un Tom Hardy incarnant le personnage le plus violent et cruel, qui fut sûrement un humain autrefois, et un Leonardo DiCaprio venu d’un autre monde. Au-delà du “aura-t-il l’Oscar?” (et qui peut le dire?), il y a aussi la question du, mérite-t-il l’Oscar? Et à cette question, une seule réponse est possible, et c’est oui. En incarnant cet homme blessé, violenté, ce revenant qui oscille entre une figure christique et un apôtre de la vengeance, évoluant dans le plus hostile des environnements, il délivre sa performance la plus physique, la plus mystique, et donc la plus fascinante. Accompagné de visions au sens cryptique, qui se révélera au terme du film pour certaines, le personnage de Hugh Glass est un mystère qu’il est passionnant d’essayer de décrypter.On notera également un groupe d’acteurs francophones qui ne surjoue pas, et, pour jouer les Natifs Américains, des acteurs Natifs Américains, tous excellents, et jouant dans leur langue. Comme quoi il suffit d’un petit effort et d’intégrité pour ne pas white-washer un film.


 

En Conclusion :

Évidemment, on pourra reprocher plein de choses à The Revenant, son arrogance formelle, que certains dénoncent déjà (mais peut-on vraiment parler d’arrogance face à une telle logique, et une telle précision?), ses longueurs dû à ces séquences mystiques, ou encore une certaine partialité et un manichéisme (certes de circonstance) dans l’écriture de certains personnages.

Mais en l’état, The Revenant est un monument de cinéma. S’il est bien trop tôt pour étayer ou non les comparaisons faites avec Apocalypse Now, on ne peut nier la puissance formelle du film, la précision à tous les étages, la beauté, la brutalité, la noirceur et la violence presque insoutenable de l’ensemble. Oscars? Sans doute? Chef-d’œuvre? Aucun.

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