The Prodigy, vous croyez avoir déjà tout vu ?

Synopsis : « Une mère, Sarah, s’occupe de son fils mentalement perturbé, Miles. Pour sa sécurité et celle de sa famille, Sarah va devoir lutter contre son instinct maternel et chercher à comprendre pourquoi son fils s’est tourné vers les forces occultes. »


Insidious, Esther, The Conjuring, Ouija, The Devil Inside, L’Exorcisme d’Emily Rose, Deliver Us From Evil, Lights Out, The Boy … pour ne citer que des productions récentes. On a mangé du film de possession à toutes les sauces et en provenance de tous les studios de productions possibles et imaginaux. Un nombre conséquent de productions qui nous donnent davantage la nausée que le vertige. Sans être mauvaises langues, nous pourrions dire qu’il y a en chacune des œuvres citées, des éléments artistiques et une certaine sensibilité propre au metteur en scène concerné, qui fait le sel de chaque oeuvre. Cette petite chose qui ne sauvera peut-être pas le film, mais lui permettra de ne pas être la pire des choses qui puisse nous arriver en tant que spectateurs amateurs de films d’épouvantes. Malheureusement, aucune des œuvres citées précédemment n’est fondamentalement originale ou ne renouvelle le genre de par l’histoire contée. On aimerait être surpris, voir des longs-métrages qui nous prennent aux tripes et nous surprennent, mais non rien n’y fait. Insidious et Esther avaient marqués le début du retour en grâce du cinéma de possession sur grand écran. Des films pas fondamentalement originaux, mais qui en leur temps n’étaient pas ensevelis par une masse de productions similaires tant dans leurs histoires que dans leurs manières de mettre en image ces histoires. Des films qui avaient champ libre afin de marquer les esprits et d’offrir aux amateurs du genre les quelques frissons qu’ils étaient venus chercher. On aurait aimé vous dire que The Prodigy nous a hérissé les poils tels que le diable de Insidious avait réussi à le faire en son temps, que l’enfant de The Prodigy nous a hanté la nuit suivante de la projection tel que le regard de la petite Esther nous a marqué en son temps… laissez nous rire.

The Prodigy raconte l’histoire de Sarah (interprétée par l’actrice Taylor Schilling) dont l’enfant unique Miles (interprété par le jeune Jackson Robert Scott) s’avère être un petit génie. Un jeune enfant précoce et extrêmement mature pour son âge qui va rapidement se révéler être une menace. Mais pourquoi Miles est-il si méchant ? Réalisé par Nicholas McCarthy et sur un scénario écrit par Jeff Buhler, The Prodigy est un long-métrage d’épouvante qui se sait, vivre dans une époque où le film de possession est un genre éculé. Un genre qui a fait ses preuves, aujourd’hui enfermé dans un carcan dont il ne semble pas être simple de l’en fait sortir. Jeff Buhler le sait et de cette manière, il va bâtir un scénario où il ne sera jamais question de possession, mais bel et bien de réincarnation. Possession… réincarnation… dans le cadre d’un film d’épouvante, la seule différence réside dans la non-présence de l’église, ainsi que du diable dans le déroulé de l’histoire. Dès sa séquence d’introduction, The Prodigy montre au spectateur qu’il va être question d’une réincarnation. Un simple montage parallèle qui met en lien une mort et une naissance, suffit à faire comprendre aux spectateurs de quoi il va en retourner et que The Prodigy n’est bel et bien pas un film de possession comme on a l’habitude d’en voir. Fausse bonne idée qui en se dédouanant de cette manière, tue dès le démarrage toute possibilité de suspense vis-à-vis de Miles et de l’entité qui le contrôle.

Une fausse bonne idée qui va donner au spectateur une longueur d’avance sur les personnages et notamment sur le personnage de la mère. Le spectateur sait ce dont il est question, mais pas la mère. Les moments de doute de cette dernière vont pour le spectateur paraître ridicules, ce dernier ayant la réponse. Ce qui est en soi un choix scénaristique intéressant s’il est intégré au développement de l’histoire par un quelconque point de vue original, ainsi qu’à des choix de mise en scène et de réalisation. Ce qu’il ne fait évidemment jamais. The Prodigy est littéralement un long-métrage de fiction qui se moque de son public et des spectateurs qui le visionne. S’il se dédouane de ne pas être un simple film de possession lors de son introduction au postulat affirmé et assumé, dès l’apparition de l’écran titre le scénario revient à zéro oubliant ce qu’il avait déclaré quelques secondes auparavant. S’il va bel et bien être question de réincarnation et non de possession, la mise en scène et ses nombreux effets putassiers cherchant à faire sursauter pour un rien son auditoire, s’imprègnent lourdement de ce que fait le genre depuis des dizaines d’années maintenant. Grotesque, prévisible et jamais effrayant, lorgnant vers le ridicule au point de faire rire l’intégralité de la salle, The Prodigy est un film de possession qui ne s’assume pas comme tel et se cache derrière un dialogue au cours duquel un personnage secondaire explique la différence entre la possession et la réincarnation.

Un scénario justifié avec de gros sabots, à l’image de sa mise en scène dont les effets d’apparition provoquant les fameux jump-scares, sont également justifiés : “Attention vous avez à faire à un menteur de haut niveau !” (ceci est la traduction d’une ligne de dialogue du film). Une mise en scène extrêmement fade qui a le mérite néanmoins d’être fonctionnelle, tout comme la direction de la photographie. Extrêmement fade, pour ne concrètement pas dire moche. Dans le cas d’un film tel que The Prodigy, il est possible de se servir de la direction de la photographie tel un cache-misère. Créer une atmosphère par la création de réelles compositions visuelles et la manière d’éclairer telle ou telle séquence. Si quelques plans réussissent à sauver la mise, globalement The Prodigy relève de ce qu’il a été fait de plus laid dans le genre avec un certain The Strangers : Prey at Night. Si les éclairages ne sont pas à déplorer, il est difficile de comprendre les différents choix de cadrage. Quelconque, souvent aléatoires et semblent-ils réalisés très rapidement sans prendre le temps de faire de belles compositions. Les plans ne sont ni beaux, ni parlants et significatifs, ou intéressants tout simplement. Sans parler de l’utilisation de focales anamorphiques complètement sans intérêts qui donnent simplement l’impression, si on y fait attention, d’être dans un bocal avec du flou sur les bords. Les cadres sont extrêmement serrés sur les acteur.rice.s, les compositions ne laissent pas la place à la création d’une véritable atmosphère par le biais de la direction artistique (ici fade et invisible)… le film n’a absolument aucune identité tant sur le plan visuel que musical. Improbable.

En se cachant derrière le postulat “je ne suis pas un film de possession, mais un thriller sur la réincarnation”, The Prodigy se tire une balle entre les deux yeux sans même se laisser la moindre chance d’exister en tant que tel. Il est un film sur la réincarnation qui utilise grossièrement toutes les facilités de mise en scène et d’écriture des films d’épouvantes des années 2000. Sans aucune logique, il se fourvoie, se prend pour celui qu’il ne disait pas être et nous donne cette sale impression de prendre les spectateurs pour les imbéciles qu’ils ne sont pas. Impression franchement désagréable surtout provenant d’un long-métrage de fiction dont la fadeur de sa mise en scène, ainsi que de sa direction de la photographie, qui ont néanmoins de quoi redonner le sourire à de jeunes cinéastes dont les cours métrages auto-produit ont bien plus de gueule et de singularité. On a simplement de la peine pour l’actrice Taylor Schilling, talentueuse et qui tente d’exister au delà de la série Orange is the New Black, mais pas du tout parié sur le bon projet.


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