The Predator réalisé par Shane Black [Sortie de Séance Cinéma]

Synopsis : « Les pires prédateurs de l’univers sont maintenant plus forts et plus intelligents que jamais, ils se sont génétiquement perfectionnés grâce à l’ADN d’autres espèces. Quand un jeune garçon déclenche accidentellement leur retour sur Terre, seul un équipage hétéroclite d’anciens soldats et un professeur de science contestataire peuvent empêcher l’extinction de la race humaine. »

Les lumières de la salle de cinéma s’allument, tu te repositionnes sur ton siège pour avoir fière allure parce que la position “je m’installe comme à la maison” ce n’est pas trop ça, et là, ton ami(e) se retourne vers toi et te pose la question fatidique…

Scénariste des excellents Lethal Weapon 1 & 2, ainsi que d’un certain Last Action Hero (aussi nommé : un des plus grands films de tous les temps), Shane Black est un touche à tout qui a également fait ses gammes en tant qu’acteur. À l’image d’un Jon Favreau, avant de passer derrière la caméra, le cinéaste américain fit plusieurs apparitions au sein de productions telles que Robocop 3, Pour le pire et pour le meilleur, mais surtout dans un film nommé : Predator. Membre de l’unité dirigé par le duo Arnold Schwarzenegger/Carl Weathers, Shane Black avait donc plus qu’un simple rôle de figuration dans le film réalisé par John McTiernan. Trente et un ans après, Shane Black est devenu réalisateur à part entière et dont la renommée a dépassé les frontières du continent américain grâce à deux productions à succès que sont Iron Man 3 et The Nice Guys. Kiss Kiss, Bang Bang étant avant tout devenu un petit phénomène indépendant sur le temps et non lors de sa sortie initiale. Revenir aux origines sans pour autant renier le film réalisé par John McTiernan ni tenter de se confronter à ce dernier. Après un remake des plus ratés, car insipide à souhait et sans réel intérêt tant sur le plan scénaristique qu’artistique, la tâche est complexe pour Shane Black. Tâche qui ressemble davantage à un mur de plomb qui semble pouvoir l’écraser à tout moment alors qu’il a les pieds fixés au sol. Le miracle a-t-il finalement eu lieu ou alors est-ce la catastrophe tant redoutée après le visionnage de bandes-annonces toutes plus insignifiantes les unes que les autres ?

Si certains films tels que Predator premier du nom obtiennent le label de film “culte” avec le temps, ce n’est simplement le fruit du hasard ou une chance improbable. Bien au contraire. Sous ses airs de film d’action excessivement bourrin et dopé par un casting qui a de la testostérone à revendre, Predator est un film à la mise en scène d’une minutie incroyable. Un film qui, contrairement à la majorité des films aujourd’hui, cultive l’art du hors champ afin d’oppresser le spectateur et lui inculquer un sentiment de peur. Le Predator peut être partout et nulle part à la fois. Pouvant se rendre invisible, ce dernier peut-être dans le champ, mais ne l’est finalement peut-être pas. Ne pas tout montrer au spectateur pour simplement lui faire croire que tout est possible. Le spectateur devient acteur et ne décroche pas la moindre seconde, malgré un film qui ne regorge pas de scènes d’action, loin de là. Ceci étant qu’un des nombreux éléments qui font du film réalisé par John McTiernan une œuvre hors normes, un film d’action qu’on ne sait plus faire aujourd’hui. Ou plutôt, un film d’action comme des studios n’ont plus l’audace de produire aujourd’hui, car bien trop loin des conventions actuelles du cinéma populaire. En 2018, la mise en scène n’est qu’un élément parmi tant d’autres et les metteurs en scène (tout du moins dans le cinéma d’action), ne sont plus considérés comme des auteurs à par entière. C’est la réalisation, le découpage, le montage, le mixage sonore qui vont rendre l’œuvre la plus dynamique et haletante possible. La subtilité n’est plus, au détriment d’une action souvent surdécoupée et montrée sous plusieurs angles parce que ça rend la séquence dynamique. Par déduction logique, le regard du spectateur est plus facilement captivé par un enchaînement frénétique, donc hypnotique, que par de longs plans où il ne se passerait donc pas grand-chose, pour ne pas dire rien. Une généralité malheureusement vraie (fort heureusement subsistent des œuvres qui font exception à la règle et nous permettent de croire en l’existence encore et toujours d’un cinéma populaire d’auteur) et que l’on retrouve pleinement au sein du film The Predator.

Co-auteur du scénario avec Fred Dekker, le cinéaste américain a bel et bien conscience de ce qu’est aujourd’hui le business du cinéma d’action populaire. Au travers de quelques répliques représentatives de l’ambiance du film (“Why we called them Predator ? Because that’s cool !”), il fait rapidement comprendre que le film ne cherche aucunement à être un énième remake du film de 1987. Il ne peut s’y frotter, donc doit réaliser une œuvre dans la continuité de, mais représentative de ce qu’est devenu le cinéma d’action populaire américain. Plus fun, plus spectaculaire, plus gore, mais également beaucoup plus débile. Prenez une bande de soldats complètement fous, une jolie scientifique, un jeune garçon surdoué, ainsi qu’une sombre histoire d’ADN pour avoir une créature plus grande et forte que les autres. Mettez le tout dans un mixeur avec trop de Fusils de Tchekhov et de rebondissements aussi téléphonés que prévisibles, pour ne pas dire désuets, et vous obtenez un scénario qui fonctionne, car fluide et cohérent dans l’enchaînement des séquences, mais à la débilité proche du firmament. À en croire la quantité astronomique de Motherfucker et d’insultes (dont un dialogue de sourd durant lequel est répété à plus de dix reprises en moins de vingt secondes le terme pussy), le scénario ne semble vraiment pas être l’élément sur lequel Shane Black s’est concentré. Pour la première fois de sa carrière, le cinéaste a opté pour la ligne de conduite : Bigger is Better. L’intérêt du film The Predator réside dans son action et plus principalement dans l’enchaînement de ses scènes d’action.

Didactique et fonctionnel au possible, oubliez le hors champ tout doit être montré au spectateur afin de lui offrir l’expérience la plus spectaculaire possible. En ce sens, le film n’est pas la purge attendue et les amateurs de cinéma d’action seront rassasiés. Si encore et toujours bien trop découpé vis-à-vis de ce qui est montré, on soulignera une mise en scène suffisamment bien pensée afin de rendre l’action lisible en toutes circonstances. C’est frénétique, spectaculaire et extrêmement généreux dans la violence montrée à l’écran. Une violence qui n’est pas fortuite, car elle démontre la force et inculque aux créatures cette impression d’invulnérabilité nécessaire afin de rendre les personnages plus badass et l’action plus spectaculaire. Malheureusement à vouloir rendre le film toujours plus dynamique et fonctionnel, Shane Black en oublie d’iconiser ses créatures et d’héroïser ses humains. Humains dont on se moque éperdument, malgré un jeu d’acteur.rice convaincant, car très impliqués de la part de Boyd Holbrook et d’Olivia Wilde. On regrettera la présence au casting de Thomas Jane qui prouve malheureusement que depuis The Punisher, il ne semble plus capable de jouer sans cabotiner à en devenir ridicule. S’il n’est visuellement pas vilain (essentiellement de nuit avec des sources de lumière extra-diégétiques justifiées comme représentant le clair de lune), on regrettera l’absence totale de money shoot ou encore de perfect shot à se mettre sous la dent. Simplement un enchaînement de plans qui mis bout à bout, donnent vie à une longue séquence d’action cohérente et efficace, mais loin d’être mémorable. À cela on ajoutera de magnifiques faux raccords qui prouvent bel et bien que certaines séquences ont été reshootés afin qu’elles se déroulent la nuit au lieu du jour comme shootées initialement.

Si ce n’est pas la purge que l’on était en droit de craindre, The Predator n’est pas pour autant la surprise que l’on aurait aimée découvrir au cinéma. Sauvée par un enchaînement frénétique, mais limpide et cohérent de scènes d’actions toutes plus violentes et spectaculaires les unes que les autres, The Predator est coulé par un scénario risible à souhait, et ce, sur tous les aspects possibles et imaginaux. Des personnages à l’histoire, en passant par les dialogues (quelques punchlines bien senties donnent un ton plus cool et humoristique au film, ce qui n’est pas désagréable), on est bien loin du Shane Black scénariste et dialoguiste de talent de buddy movie comme Lethal Weapon et The Nice Guys. Côté casting si Boyd Holbrook et Olivia Wilde sortent du lot grâce à de véritables investissements dans leurs rôles respectifs, malgré des personnages caricaturaux, le reste de la bande agace plus qu’autre chose. S’il n’obtient pas le statut de THE Predator, le spectateur amateur de cinéma de b movie, d’action et d’hémoglobine qui sommeille en nous ne boudera néanmoins pas le plaisir pris au visionnage. Une fois le générique de fin lancé, on avait seulement déjà oublié ce qu’on venait de voir.


« Plus fun, plus spectaculaire, plus gore, mais également beaucoup plus débile. »



Commentaires Facebook

1 commentaire sur “The Predator réalisé par Shane Black [Sortie de Séance Cinéma]

  1. “Shane Black en oublie d’iconiser ses créatures”

    Au contraire, je trouve qu’il arrive à iconiser créatures, par exemple la scène du laboratoire on ressent la puissance de la bestiole.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *