The Post (Pentagon Papers) réalisé par Steven Spielberg [Sortie de Séance Cinéma]

Synopsis : “Première femme directrice de la publication d’un grand journal américain, le Washington Post, Katharine Graham s’associe à son rédacteur en chef Ben Bradlee pour dévoiler un scandale d’État monumental et combler son retard par rapport au New York Times qui mène ses propres investigations. Ces révélations concernent les manœuvres de quatre présidents américains, sur une trentaine d’années, destinées à étouffer des affaires très sensibles… Au péril de leur carrière et de leur liberté, Katharine et Ben vont devoir surmonter tout ce qui les sépare pour révéler au grand jour des secrets longtemps enfouis…”


Les lumières de la salle de cinéma s’allument, tu te repositionnes sur ton siège pour avoir fière allure parce que la position “je m’installe comme à la maison” ce n’est pas trop ça, et là, ton ami(e) se retourne vers toi et te pose la question fatidique…

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Si l’on dit souvent que les récompenses ne représentent rien, lorsque l’on émet le nombre 180 sans compter les trois Oscars de Meilleur Réalisateur, il est évident que l’on a à faire à un grand nom. S’il fait partie de ceux qui ont lancé le fameux Nouvel Hollywood dans les années 70, mouvement également composés de Francis Ford Coppola, Martin Scorsese ou encore Georges Lucas, son simple nom, l’aura respectueuse qui s’en dégage, semble à lui seul encore plus élevé et respecté dans le monde du cinéma que le mouvement dans son intégralité. Qu’on le cueille ou non, que l’on aime son cinéma ou non, Steven Spielberg est sans conteste le cinéaste encore en activité le plus respecté du septième art. Son simple nom suffit à vendre un film, à créer l’événement, là où ce n’est, par exemple, pas le cas pour un Martin Scorsese. Les chiffres du Box-Office français de son Silence en est la preuve.

Cependant, a l’image de son confrère précédemment cite, Steven Spielberg est capable de tout, capable de produire des films pour la famille, comme pour un public bien plus restreint et ciblé. Faire un grand écart cinématographique passant en l’espace de quelques mois du conte Le Bon Gros Géant, au film d’espionnage au contexte politico-social fort Bridge of Spies. Le tout avec une manière de faire similaire et trouvant des similitudes scénaristiques (thématiques propres au cinéaste) entre les deux. Telles ont été les années 2015 et 2016 pour Steven Spielberg et telle sera son année 2017. Double dose de Steven Spielberg avec un thriller politique pour le mois de janvier, avant que ne sorte le tant attendu par toute une communautés adepte du livre et de science-fiction : Ready Player One.

Metteur en scène de génie, employons les termes et adjectifs nécessaires, Steven Spielberg délaisse la Guerre Froide pour remonter quelques années en arrière et mettre en lumière l’affaire dite des : Pentagon Papiers. Tel était le terme utilisé pour parler du document : «United States – Vietnam Relations, 1945–1967: A Study Prepared by the Department of Défense ». Document contenant pas moins de 7000 pages, triées sur 47 volumes, qui dévoilent en détails l’implication politique et militaire des Etats Unis dans la guerre du Vietnam. Plus précisément, ce document, rédigé par trente-six officiers sur ordre du secrétaire à la Défense Robert McNamara (en fonction jusqu’en 1968 sous la présidence de Kennedy), discrédite le président Lyndon Johnson qui avait, entre autres, promis de ne pas engager davantage l’armée américaine au sein de cette guerre s’il était élu président des États-Unis (alors qu’en réalité il l’aurait intensifiée via des frappes secrètes et ce n’est qu’une infime partie de ce que lui et les hauts responsables ont réalisés sans en avertir la population américaine). Un document dont les informations, une fois rendues publique grâce à des journalistes aguerris, expérimentés et dévoués à leur métier ont ébranlés le pays et bien plus encore. C’est cette histoire que raconte Steven Spielberg avec le film The Post.

Si Liz Hannah et Josh Singer, scénaristes du film, s’attardent sur le document en question et sur l’importance des informations contenues par ce dernier, The Post est une œuvre cinématographique qui prend le pas inverse d’un Spotlight. Pas une étude de cas, pas une enquête approfondie, mais un film à hauteur d’homme, un film de personnages avant tout. Ce sont les personnages et leur quotidien qui va être affecte par l’arrivée du document et non le document qui est le centre de l’affaire. Comme le titre américain (ou même québécois, mais pas le titre français qui n’a effectivement rien compris au film) l’indique, The Post est avant tout un film qui s’intéresse à un journal, le Washington Post, et a ceux qui lui dédient leurs vies entière par pure passion. Subsiste dans ce film deux personnages principaux que sont Kay Graham (incarnée par Meryl Streep) première femme à être éditrice d’un journal et Ben Bradlee (incarné par Tom Hanks) rédacteur en chef du journal, ainsi qu’un troisième personnage représentatif de la rédaction du Washington Post dans son intégralité. Trois personnages, dont un groupe dont les membres ne forment qu’un, aux destins et aux vies reliées par le journal et cette passion de dire à la population américaine les informations qu’elle est en droit de savoir. Des personnages remarquablement écrits, caractérisés dans un premier temps en partant des archétypes propres au poste tenu par chacun, mais dont les personnalités et la perception de ces mêmes personnalités par le spectateur, va évoluer au fur et à mesure de l’avancée du récit. Des personnalités qui vont évoluer dans le bon sens du terme grâce à leur amour commun pour leur métier de journaliste. Une lettre d’amour au métier de journaliste, un film humaniste et allègrement féministe par le prisme du personnage interprété par Meryl Streep (forte, intelligente, sensiblement, aucunement hautaine et dévouée à la cause de son métier) et un doigt d’honneur bien levé a l’Amérique de Donald Trump faisant passer comme message que la population se doit d’être en connaissance des actes réalisés et qui la concerne directement, comme le stipule le premier amendement de la constitution des États-Unis (le Congrès des États-Unis a l’interdiction de porter atteinte et de limiter la liberté de rassemblement, d’expression ou encore de la presse).

Si Spotlight regroupait tous les critères du film inspiré d’une histoire vraie académique au possible à cause d’une mise en scène robotique et d’une réalisation didactique dont le but était d’illustrer le scenario, The Post va à l’encontre de cet académisme grâce au savoir-faire auteuriste de son metteur en scène. Adepte du 21mm (wide focale qui permet d’avoir un angle plus large que la vision humaine), Steven Spielberg joue comme à son habitude avec ses acteurs. La caméra est sans cesse en mouvement, s’approche des acteurs ou inversement, modifiant l’échelle du plan (d’un plan buste a un gros plan) et créant une dynamique avec un arrière-plan souvent important. Steven Spielberg joue avec la profondeur du champ et ne se focalise pas uniquement sur l’action montrée au premier plan. Le metteur en scène fait danser ses personnages, leur inculque une dynamique parfaitement naturelle et intéressante à la fois pour la dynamique des plans et pour le spectateur, dont l’œil est de ce fait toujours aux aguets. Gros plans et jeux avec la profondeur de champ, mais également travellings latéraux, moments d’action a la steaThedy-cam, sur-cadrages par des personnages (ou objets) présents sur les bords cadre, contre plongé qui héroïsent les personnages, réflexions par des objets du quotidien, lumière extérieure abondante qui vient illuminer l’intérieur… toutes les mimiques du cinéaste sont présentes au sein de ce film et c’est un régal. Un régal pour les yeux, sans que ça ne dénature le film et son propos. Steven Spielberg n’a rien perdu de sa superbe, de son talent et on ne va pas s’en plaindre.

Si on en doute quelque peu lors du démarrage du film, mise en contexte nécessaire, mais assez lourde et difficile, car enchaînant les années et personnages avec quelques ellipses temporelles afin d’aller à l’essentiel sans éclipser les informations nécessaires à la bonne compréhension de l’histoire, The Post est un thriller politique aussi intelligent que magistralement mis en scène. Steven Spielberg se focalise sur ses personnages, leur inculque du corps et du caractère, ne faisant du document (les Pentagon Papers NDLR) qu’un élément déclencheur. Avant tout un film sur le journalisme, une ode au métier de journaliste et à la liberté de la presse et d’expression dirigée d’une main de maître. Une mise en scène d’un minimalisme suffisant pour être évocateur, donner du sens à chacun des plans et donner de l’importance, de la prestance à ses personnages. Personnages remarquablement incarnés par un casting de prestige. De Meryl Streep à Tom Hanks, en passant par Carrie Coon, ils excellent et permettent au film The Post d’être plus qu’un simple film inspiré par une histoire vraie, mais un grand film qui met en lumière un métier essentiel et une histoire qui l’est tout autant.

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