The Nice Guys (Critique | 2016) réalisé par Shane Black

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Synopsis : “Los Angeles. Années 70. Deux détectives privés enquêtent sur le prétendu suicide d’une starlette. Malgré des méthodes pour le moins « originales », leurs investigations vont mettre à jour une conspiration impliquant des personnalités très haut placées…”

Déjà présent au Festival de Cannes en 2005 pour y présenter Hors Compétition la comédie policière Kiss Kiss Bang Bang, Shane Black y revient onze après avec sa nouvelle réalisation : The Nice Guys. Entre temps, le réalisateur a fait un passage éclair, mais remarqué chez Marvel, offrant au Marvel Cinematic Universe un film généreux – pouvant être considéré comme le mieux écrit de tous, voire le meilleur film de ce même univers – à savoir Iron Man 3. Avec The Nice Guys, Shane Black revient à ce qu’il aime, aux origines de son cinéma, au buddy movie. Le buddy movie a toujours été la marque de fabrique du cinéaste américain. Iron Man 3 en porte les stigmates avec notamment un épilogue à la mise en scène explosive, mais dont la lumière est faite sur les relations existantes entre les différents personnages. Le cinéaste à toujours fait des relations humaines le point central de ses films, mais pas que. Shane Black est un bon réalisateur et il nous l’avait prouvé avec simplement deux longs métrages au compteur, mais il est avant tout un scénariste de grand talent.

Shane Black réalisateur, mais ici, c’est Shane Black l’auteur de cinéma qui nous intéresse. Le réalisateur est considéré, dans le langage cinématographique, comme un auteur à l’instar du scénariste et du compositeur, mais le cinéaste américain s’est avant tout distingué par la qualité de ses scénarios. Un scénario bien écrit est un scénario au cœur duquel se trouvent les idées majeures de mise en scène, de quoi imaginer les plans. Révélé très jeune grâce à un scénario vendu à la firme Warner Bros, ce même script est aujourd’hui devenu un film culte. Un film dont le simple nom évoque tout ce qu’on aime dans le cinéma de Shane Black. Celui-ci n’est autre que Lethal Weapon, aussi nommé en France : L’Arme Fatale. Franchise à succès, cette saga doit sa renommée à l’écriture et au sens aiguisé du dialogue du cinéaste américain. Il n’empêche que Richard Donner l’a admirablement mis en image. Avec The Nice Guys, Shane Black reprend cette même formule – et va offrir quelques clins d’œils aux aficionados entre Lethal Weapon 2 et Last Action Hero – la formule qui a fait du duo Riggs/Murtaugh un véritable couple de cinéma, mais la renouvelle avec le même talent.

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Deux personnages masculins au centre de l’histoire. Pas de contextualisation ou de scène d’introduction à proprement parler qui va nous raconter les antécédents des personnages, mais une mise directe en action. L’un est à pied d’œuvre, l’autre à la ramasse. Le montage parallèle va immédiatement poser les bases du récit et faire en sorte que les spectateurs mettent des indicateurs sur les têtes qu’ils viennent de voir. C’est ce qui va être le lancement de la machine Black et d’un engrenage qui va entraîner les spectateurs jusqu’à un épilogue explosif. Explosif, tant dans son intensité que dans ses mécanismes de mise en scène. Un épilogue qui résume à lui tout seul toute la force d’écriture du cinéaste. Tout en étant dynamique, il réussit par la mise en scène à jongler sur les points de vues, dévoilant avec véracité le comportement et l’état psychologique de chacun des personnages principaux. On les découvre à ce moment fatidique tel qu’ils sont, tels qu’ils ont toujours été intérieurement, mais pas avant. Malgré une narration on ne peut plus linéaire et l’utilisation d’une voix off au début et à la fin du film afin de guider, Shane Black ne donne pas immédiatement toutes les cartes aux spectateurs. Il va laisser l’histoire se dérouler et les informations en découler. L’on est jamais dans l’expectation grâce à la générosité de l’action et de la comédie, mais on est toujours dans l’attente d’informations. Qu’elles concerne l’enquête en elle-même, aussi simple soit-elle, ou les personnages plus particulièrement.

Shane Black avait mis le genre du buddy movie sur un piédestal avec son script du film Lethal Weapon. Un film d’action, drôle, porté par son couple principal au capital sympathie indéniable grâce à une belle mise en lumière de leurs états psychologiques et de leurs états familiaux respectifs. Il en va de même avec The Nice Guys, film qui laisse le spectateur dans le questionnement afin de lui offrir au fur et à mesure les informations qu’il souhaite avoir, afin de pouvoir se lier aux personnages. Cependant, The Nice Guys n’est pas qu’un simple et vulgaire copier/coller du film culte de 1987. Lethal Weapon était un film rural, difficile et aux accentuations dramatiques difficiles. Il y était question d’un personnage dépressif et suicidaire, prêt à plusieurs reprises à passer à l’acte durant le film. Le tout dans une atmosphère instaurée par cette même société dans laquelle prenait place le film et évoluaient les personnages. Shane Black change d’époque pour The Nice Guys. Une plongée dans les années 70 au cœur d’une enquête délirante dans le monde du cinéma pornographique. On est dans le décalage, dans la décadence et l’absurde tout en restant réaliste dans les situations et rouages scénaristiques. “Sex, drogue et disco” pourrait être le credo de ce long métrage. Grâce à son sens aiguisé du dialogue et à des situations toutes plus absurdes et déjantées les unes que les autres, Shane Black s’amuse et amuse le spectateur tout en lui offrant un film policier au scénario rondement écrit.


En Conclusion :

Délirant, tant dans ses dialogues, souvent saugrenues et décomplexés que dans ses situations – les inversions des rôles et utilisation du personnage incarné par la jeune Angourie RiceShane Black prouve qu’avec un minimum de talent on peut réussir à faire rire et divertir un public sans pour avoir recours à des blagues potaches dignes d’une cour de récréation. Bien mis en scène et doté d’une réalisation astucieuse sans pour autant être audacieuse, ou qui cherche à trop en faire, Shane Black offre un divertissement pop et délirant au duo principal irrésistible. Russell Crowe et Ryan Gosling forment un duo de composition. Un duo complémentaire, permettant l’affrontement et l’entre aide afin que l’histoire puisse aller dans le sens voulu par le spectateur. Un spectateur qui s’attache aux personnages et qui ne souhaite que leur bien. Une bonne introduction, un bon buddy movie qui se vaut à lui seul, qui n’a véritablement pas besoin de suite afin de pouvoir vivre et espérer avoir une renommée sur le long terme, mais auquel on aimerait tout de même voir émerger une suite afin d’en apprendre plus sur ce duo de choc et de les voir à l’œuvre dans des scènes d’action encore plus déjantées.

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