The Mule réalisé par Clint Eastwood [Sortie de Séance Cinéma]

Synopsis : « À plus de 80 ans, Earl Stone est aux abois. Il est non seulement fauché et seul, mais son entreprise risque d’être saisie. Il accepte alors un boulot qui – en apparence – ne lui demande que de faire le chauffeur. Sauf que, sans le savoir, il s’est engagé à être passeur de drogue pour un cartel mexicain.
Extrêmement performant, il transporte des cargaisons de plus en plus importantes. Ce qui pousse les chefs du cartel, toujours méfiants, à lui imposer un “supérieur” chargé de le surveiller. Mais ils ne sont pas les seuls à s’intéresser à lui : l’agent de la DEA Colin Bates est plus qu’intrigué par cette nouvelle “mule”.
Entre la police, les hommes de main du cartel et les fantômes du passé menaçant de le rattraper, Earl est désormais lancé dans une vertigineuse course contre la montre… »


Les lumières de la salle de cinéma s’allument, tu te repositionnes sur ton siège pour avoir fière allure parce que la position “je m’installe comme à la maison” ce n’est pas trop ça, et là, ton ami(e) se retourne vers toi et te pose la question fatidique…

A-t-on réellement besoin de présenter Clint Eastwood ? Si Kurt Douglas est un acteur de légende et Martin Scorsese un réalisateur de légende, Clint Eastwood est un acteur et un réalisateur de légende. En cette période étrange, aussi sombre sur le plan politique et social, que positive sur le plan cinématographique, et ce, à plusieurs niveaux, Clint Eastwood fait partie intégrante de ces personnalités qu’il nous est difficile de juger. Si l’on ne peut mettre de côté ses propos politiques engagés, que l’on retrouve dans un sens du patriotisme exacerbé à l’image, difficile de nier l’immense talent du réalisateur et le charisme de l’acteur. Clint Eastwood est une légende. Son nom représente à lui seul un classicisme hollywoodien aujourd’hui disparu. Film après film, il cherche encore et toujours à développer son œuvre tout en restant affilié à ce même classicisme pour lui représentatif de ce qu’était, et aurait dû rester, le cinéma américain. Ce cinéma qui a fait les grandes heures du cinéma américain, celui qui nous présentait l’homme américain comme un modèle. Un homme respectueux et fidèle à ses principes quitte à devoir vivre dans la solitude et se sacrifier pour une cause ou le bien des autres. Un cinéma qui avait ses limites et qui formellement, passerait encore aujourd’hui alors que fondamentalement ce serait une autre histoire. Pour vulgariser très grossièrement. Un classicisme qui a débouché avec le temps vers un travail formel et scénaristique plus académique.

Un cinéma moins maniériste, bien moins fort et prononcé dans sa mise en scène, sans qu’il ne perde pour autant son goût des belles histoires. Un goût pour les histoires qui mettent en avant le cran, le courage et le respect d’hommes américains pour leurs causes. Des hommes qui vont par la force des événements devenir de véritables icônes pour leur pays. Derrière son talent, Clint Eastwood reste un homme fidèle à ses valeurs de républicain, qui produit un cinéma républicain. C’est un fait absolument logique. 15h17 pour Paris était en ce sens un film problématique, car uniquement basé sur la volonté de mettre en image et de cristalliser dans le temps par le prisme du cinéma, l’histoire de jeunes soldats américains braves et courageux. Là où des films tels que American Sniper ou encore Sully, reposaient également sur de véritables idées narratives et de mise en scène. Quelques mois à peine après la sortie de son précédent film (15h17 pour Paris cité préalablement), le voici de retour avec une œuvre… une nouvelle fois basée sur une histoire vraie. Une déconvenue qui attire grâce à la présence en tête d’affiche de son réalisateur, que l’on n’avait pas revu devant la caméra depuis Gran Torino. Pourquoi ce retour devant la caméra avec The Mule ?

The Mule n’est pas un film qui déroge à la règle et l’idéologie Eastwood. Le cinéaste raconte et cristallise dans le temps par le prisme du cinéma l’histoire vraie de Leo Sharp retraité de plus de 80 ans qui est devenu le passeur de drogue le plus vieux et prolifique de l’histoire. L’histoire d’un homme âgé, rendu naïf par le simple avancée dans l’âge et ne souhaitant qu’une chose : gagner de l’argent pour sa famille et plus particulièrement sa petite fille. Clint Eastwood conte une histoire humaine, bienveillante, celle d’un homme qui voulait simplement rattraper le temps perdu avec sa famille à cause d’un travail qui lui prenait tout son temps et pour lequel il donnait énormément au détriment de sa vie de famille. C’est donc une belle histoire, fondamentalement prévisible, reposant sur une idéologie que l’on connaît déjà, et qui plus est, contée de la plus simple des manières. Néanmoins, il y a une chose qui va donner au film tout le sel permettant au spectateur assidu et cinéphile, d’être accroché et réceptif à l’action. Clint Eastwood.

Le parallèle être l’acteur et son personnage est inévitable. Comme à son habitude, l’acteur américain se fustige d’un rôle qui ne le met pas en valeur. Caractériel, travailleur trop acharné, donneur de leçon et physiquement qui accuse de longues années de vie qui le précède. Il est tout simplement âgé et se retrouve face à des générations et une évolution de la société qu’il ne comprend tout simplement plus, notamment à cause de cet âge. Mais derrière tout ça, il ne veut aujourd’hui que le bien de tous. Et c’est ce point, qui rend le personnage empathique et hautement touchant sans pour autant bouleverser nos états d’âme. C’est un personnage qui veut se racheter une conscience, qui se sait faible accusant les années qui passent et qui par déduction se bâtit des œillères ne le poussant qu’à voir le bien autour de lui à l’image de sa propre nouvelle conscience, ne voulant que propager le bien. Alors qu’on lui affuble depuis le début de sa carrière l’image, aujourd’hui caricaturale, du cow-boy américain, le cinéaste offre à l’acteur un premier rôle où il va rire, danser et profiter de la vie. Tel le dernier acte d’une vie d’acteur que ce rôle pourrait être, Clint Eastwood décide et prouve qu’il peut encore surprendre. Il dévoile au monde avec The Mule une facette que l’on ne connaissait pas de lui, celle d’un acteur capable d’émouvoir, mais surtout de faire rire. Derrière son propos humaniste et malheureusement extrêmement manichéen pour ne pas dire ancré dans une réalité, cinématographique et non, qu’on ne voit plus au cinéma depuis la fin des années 90, réside une comédie dramatique sur la vie et la vieillesse. Peut-être que le réalisateur a vu en cette histoire extraordinaire le moyen de redorer son image avec ce qui n’est autre qu’un petit film sans prétention, mais drôle et émouvant. Qui sait.

C’est l’image impérissable de Clint Eastwood qui ri, danse, chante, pleure et s’énerve que l’on conserve suite au visionnement. Un Clint Eastwood humain et qui profite de la vie en toute simplicité, conscient de son âge avancé. Une image que l’on aime voir et revoir, contrairement à tous les à-côtés qui font de The Mule une œuvre de qualité, mais extrêmement mineure dans la carrière du cinéaste. Si on ne lui reproche pas sa mise en scène minimaliste qui permet au spectateur de se lier en toute simplicité au personnage, il n’en va pas de même concernant sa direction de la photo. Une photo plus naturaliste, sans prétention, mais surtout sans recherche, audace ou volonté de se renouveler au cours de l’œuvre. Très répétitive dans ses choix de cadres et créant sans cesse une distanciation entre le spectateur et les personnages. Les couleurs sont ternes et on ne retrouve malheureusement pas un choix esthétique ou artistique prononcé qui aurait donné au film un véritable charme, tout en lui inculquant un rythme. Tel que c’était le cas pour Jersey Boys, Sully (on était plus dans un travail narratif intéressant) ou même J. Edgar pour ne citer que les plus récents. C’est répétitif, didactique, factuel et extrêmement répétitif à cause de ce manque de créativité dans les cadres. Une répétitivité qui n’aide en rien le spectateur à s’accrocher à une œuvre dont il devine très rapidement les tenants et aboutissants. C’est lent, c’est long et minoritaire, mais pas inintéressant pour autant, surtout et grâce à Clint Eastwood, ici bien meilleur acteur que réalisateur. Il est touchant, drôle, humain et d’une sincérité bienveillante incroyable. Il joue, s’amuse et ne serait-ce que pour ça, on aurait envie de le revoir à l’œuvre encore une fois.

La Mule, au cinéma dès le 23 Janvier 2019 en France

« Derrière la récit d’une Histoire Vraie Eastwoodienne caricaturale et très limite, se cache une comédie dramatique sur la rédemption et la vieillesse aussi drôle que touchante et superbement interprété par Clint Eastwood. »


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