The Kindness of Strangers, la bienveillance a malheureusement ses limites

Synopsis : « L’histoire de quatre personnes qui traversent la pire crise de leur vie. »

Les lumières de la salle de cinéma s’allument, tu te repositionnes sur ton siège pour avoir fière allure parce que la position “je m’installe comme à la maison” ce n’est pas trop ça, et là, ton ami(e) se retourne vers toi et te pose la question fatidique…

Lone Scherfig, cinéaste originaire du Danemark dont le nom ne vous dit peut-être rien, mais dont vous avez certainement entendu parler de l’un des précédents films. Une Belle Rencontre ? The Riot Club ? Un Jour ? Une Éducation ou encore Italian for Beginners qui l’a fait connaître en 2000. Des films qui n’ont jamais connu d’immenses succès, mais un succès d’estime pour une carrière qui a connue des hauts et des bas. Des œuvres souvent intéressantes, car fondamentalement humanistes et d’une bienveillance extrême, mais trop souvent plombée dans cette même bienveillance humaniste mise en scène en se reposant sur des stéréotypes du genre. Une filmographie dotée d’une réelle identité, mais qui au fur et à mesure de sa construction, c’est enfermée dans un carcan qui semble être à l’image de la cinéaste, mais ne semble plus rien avoir à offrir d’original pour le spectateur. The Kindness of Strangers est malheureusement la confirmation de cette hypothèse que l’on pouvait se faire il y a déjà quelques années vis-à-vis de Lone Scherfig.

Tel Nashville de Robert Altman, Les Uns Les Autres de Claude Lelouche ou encore Babel de Alexandro Gonzales Innaritu pour citer l’évidence même, The Kindness of Strangers est un film choral. Un film qui repose sur une structure narrative éparse qui va multiplier les points de vues par le nombre de personnages qu’il souhaite mettre en avant. En l’occurrence, six personnages et tout autant de destins liés de prêt ou de loin. Défaut inhérent à ce genre de récit, The Kindness of Strangers multiplie les points de vues, mais n’a aucunement le temps de s’appesantir sur le background de l’un des personnages en questions. Des personnages que l’on survole, que la narration attrape à un moment précis de leurs vies respectives afin de démontrer en quoi et par quoi, ils peuvent être liés sans même s’être rencontrés au préalable. L’intérêt n’est donc pas ici, il n’est pas dans le développement approfondi de l’un des personnages et Lone Scherfig, également scénariste, l’a bien saisi. S’il y a bien une chose que l’on ne peut lui reprocher, c’est son approche du genre et la manière dont elle structure son récit. Le protagoniste est la bienveillance en elle-même, cette substantifique moelle intangible, plus ou moins bien cachée en chacun d’entre nous.

Les personnages ici présents vont être guidés par leurs prises de décisions, par leurs actes, mais aucun ne sera le guide de toute cette chorégraphie. Ils seront uniquement guidés par ce que l’on nomme plus couramment : le destin. Ainsi que par cette bienveillance humaine sans laquelle le destin n’existerait fondamentalement pas. Sans entrer davantage dans ce qui deviendrait une analyse philosophique qui n’aurait fondamentalement aucunement sa place ici, l’on peut dire que The Kindness of Strangers est un film choral qui jongle avec harmonie entre ses divers personnages. Des personnages qui ne sont jamais trop à l’écran et guidés les uns vers les autres avec suffisamment de justesse pour permettre à l’histoire de progresser en toute cohérence. Un rythme entraînant pour un récit qui entremêle les arcs narratifs sans que l’un ne prenne le pas sur un autre pour finalement le délaisser. Des arcs narratifs qui se joignent les uns aux autres et se complètent en toute logique afin de bâtir une histoire commune sur la nécessité de la bienveillance et de l’entre-aides. Une belle histoire qui sort à point nommé pour les fêtes de fin d’année dans les salles nord-américaines. Malheureusement, ce n’est pas parce que l’histoire est belle et construite sur le principe même de la bien-pensance, que n’en résulte un long-métrage bouleversant et pertinent.

Difficile de ne pas être épris, émus par ces personnages en pleine détresse. Le film brasse tout un tas de sujets difficiles tels que la violence familiale, la reconstruction suite à une disparition tragique ou encore la dépression. Des sujets qui vont tous amener nos personnages vers une, voire plusieurs, remise(s) en question afin d’aboutir à une réelle reconstruction. Un développé narratif on ne peut plus classique, mais tout aussi logique qu’efficace, surtout dans le cas d’un film sur l’entre-aides. Malheureusement, si l’histoire, les histoires sont touchantes, la mise en scène pataude entache toute forme d’imprégnation émotionnelle. Si les choix scénaristiques sont par moment discutables (certains choix réalisés par les personnages qui peuvent défier toutes logiques), c’est avant tout la manière de mettre en scène ces derniers qui dérange. Le film enchaîne les séquences, enchaîne les situations et les actions donnant l’impression que la cinéaste s’en débarrasse au lieu de donner de l’importance à chacun des choix réalisés. Trop concentré sur le fait de rendre son récit fluide et cohérent, Lone Scherfig en oublie de donner du cachet à ses choix de mise en scène. Peut-être moins en faire, mais ne pas chercher le choix facile, ne pas sombrer dans les stéréotypes du genre en faisant d’une mère de famille en détresse une voleuse improbable. Les possibilités sont diverses et variées afin d’aboutir à la même finalité, aux mêmes développements de personnages. Malheureusement, la cinéaste fonce tête première dans ce qu’il y a de plus simple, de plus attendu, de moins crédible.

Une mise en scène attendue dont on peut à l’avance imaginer de quelle manière la cinéaste va créer tels rapprochement ou situation, et ce, sans parler, de la direction d’acteur et d’actrice. Une fois n’est pas coutume, impossible de blâmer le casting face à une direction d’acteur.rice.s aussi indigente. Toutes les situations ne sont pas à blâmer, mais globalement le film démontre qu’avoir un bon acteur ou une bonne actrice, ne suffit pas à permettre à une séquence de développer une profondeur émotionnelle ou enrichir un personnage. Si Tahar Rahim et Bill Nighty (caution dérision et humoristique du groupe) s’en sortent grâce à leur charisme naturel, difficile d’en dire autant pour les actrices qui semblent ne pas savoir si elles doivent aller davantage dans l’émotion ou non, et que dire des pauvres Caleb Laundry Jones, Esben Smed et David Dencik. Des personnages d’un cliché aberrant et dirigés comme des pantins affublés de stéréotypes réducteurs déconcertants. Difficile face à ça, face à ces choix délibérés de la part de la cinéaste, de trouver ensuite la force d’être touché par ce qui demeure néanmoins histoire dont le message de tolérance mérite le détour. Sans parler du découpage didactique et expéditif, ainsi que du cadrage qui ne prend jamais le soin de faire de belles images alors que les situations, les décors et les personnages ne demandent que ça. Ne demandent qu’à être mis en scène avec un concept visuel qui aurait permis de faire transparaître l’intériorité de ces personnages et de la transmettre aux spectateurs. Spectateurs qui ne font ici qu’assister à un spectacle qu’ils ont envie d’aimer, mais cette même envie est rapidement supplantée par une impression de gâchis.

« Un casting mal dirigé, une mise en scène en roue libre, une réalisation désuette… le spectateur assiste à un spectacle qu’il aimerait aimer, mais ne le peut aucunement. »


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