The Grudge, le remake du remake plus effrayant que le remake ?

Synopsis : « En 2004, une infirmière, Fiona Landers, assassine son mari et leur petite fille dans sa maison en Pennsylvanie. Les détectives Goodman et Wilson enquêtent sur les meurtres. Mais il s’avère que la résidence est hantée. Peu de temps avant le meurtre, Fiona a fuit précipitamment Tokyo après avoir vu les fantômes d’une jeune japonaise, Kayako Saeki, et d’un petit garçon, Toshio, dans un autre domicile inquiétant… Possédée par elle, Fiona tua ses proches avant de s’ôter la vie. Désormais, tous ceux qui pénétreront dans sa maison seront maudits à leur tour par Kayako et Toshio… »

Les lumières de la salle de cinéma s’allument, tu te repositionnes sur ton siège pour avoir fière allure parce que la position “je m’installe comme à la maison” ce n’est pas trop ça, et là, ton ami(e) se retourne vers toi et te pose la question fatidique…

C’était il y a presque 18 ans maintenant. Naissait la légende The Grudge, film d’épouvante japonais réalisé par le cinéaste Takashi Shimizu. Ju-on : The Grudge, un film d’épouvante et non des moindres qui a engendré de nombreuses suites, ainsi qu’un remake américain qui a lui-même engrangé de nombreuses suites. Aujourd’hui les films d’épouvante où il est question d’une malédiction sont légions. Pour employer un mot fort et galvaudé, la malédiction est le cancer du cinéma d’épouvante. Utiliser une malédiction pour justifier son histoire et la création même d’un film d’épouvante revient à pouvoir écrire, et faire, tout et son contraire sous le simple prétexte que c’est la malédiction qui veut ça. Ne suivre aucune logique, faire ce que bon nous semble pour faire peur au spectateur et faire avancer son histoire sans fondamentalement chercher à créer un film original, ou ne serait-ce que logique. Aucun némésis, aucune confrontation, simplement la recherche d’un sursaut afin de provoquer le spectateur. Si Ju-on : The Grudge n’était pas aussi consensuel en son temps, c’était grâce à son concept. Créer une œuvre chorale horrifique. Film d’épouvante dont le concept même résidait dans sa structure narrative chapitrée aboutissant sur un épilogue qui dépasse le point de vue terre à terre d’un être humain, afin d’établir un seul et même univers pour tous les destins précédemment illustrés. Si son remake de 2004 reprenait le même concept à l’exactitude ou presque, difficile de comprendre sur le papier l’intérêt d’un nouveau remake. Le remake d’un remake qui n’avait déjà peu d’intérêt, mis à part dire au monde : « regardez le film original japonais, c’est le même, mais en mieux ».

Jeune cinéaste qui a fait ses preuves en 2016 avec un premier long-métrage horrifique des plus intéressants, le bien nommé The Eyes of My Mother, il n’aura pas fallût longtemps avant qu’Hollywood ne lui mette le grappin dessus. Même pas 30 ans et déjà sous le jouque d’une firme internationale (Sony NDLR). Seule l’histoire nous dira si le projet et né de l’esprit d’un producteur interne à Sony Pictures Entertainement ou si le jeune Nicolas Pesce a fait du pied à la multinationale avec un premier script sous le bras. Puisque oui, en plus d’être réalisateur, Nicolas Pesce officie également en tant que scénariste du film. Un titre dont il aurait pu se passer puisque oui, The Grudge cuvé 2020 est un remake fade, creux et insipide qui se contente de ressasser des démons que l’on cherche à évacuer de nos vies. Tel que convenu, The Grudge conte l’histoire de plusieurs personnages dont la vie va être traversée par une malédiction. Plus de structure narrative chapitrée, mais une structure narrative qui va alterner entre les points de vue grâce au principe de flashback. Idée scénaristique intéressante, mais aujourd’hui éculée malgré la volonté de dresser un parallèle entre les différents personnages. Des destins qui s’entrecroisent, des destins liés par une seule et même malédiction. Idée qui va engendrer quelques fulgurances intéressantes, notamment dans la mise en scène de Nicolas Pesce. Derrière son lot de jump-scares foireux, qui tentent tant bien que mal de jouer avec l’expectation d’un spectateur qui a l’habitude que l’on joue avec ses nerfs, se dressent quelques belles idées visuelles qui permettent d’établir et de conserver une ambiance angoissante. Quelques belles idées formelles qui baignent dans un récit qui enchaîne les illogismes et ne semble jamais vouloir se soucier de la crédibilité de ses personnages.

Transparaît du film The Grudge l’envie d’emporter le spectateur de jump-scare en jump-scare sans se soucier de ce qu’il raconte. Des personnages peu intéressants et pas impactant, car caractérisés par des réactions aucunement naturelles. Aucune crédibilité dans leurs actions poussant le curseur interrogatif du spectateur qui se demande bien pourquoi ils agissent de cette manière, au lieu de s’impliquer auprès d’eux dans l’action. Aucune immersion, aucune implication émotionnelle, faisant de The Grudge un ride horrifique qui se cherche et ne réussit jamais à provoquer la moindre émotion. Ne serait-ce que la peur. Prévisible d’un pan à l’autre de l’histoire, prévisible dans ses moindres détails annihilant chaque moment de tension, The Grudge ne provoque que l’ennui et le désarroi malgré quelques idées artistiques qui prouvent l’honnêteté d’un jeune cinéaste qui a du talent. Si les séquences de jour laissent à désirer à cause de choix d’étalonnage qui laissent à désirer (un contraste trop appuyé provoquant des pertes d’information dans l’image sur les décors et visages afin d’avoir un « style » sombre et horrifique), les séquences de nuit fonctionnent. Si on regrette une redondance colorimétrique lassante à la longue (du orange, du orange, encore du orange et que du orange), le film est joliment découpé et le montage prend suffisamment son temps pour laisser l’ambiance gagner du terrain et capter l’attention. Une tension rapidement amenuise à cause d’un sound design consensuel qui se concentre sur la montée en tension à l’arrivée d’un jump-scare.

Un casting porté par la lumière de beaux noms avec entre autres Andrea Riseborough, Demian Bichir et John Cho, Sam Raimi à la production et un jeune cinéaste prometteur à la réalisation. De beaux noms, des promesses sous-entendues pour ce qui n’est finalement qu’un ersatz de tous ces films d’horreur moderne qui cherchent le frisson au détriment d’une cohérence scénaristique ou d’une créativité artistique. Remake qui joue avec la renommée de la licence pour s’avérer être une suite déguisée, plus ou moins assumée, du film originel, The Grudge aurait pu être une petite surprise pas détestable. Les quelques fulgurances artistiques (utilisation massive du contre-jour pour jouer avec les silhouettes par exemple) et de mise en scène parviennent à capter l’attention et à faire ressentir une once d’émotion. Idées formelles dont l’intérêt se voit rapidement rattrapé par un script qui use et abuse de ficelles scénaristiques aujourd’hui éculées, ainsi que d’une histoire vieille en tous points et d’un attrait fondamental pour le jump-scare au détriment de la création d’une cohérence dans la manière dont vont être amenés ces derniers ou même dans la manière dont vont être mise en scène les morts et apparitions. On retiendra donc une construction des séquences horrifiques (permettant avec limpidité et douceur de créer une tension juste par le visuel) qui n’a pas à rougir de la concurrence et qui, avec un bon script, pourrait permettre au jeune Nicolas Pesce de se faire une belle place dans un monde qui ne demande que ça. Le film n’a pas de concept, pas de méchants à proprement parler, pas d’idée scénaristique nouvelle, rien pour intéresser sur le long terme… la malédiction du remake inutile a encore frappée.

« Derrière quelques intentions louables, se cache un film qui se sert de son titre évocateur pour finalement n’être qu’un eratz de tous ces films d’épouvante insipides, rongés par un scénario et une mise en scène où tout n’est qu’illogisme. » 


Commentaires Facebook

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *