The Greatest Showman réalisé par Michael Gracey [Sortie de Séance Cinéma]

Synopsis : “L’histoire de P.T Barnum, un visionnaire parti de rien pour créer un spectacle devenu un phénomène planétaire.”


Les lumières de la salle de cinéma s’allument, tu te repositionnes sur ton siège pour avoir fière allure parce que la position “je m’installe comme à la maison” ce n’est pas trop ça, et là, ton ami(e) se retourne vers toi et te pose la question fatidique…

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Cabaret (Bob Fosse, 1972), Meet Me in St Louis (Vincente Minnelli, 1944) , Grease (Randal Kleiser, 1978), Les Parapluies de Cherbourg (Jacques Demy, 1963) ou encore West Side Story (Robert Wise, 1960) représentent un genre aujourd’hui de moins en moins présent dans les salles obscures. Si la comédie musicale était un des genres émergeant puis, de plus de plus reconnu entre l’avènement du cinéma parlant et la fin de la décennie 1970, il s’est petit à petit fait de plus en plus discret. De nouveaux facteurs sont à prendre en compte, mais l’un d’entre eux et non des moindres est le changement générationnel. La société évolue et la culture en fait tout autant. Suivant les avancées technologiques, le cinéma populaire n’est plus forcément à l’image de celui qui l’était il y a cinquante ans de cela. Ce n’est qu’un facteur parmi tant d’autres et celui-ci est surement mineur pour le connaisseur du genre et du Musical dans ses plus grandes généralités. Cependant, si le cinéma a peu à peu, délaissé le film chanté, le Musical n’a cessé d’exister et semble n’avoir pas perdu de sa superbe sur les planches américaines et Nord américains. De The Lion King au “récent” Mary Poppins en passant par Wicked, My Fair Lady et Hamilton, ces classiques se jouent semaine après semaine, mois après mois renouvelant son casting et permettant de cette manière de pérenniser.

Le public est toujours aussi friand du genre et si l’apogée du Musical semble être bien loin, il se porte tout de même toujours aussi bien et se pourrait-il qu’il y ait de nouveau une place pour lui dans nos salles de cinéma. Si le cinéma fait partie des arts prestigieux, il est à l’instar de la sculpture ou encore de la peinture, un art qui peut toucher le public le plus large. Difficile pour un très jeune spectateur de prendre du plaisir devant un beau tableau, mais il peut néanmoins être aisément émerveillé devant une oeuvre cinématographique. Le cinéma est un art très accessible et il faut qu’il le reste. Pour cela il faut qu’il y ai des bons et des mauvais films, des comédies et des films d’action, des films populaires et des films plus intellectuels (les deux ne sont pas incompatibles non plus), des comédies et des drames… il faut que le cinéma conserve un large panel d’œuvres qui puissent être mises à la disposition du public, pour que tout à chacun puisse s’y retrouver. Et au sein de ce catalogue doit subsister un cinéma qui prône le spectacle avant tout. Si La La Land (Damien Chazelle, 2017) avait su rendre hommage au genre qu’est la comédie musicale, The Greatest Showman l’embrasse totalement, emportant avec lui les qualités et les défauts inhérents au genre depuis sa création.

Réalisé par Michael Gracey, pour lequel ce n’est autre que le premier long-métrage en tant que réalisateur, The Greatest Showman est un projet de longue haleine. Sept ans de travail pour Hugh Jackman, sept ans pour que ce dernier réussisse à concrétiser le projet et à le mener à bien. Et s’il n’en est pas le réalisateur, The Greatest Showman est son film, le film où Hugh Jackman se dévoile tel qu’il semble l’avoir toujours voulu devant une caméra. Amoureux des planches et du Musical, l’acteur australien a débuté sa carrière au Théâtre en 1995 (Beauty And The Beast puis Sunset Boulevard), avant de passer devant la caméra seulement quatre ans plus. C’est un showman, un homme de scène qui aime performer et donner une certaine intensité au travers des différents rôles qu’il peut interpréter. Wolverine/Logan était donc pour lui le rôle parfait pour se faire connaître et faire connaître l’étendu de son talent. Retour aux sources, retour à ses origines grâce à The Greatest Showman, une comédie musicale qui met l’accent sur le spectacle, le divertissement du public, et ce, au détriment du reste. Dans ce reste, on compte notamment le scénario. Si l’histoire est cohérente, limpide et possède son lot de messages à destination des plus jeunes, mais pas uniquement, le scénario dans son entièreté est constitué de dialogues peu subtils, voire idiots, d’actions et réactions insensées, ainsi que d’une prévisibilité incroyable offrant au spectateur le luxe de pouvoir deviner à la seconde près ce que le(s) personnage(s) va(vont) dire ou faire. Si le film a tout du moins, l’intérêt de mettre en lumière l’histoire de celui par lequel le cirque a pu voir le jour, son histoire telle qu’elle est racontée, est bien trop hollywoodienne dans l’âme et dans sa manière d’être contée pour enchanter le spectateur assidu.

Scénaristiquement parlant, The Greatest Showman n’est pas un film remarquable et les scènes de dramaturgie pure ne vous enchanteront pas du moins du monde. La mise en scène de ces dernières, caricaturale à souhait, n’aide en rien à leur bonne appréciation. Néanmoins, et contrairement au récent et acclamé La La Land pour ne citer que lui qui était un film avant tout dramatique et romantique ponctué par quelques moments musicaux, The Greatest Showman est une comédie musicale. Comédie musicale donc les moments de dramaturgie sont uniquement présent pour permettre aux numéros musicaux de s’enchaîner avec cohérence et sans coupes disgracieuses. Donner du contexte et amorcer ce qui va être le cœur même du film: le spectacle. Dotés d’une énergie incroyable et d’une force d’interprétation positive et communicative de la part de l’entièreté du casting, les moments musicaux relèvent du superbe et émerveillent grâce à un travail scénique de belle qualité. Si la mise en scène peine lors des moments de dramaturgie, les chorégraphies sont belles, dynamiques et élégamment réalisées afin de faire de ces moments de purs moments d’émerveillement (pas dans le sens parfait du terme, mais dans sa volonté de recherche du merveilleux) et de plaisir.

La volonté première de ces dernières, et à l’image du film dans sa globalité, n’est pas de créer du sens ou de donner une signification même aux plans par le positionnement des acteurs ou la façon dont ils vont être éclairés, mais bien de chercher au plus profond du spectateur comment lui procurer une once de plaisir. Ça passe par une recherche du mouvement, une réalisation impersonnelle dont le but est de centrer et bien montrer l’action (un mal pour un bien), par des raccords entre les mouvements réalisés par les interprètes et les bruitages et/ou chansons (sans parler des paroles) pour dynamiser et donner un entrain tout particulier, ainsi que par une colorimétrie chatoyante et colorée. Les décors sont beaux, paraissent grandioses, car filmés à hauteur d’homme et souvent en plongée ou contre-plongée pour amplifier cette sensation de grandeur, et illuminés de milles feux par des couleurs non agressives. Les couleurs sont majoritairement douces, et les teintes harmonieuses afin une nouvelle fois d’enchanter et non d’agresser le spectateur. Éclairé par l’excellent Seamus McGarvey à qui l’on doit les photographies des films Reviens-Moi, Nocturnal AnimalsGodzilla, Pan ou encore le très moche Avengers (personne n’est parfait !), réalise cette fois un véritable travail scénique, un travail permettant au film de s’approcher davantage d’une oeuvre de Broadway que d’un film tel qu’on l’entend. Un des moments entre Hugh Jackman et Michelle Williams, dansant sur un rooftop, face à un clair de lune et un background qui n’est autre qu’une toile peinte fait échos à cette volonté de théâtraliser le film. La recherche du beau par le concret (chorégraphies réelles, acteurs qui donnent de la voix sauf Rebecca Ferguson remplacée par la chanteuse Loren Allred…) et non par un trop-plein de numérique. Un choix artistique cohérent et qui donne du charme aux séquences en question, mais s’il n’est pas conservé sur l’intégralité du film. Le numérique étant également présent à certains moments afin d’amplifier l’aspect spectaculaire des moments musicaux.

Grandiloquent par moment, très mal écrit et mis en scène lors des moments de dramaturgie, mais au-delà de ça, The Greatest Showman est une boule d’énergie démentielle incontestable. Porté par un Hugh Jackman transcendé qui n’a jamais paru aussi à l’aise et joyeux, à l’énergie et la positivité communicative, The Greatest Showman emportera le spectateur qui se laissera porter dans un spectacle dont il sortira avec le sourire, ainsi que le rythme et les paroles de musiques enivrantes qui lui resteront en tête avec plaisir un bon moment. Joliment éclairé, dynamique et inspiré dans son travail scénique, les moments musicaux de ce Greatest Show représentent de moments de purs plaisirs non coupables, et c’est un cinéphile qui déteste le genre qu’est la comédie musicale qui vous le dit.

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