The Gentlemen, retour vers le futur pour le cinéaste Guy Ritchie

Synopsis : « Quand Mickey Pearson, baron de la drogue à Londres, laisse entendre qu’il pourrait se retirer du marché, il déclenche une guerre explosive : la capitale anglaise devient le théâtre de tous les chantages, complots, trahisons, corruptions et enlèvements… Dans cette jungle où l’on ne distingue plus ses alliés de ses ennemis, il n’y a de la place que pour un seul roi ! »

Les lumières de la salle de cinéma s’allument, tu te repositionnes sur ton siège pour avoir fière allure parce que la position “je m’installe comme à la maison” ce n’est pas trop ça, et là, ton ami(e) se retourne vers toi et te pose la question fatidique…

Auteur derrière Snatch, RocknRolla, Revolver, ainsi que « Arnaques, Crimes et Botaniques », le cinéaste d’origine anglaise Guy Ritchie c’est récemment illustré par le prisme d’un cinéma axé grand spectacle. De la dualogie Sherlock Holmes à la production Disney Aladdin, en passant par le bien trop en avance sur son temps King Arthur, ainsi que The Man From U.N.C.L.E réincarnation hollywoodienne parfaite du cinéma viscéral, stéréotypé et décomplexé qui a toujours été le sien. Un cinéaste prolifique, boulimique de cinéma au point de se mettre à dos une partie de son public sur certaines expérimentations hollywoodiennes qui, au-delà de leurs qualités et défauts, démontrent à quel point Guy Ritchie ne veut pas seulement être Guy Ritchie. Ne pas vouloir se reposer sur ses lauriers et composer ad vitam nauseam la même sérénade même si les aficionados répondent présent. Une envie d’essayer, ne pas avoir peur de se planter. Voilà ce qui rend un cinéaste tel que Guy Ritchie extrêmement important à nos yeux dans un paysage hollywoodien malheureusement insipide et morose, à cause d’une industrie qui ne permet pas la création et où la prise de risque est mortelle. Néanmoins, 2020 prouve qu’il en avait marre. Marre d’avoir peur du public ? Marre d’essayer de nouvelles choses ? Des questions dans le vent, mais que l’on se soulève à quelques mois de la sortie du remake du thriller français Le Convoyeur avec cette fois dans le rôle-titre, un certain Jason Statham. Un retour au thriller rural et musclé, quelques mois après la sortie de celui qui nous intéresse aujourd’hui, le bien nommé : The Gentlemen.

The Gentlemen, métaphore du retour sur ses terres natales d’un homme qui n’a pas pris conscience qu’en l’espace de douze ans, les choses ont évoluées. Depuis 2008 et la sortie de RockNRolla -dernier thriller d’action au budget « minimaliste » avant de passer au blockbuster- notre société a évoluée, certaines têtes sont tombées, d’autres sont encore en place, mais plus important : des films ont été réalisés. Si RockNRolla, Revolver et autres Snatch trouvaient en leur temps leur place dans une industrie qui n’osait fondamentalement pas la dérision et la satire (comparons néanmoins ce qui est comparable et n’extrapolons pas) au point d’en devenir drôle et jubilatoire, car pleinement assumé, l’industrie n’est aujourd’hui plus la même. Deadpool, Kingsman et autres licences qui osent le méta et la création d’œuvres à l’action vulgairement décomplexée, et assumée telle quelle, au point d’en devenir plaisant, au détriment d’une création artistique qui viendrait titiller les émotions des spectateurs, sont aujourd’hui devenues légion. Le fameux cinéma pop-corn qui se veut divertissant, car cool grâce à des personnages eux-mêmes définis comme cool (costumes, dialogues, direction d’acteur.rice.s…), ainsi qu’à une narration qui va s’amuser avec le spectateur ou à des effets de mise en scène qui vont accentuer la « coolitude » de l’œuvre de divertissement. Ce qui a donné tout autant de films intéressant et formellement très divertissant (Kingsman premier du nom en est le digne représentant), que de films ennuyants et redondants (Kingsman : The Golden Circle en est le tout aussi digne représentant).

Un phénomène de mode plus qu’un genre à part entière. Comme tout bon phénomène, il a périclité avec le temps et est devenu finalement insignifiant dès lors que les cinéastes n’avaient rien de plus à nous raconter, rien de plus à nous montrer. En 2010, The Gentlemen aurait été un divertissement d’excellente facture malgré quelques faux pas scénaristiques, réelles entorses à sa propre convention narrative qu’il établit dès les premières séquences de son film (jouer avec le spectateur et lui permettre de ne pas savoir si on lui raconte une vérité romancée ou la réalité au sein même de la réalité du récit). Néanmoins, il aurait demeuré un divertissement pleinement ancré dans son époque, car brisant les codes d’une narration linéaire conventionnelle afin de jouer avec le spectateur. Faire en sorte que le film lui-même raconte sa propre histoire ou réécrive sa propre histoire face au spectateur. Lui montrer quelque chose qui n’est pas et lui montrer quelque chose d’autre pour le surprendre. Une histoire dans une histoire, une poupée russe cinématographique aussi appelée : œuvre méta. Et qu’est-ce qu’on en a bouffé des films qui ont conscience d’être que de simples films ou des cinéastes qui par le prisme de leurs personnages, parlent frontalement aux spectateurs. Ressort narratif aujourd’hui vieux et désuet, car passé de mode et ici employé avec beaucoup trop de rigueur à cause du personnage incarné par Hugh Grant. Incarnation de cette narration imbitable qui se prend bien trop au sérieux cherchant à aller toujours plus loin dans le méta. Un artifice, un simple artifice qui dessert ce qui aurait pu être un beau plaisir coupable.

C’est dommage, car derrière cette narration désuète, faussement cool, mais véritablement risible se cache le Guy Ritchie que l’on aime. Celui qui a le don de jouer sur les stéréotypes, n’a pas peur de sombrer dans une forme de machisme ringarde avec un panel de personnages masculins qui ont une arme de poing à la place du cerveau et un trop-plein de confiance en soi, ainsi que de testostérone. Ils sont classieux, incarnent les codes d’une société patriarcale, ils ont tout pour qu’on les déteste, mais on les trouve drôle et charismatiques. Ce genre de personnages pas intéressants sur le papier, mais remarquablement incarnés par un casting qui s’en donne à cœur joie réplique après réplique. Colin Farrell en tête, que l’on retrouve dans un rôle à sa mesure. D’une drôlerie absolument géniale, volant chaque séquence où il passe la tête. Si l’on peut aisément reprocher à The Gentlemen sa non-subtilité, l’arrogance de ses personnages et sa vulgarité (physique, mais surtout verbale) souvent gratuite, il peut dans un cas comme le nôtre finalement faire du bien. C’est con, c’est vulgaire, c’est gratuit : c’est par définition loin de ce que le cinéma de divertissement propose au public depuis 2008 (attention encore une fois à comparer qu’à ce qui est comparable). Il y a l’art et la manière de le faire.

Guy Ritchie est loin d’être le cinéaste le plus subtil dans cet art, mais il a son style. Un style bien à lui qui mélange élégance (costumes et intonations dans sa direction d’acteurs) et vulgarité (direction de la photographie et insultes). Une opposition qui fait souvent mouche si l’on n’est pas réfractaire du genre. Dommage que ce panel de personnages hauts en couleur, aussi idiots qu’élégants et charismatiques, et que la grande majorité de ses séquences d’action, soient liées et desservies par une narration faussement cool, artificielle, redondante et agaçante qui fait retomber toute montée de plaisir coupable en un claquement de doigts. On l’aime quand il en fait trop, quand il ose devenir outrancier, détruire des codes et conventions afin de heurter le public et créer les siennes. Avec The Gentlemen il se répète tout en reproduisant ce que d’autres ont déjà fait. Rien de nouveau, rien de bien excitant même si l’ensemble n’a rien de détestable. Simplement décevant.

« Derrière quelques séquences des plus divertissantes et un casting jubilatoire qui s’en donne à cœur joie, se dresse une comédie d’action qui repose sur des procédés de mise en scène, et narratifs, faussement cool et réellement artificiels. »

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