The Florida Project réalisé par Sean Baker [Sortie de Séance Cinéma]

Synopsis : “Moonee a 6 ans et un sacré caractère.
Lâchée en toute liberté dans un motel de la banlieue de Disney world, elle y fait les 400 coups avec sa petite bande de gamins insolents. Ses incartades ne semblent  pas trop inquiéter Halley, sa très jeune mère. En situation précaire comme tous les habitants du motel, celle-ci est en effet trop concentrée sur des plans plus ou moins honnêtes pour assurer leur quotidien…”


Les lumières de la salle de cinéma s’allument, tu te repositionnes sur ton siège pour avoir fière allure parce que la position “je m’installe comme à la maison” ce n’est pas trop ça, et là, ton ami(e) se retourne vers toi et te pose la question fatidique…

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Précédé d’une rumeur flatteuse suite à son passage cannois, Sean Baker nous propose son second film pour les Fêtes. Après Tangerine (filmé au téléphone portable) parcours dans le Los Angeles de la nuit de deux transexuelles à la recherche de Cendrillon, il revient avec une nouvelle fable sur les laissés-pour-compte. Son premier long suivait deux femmes marginales, The Florida Project nous plonge dans le quotidien des habitants des motels le long de l’autoroute 192 qui mène à Disney World. Une autoroute hyper fréquentée, une autoroute de richesse pour mener vers le rêve enchanté et enchanteur. Cependant, les habitants de ces motels le long de cette voie merveilleuse ne sont nullement des touristes. Sean Baker réussit à retranscrire ce petit monde des familles américaines qui vivent là en situation précaire, ces nouveaux marginaux.

Portrait caustique et en même temps de l’Amérique actuelle, celle des petites gens que le système a laissé de côté. Des personnes démunies dans l’Amérique de Trump où les ravages des crises successives se font encore sentir, notamment dans cette balade au sein d’un lotissement totalement abandonné que vont investir Moonee, Scotty et Jancey. Au risque de commettre quelques bêtises et l’irréparable… cependant, qui se soucie d’eux ? Qui fait un effort pour aider cette enfance qui s’ennuie durant l’été, sans école et avec des parents qui ne font rien ou tentent de survivre comme ils le peuvent ?

Présenté ainsi, The Florida Project a tout pour rebuter. Son positionnement pré-Fêtes de fin d’année pourrait l’empêcher de ne pas rencontrer l’audience suffisante. Au point de se demander si tout cela n’est pas fait exprès pour saborder le film et la carrière du réalisateur. Pourtant, il serait hasardeux de penser ainsi. Et ceci, pour deux raisons principales. La première est le choix de la lumière chaude d’Orlando (en Floride) qui impose une image différente d’un univers difficile où la pauvreté est présente. Alex Zabe a réalisé un travail remarquable sur la photographie. Ce motel violet est suffisamment épatant pour créer une atmosphère où les enfants semblent heureux. La réalité est là : ces enfants sont ensemble, ne se soucient guère des difficultés commerciales et financières mêmes s’ils les vivent… ils les ont intégrées et profitent malgré tout de cet été d’insouciance.

La deuxième raison a un prénom et un nom : Brooklyn Prince, l’interprète de Moonee. Elle est rayonnante ! À elle seule, elle anime la vie du motel. Toujours dans les mauvais coups qui sont plus des bêtises d’enfants que de véritables méchancetés. Elle est aussi débrouillarde, se lie facilement d’amitié et par-dessus déborde d’affection pour sa mère. Un amour inconditionnel au point de tout accepter. Si le monde des adultes est particulier pour la jeune Moonee, elle sait qu’elle peut compter sur ses amis pour le rendre plus doux. Et surtout, elle bénéficie du soutien sans faille de Bobby, le gérant du motel interprété par Willem Dafoe que l’on n’a jamais vu aussi drôle et protecteur. Il joue cet adulte qui est la voix de la sagesse face à la jeune Brian Vinaite (qui interprète Halley , la mère de Moonee, également impeccable) pour qui il ferait beaucoup même si elle franchit souvent les lignes que sa morale réprouve.

En résumé, The Florida Project est l’histoire d’un été dans la vie d’une jeune fille de 6 ans. Partagée entre ses amis et une mère totalement à la dérive, une enfant qui se réfugie dans des escapades et expéditions imaginaires pour s’offrir une vie meilleure. Une comédie douce-amère, portrait d’une Amérique des plus démunis coincés dans les motels de cette autoroute du bonheur, celle qui mène au paradis Disney World. Touchant, dramatique et contemporain.

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