The Disaster Artist réalisé par James Franco [Sortie de Séance Cinéma]

Synopsis : “Adaptation du livre “The Disaster Artist: My Life Inside The Room”, qui revient sur la création du film “The Room”, réalisé par Tommy Wiseau en 2003.”


Les lumières de la salle de cinéma s’allument, tu te repositionnes sur ton siège pour avoir fière allure parce que la position “je m’installe comme à la maison” ce n’est pas trop ça, et là, ton ami(e) se retourne vers toi et te pose la question fatidique…

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Acteur de talent que l’on a pu découvrir par le biais de longs-métrages tels que le film James Dean (Mark Rydell, 2012) ou encore la trilogie Spider-Man réalisée par Sam Raimi, James Franco c’est fréquemment perdu au travers de films moins impactant. Si l’on retient de lui ses prestations les plus incarnées, ses rôles les plus emblématiques, car extravagants ou tourmentés, on en retient également depuis ces derniers temps qu’il est devenu un artiste touche-à-tout. Ayant décidé d’utiliser chaque minute comme si c’était la dernière, James Franco multiplie les projets en tant qu’acteur, mais également scénariste et réalisateur. Un tournant décisif dans une carrière déjà fournie, mais qui semble prendre un chemin inattendu. Si l’on connaît sa carrière en tant qu’acteur, il n’en est pas de même pour sa carrière derrière la caméra. Il aurait a ce jour réalisé (ou ne serait-ce que lancé la production de) quinze longs-métrages, sans compter les quelques courts-métrages et les épisodes des séries 22.11.63 et The Deuce dans lesquels il tient respectivement le et les rôles principaux.

James Franco s’éparpille, met sur pied projet sur projet, sans pour autant trouver le succès attendu ou escompté. Jusqu’ici, aucun de ses films en temps que réalisateur ou co-réalisateur n’a trouvé son public au cinéma. Essentiellement présentés en festivals As I Lay Dying et In Dubious Battle, se sont par la suite avérés ne pas être de grands films, mais bel et bien des films trop ambitieux sur le papier pour marquer. On sent chez James Franco cette envie de bien faire. Transparaît au travers de ses films une sincérité, sans pour autant posséder ce quelque chose qui marquerait aussi bien la culture individuelle que collective. À trop s’éparpiller, à trop prendre en charges de projets, il en vient à ne rendre que des copies passables. Et si The Disaster Artist était ce déclic ? Et si réaliser un long-métrage sur un film ruiné par son auteur principal trop investi et imbu de lui-même lui faisait prendre conscience ? Au vu des films actuellement en pré ou post-production, ou des droits qu’il vient d’acquérir dans le but de faire de nouvelles adaptations cinématographiques d’ouvrages, la réponse semble évidente: non. Néanmoins, The Disaster Artist pourrait bel et bien être son chef-d’oeuvre, ce film qui, même si pas parfait, mettra en lumière ses talents de réalisateur, ainsi que sa filmographie jusqu’ici inconnue.

Acclamé depuis ses premières présentations officielles, The Disaster Artist se place comme un concurrent potentiel dans les catégories principales des Oscars 2018 (déjà nommé aux Golden Globes 2018 dans les catégories Meilleur Acteur et Meilleur Film). The Disaster Artist ou comment faire un excellent film sur le meilleur pire film de l’histoire du cinéma. Si l’expression accentue volontairement la réalité, la ligne directrice est toute tracée. The Disaster Artist conte l’histoire vraie du mystérieux Tommy Wiseau qui décide en 2001 de se lancer avec son ami Greg Sestero, dans la réalisation d’un film qui deviendra par la suite un classique des Midnight Screening en Amérique du Nord: The Room. Un film indéfinissable, une catastrophe que l’on ne peut cataloguer comme nanar ou navet. C’est autre chose… c’est… c’est The Room. Un film à la réputation si forte, grandissante au fur et à mesure des années depuis sa sortie, qu’il en vient à occulter les intentions de James Franco avec The Disaster Artist auprès d’une certaine communauté (ceux qui voient The Room pour rire et se moquer de Tommy Wiseau par le biais de son personnage lui-même ridiculisé dans le film en question). Se servir de la comédie pour divertir, faire rire le spectateur, tout en lui contant une histoire tragique, celle d’un homme rongé par la solitude et dont l’unique succès est celui d’être devenu le réalisateur d’un film culte, car ridiculisé et moqué. Émouvant et touchant, sans pour autant être bouleversant, grâce ou à cause, d’un aspect comique très appuyé dans les dialogues, la mise en scène ou encore la direction d’acteur (sans parler des choix musicaux qui vont également dans ce sens), The Disaster Artist n’en demeure pas moins un drame pessimiste et lucide sur l’American Way of Life. Ce fameux rêve américain de succès et de gloire dont rêvait Tommy Wiseau, mais qui ne restera fondamentalement qu’un rêve.

Tommy Wiseau a obtenu la gloire, mais une gloire fondée sur un échec qui sera représenté par une larme sur la joue. En adaptant le roman The Disaster Artist: My Life Inside The Room écrit par Greg Sestero, le duo Scott Neustadter et Michael H. Weber signe un scénario juste et sensible qui ne se contente pas de recréer le tournage du film The Room. Le tournage n’est qu’un élément parmi tant d’autres, permettant de développer la caractérisation des personnages, la relation de confiance qui va s’établir entre Tommy Wiseau et Greg Sestero, ainsi que diverses thématiques (aussi bien humaines que sociales) subjacentes. Scott NeustadterMichael H. Weber et James Franco appuient là où ça fait mal. La mise en scène est sobre, mais suffisante et jamais grossière afin de ne pas grossir les traits et dresser le portrait honnête d’un personnage réel hors normes. Un personnage mystérieux, outrancier, provocateur et imbu de sa personne pour lequel le sentiment premier ressenti est la pitié, avant qu’elle ne se transforme en empathie, puis en sympathie. Raconter la déconstruction d’un homme au travers d’un récit à la structure narrative on ne peut plus classique(*), sans pour autant sombrer dans les clichés et facilités du genre, ou d’user d’un happy end poussif qui aurait fait contresens avec la tournure de cette histoire qui, de la comédie burlesque lorgne petit à petit vers le drame touchant et incisif sur le portrait dressé du système hollywoodien.

Si le film n’est pas parfait et pas exempt de défauts, notamment au travers de sa réalisation majoritairement consensuelle, cette dernière a cependant du sens, cherchant telle une caméra de “Behind the Scene” à suivre les personnages jusque dans leurs moments les plus intimes afin d’en dévoiler une facette jusqu’ici inconnue du public. Un parti pris esthétiquement peu intéressant, mais cohérent avec la volonté du cinéaste de dresser un hommage à Tommy Wiseau, d’en dévoiler la part sensible, blessée et tourmentée, dont l’unique succès, est en réalité un profond échec. Un projet cinématographique tenu et cohérent dans ses moindres détails, jusque dans sa volonté finale de se mettre dans la poche les différentes communautés qui viendront voir le film. Contenter tout le monde afin de ne pas faire comme Tommy Wiseau et construire un film selon une unique vision: la sienne. Prendre en compte en amont les différentes façons dont pourra être interprété le film (voire pas interprété du tout par certains), afin de contenter tout le monde et que la vision de l’auteur ne soit dénaturée. Contrairement à Tommy Wiseau, James Franco est “seulement” producteur, acteur et réalisateur du film. On en vient donc à se poser une question fondamentale au film: “Et si laisser l’écriture à un, ou d’autres, était l’élément nécessaire permettant d’avoir un avis extérieur et détaché (avec une filmographie et une culture diamétralement opposée à celle du metteur en scène) pour réaliser une œuvre complète, logique et cohérente ? C’est un des messages que transmet le film, un des messages que James Franco a suivi à la lettre et le résultat parle de lui-même. James Franco signe son plus grand film, un hommage aussi touchant qu’hilarant à celui que l’on catalogue comme le réalisateur mégalo du pire film de l’histoire du cinéma, un personnage plus complexe et humain qu’on ne le penserait.

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*deux rebondissements en guise de lien entre les trois parties que sont: la contextualisation (rencontre avec Greg Sestero) et les péripéties (le tournage de The Room), puis entre ces dernières et la conclusion (la première du film).

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