The Beach Bum, ode à la drogue et à l’idéalisme par Harmony Korine



Synopsis : « Garçon à l’esprit rebelle, Moondog n’obéit à aucune règle, sinon les siennes !  Alors qu’il pensait s’être constitué un petit trésor de guerre, son butin se volatilise. Mais Moondog est de la trempe des survivants et il renaîtra une nouvelle fois de ses cendres… »


Les lumières de la salle de cinéma s’allument, tu te repositionnes sur ton siège pour avoir fière allure parce que la position “je m’installe comme à la maison” ce n’est pas trop ça, et là, ton ami(e) se retourne vers toi et te pose la question fatidique…

Réalisateur californien aussi indépendant qu’inclassable, Harmony Korine a su se faire un nom grâce à celles et ceux qu’il mettait en avant en avant. Des personnages hauts en couleur, indescriptibles et dont on ne sait si on les aime ou les déteste. De vrais personnages de cinéma dont les caractéristiques nous poussent à remettre en doute leur non-existence extra-diégétique. Une classe moyenne, pour ne pas dire pauvre. Des personnages qui vivent leurs vies telles qu’ils ont décidés de le faire. Un cinéma qui met en scène l’anarchie et prône un message anti-capitaliste en ne se refusant rien. Sexe, drogue, alcool… tout est à l’image, tout est montré, ce sont des éléments indissociables de la vie des personnages mis en image. Moins provocant qu’un Larry Clark, Harmony Korine n’en reste pas moins exubérant et proche de ses personnages. Il les aime, les met en valeur, allant jusqu’à les iconiser par le prolongement de la caméra. Il n’aime pas les personnages qui ne croient pas en leurs rêves, ceux qui abdiquent face à eux même, face à la pression émise sur leurs épaules par la société. Film après film, son cinéma évolue. Des bas-fonds de la ville, le cinéaste s’émancipe et prend le large par le biais de la recherche de couleurs. Et si sa rencontre avec le chef opérateur Benoît Debie eut été le déclic permettant à sa filmographie d’évoluer ?

Que l’on aime ou que l’on déteste une œuvre telle que Spring Breakers, elle laisse en chaque spectateur une trace indélébile. Celle d’une œuvre visuellement forte dont les personnalités exubérantes des personnages en manque de sensations fortes transparaissaient au travers d’une direction artistique explosive. Une colorimétrie flashante et aveuglante qui occulte les décors dans lesquels évoluent les personnages. L’exubérance et la recherche de sensations par le biais de la couleur. L’impression de voir le film d’un adolescent excité et sous dopamine dont la punch line n’est autre que : « Sexe, Drugs & Guns ». Une vision pas ordinaire qui était celle de chaque personnage mis en scène dans ledit film. Harmony Korine s’efface derrière le point de vue de l’un de ses personnages afin que chaque œuvre diffère de la précédente. Un parti pris esthétique et narratif qui permet à Harmony Korine d’atteindre le statut d’auteur. Il ne se contente de mettre en scène ce qu’il avait précédemment couché sur le papier. Il va plonger le spectateur dans la tête de ce même personnage, le mettre face à des situations qui vont peut-être le choquer, le faire rire ou le bouleverser. Et si The Beach Bum était l’apogée de ce procédé, aussi intéressant que finalement balbutiant jusqu’ici ? Il en est peut-être l’apogée, parce qu’il est très certainement le plus accessible de la filmographie du cinéaste. Moins extrême, moins provoquant et surtout plus drôle, pour ne pas dire hilarant.

The Beach Bum conte l’histoire de Moondog, poète désinvolte qui n’obéit qu’à ses propres règles. Constamment drogué et/ou alcoolisé, Moondog apparaît comme un marginal heureux, souriant et profitant de la vie qu’est la sienne. Il n’aime pas rejoindre la ville (Miami en l’occurrence), synonyme d’obligations et de règles. Contrairement aux jeunes femmes de Spring Breakers qui, en surface, ne cherchaient qu’à faire la fête à la recherche de sensations, Moondog apparaît rapidement comme un homme sympathique, car épanoui. Omniprésente, la drogue est fondamentale, un élément ici superbement employé dans l’écriture du film et du personnage. Elle est centrale. Elle va être motrice de certaines situations humoristiques, mais elle est également ce qui permet au personnage de rester dans son cocon protecteur et vivifiant. Par déduction (puisque le film opte pour son point de vue), c’est ce qui va permettre au film de conserver son dynamisme, son extravagance visuelle et de divertir le spectateur. La drogue est motrice de tout et sans elle, le monde serait triste et terne. De la comédie découle le drame et la tristesse, mais en tant que spectateur d’ores et déjà accroché à ce personnage haut en couleur, drôle et rendu attachant par quelques beaux moments avec les personnages secondaires qu’il va rencontrer sur sa route, voulons nous réellement le voir triste en laissant apparaître une société réaliste où la Golden Hour (moment de la journée où le soleil se couche laissant apparaître une dernière et magnifique lueur dorée) ne nous apparaîtrait pas à chaque coup d’œil ?

Tel Moondog, nous ne voulons pas sortir de cette bulle protectrice et souhaitons profiter, sans avoir à rendre de compte où à nous remettre en question. En optant pour le point de vue de son personnage, Harmony Korine s’affranchit de barrières que la narration conventionnelle aurait pu dresser sur son chemin. Et surtout, c’est ce procédé narratif qui va permettre à l’œuvre de trouver une forme de cohérence entre l’écriture du personnage, la musicalité du montage, la direction artistique et l’extravagance surréaliste des situations qui s’affranchissent des conséquences. The Beach Bum apparaît comme un rêve, un poème naïf et presque enfantin sur les bords, car aux actions sans conséquences et qui n’osent à aucun moment affronter le drame et la tristesse, se réfugiant dans la drogue. De quoi il résultera un drame intérieur et une tendresse évidente du spectateur envers Moondog. Si de pré-abord The Beach Bum semble reposer sur un scénario simpliste et peu travaillé, il se révèle rapidement être de ces films qui vont réussir à questionner son protagoniste et le spectateur grâce à l’apport de personnages secondaires. Ce sont ces personnages secondaires que Moondog va rencontrer au fil de son périple qui vont créer quelque chose. Ils vont y apporter un grain de folie, d’humour ou de tendresse. Des personnages qui appartiennent, ou non, au monde de Moondog. Ce monde idéaliste où le drame, la peur, la tristesse et les règles n’existent pas. Un road movie dont le climax n’est que la finalité logique et poétique de ce qu’on pu apporter les différents personnages secondaires, à l’image d’un film à sketch dont chaque séquence mettrait en scène une nouvelle rencontre.

Une virée, un road movie, l’errance d’un idéaliste dont la drogue permet de vivre sa vie dans une bulle protectrice où il est constamment heureux. Comédie hilarante en surface, mais réel drame de manière sous-jacent, The Beach Bum est une oeuvre aussi divertissante qu’elle n’est plastiquement parfaite. Sans trop en faire, sans aller chercher les extrêmes tel que c’était le cas avec Spring Breakers, le directeur de la photographie Benoît Debie se sert de l’environnement (Miami ndlr) avec justesse afin d’en capter la moindre teinte de couleur. De cette fameuse Golden Hour omniprésente, à un bleu matinal, sans oublier les feux d’artifices et autres réfections apportant une richesse colorimétrique et plus généralement plastique à l’image. C’est somptueux, sans que cela ne frappe l’œil du spectateur comme étant de la mise en scène. Un réalisme, voire naturalisme, déconcertant et qui aide évidemment en l’immersion immédiate d’un spectateur aussi conquis que ravis. Porté par un Matthew McConaughey en transe et littéralement effacé derrière son personnage, The Beach Bum est une tragicomédie autant crainte qu’attendue, mais qui se révéla être bien plus pour notre plus grand plaisir.


« Une virée aussi hilarante que fondamentalement triste, bercée par le rire drogué de Matthew McConaughey et la voix de Snopp Dog. »


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