The Art of Self-Defense, kicker avec sa main la toxicité humaine [Fantasia 2019]

Synopsis : « Après s’être fait attaquer dans la rue en pleine nuit par un gang de motards, le timide comptable Casey décide de s’inscrire à des cours de karaté afin de pouvoir se protéger en cas de nouvelle agression. Sous l’œil bienveillant de son charismatique professeur, Sensei, Casey découvre un sentiment nouveau : la confiance en soi. Mais l’image auréolée de son instructeur tombe quand le jeune homme participe aux cours du soir de son mentor… »


Les lumières de la salle de cinéma s’allument, tu te repositionnes sur ton siège pour avoir fière allure parce que la position “je m’installe comme à la maison” ce n’est pas trop ça, et là, ton ami(e) se retourne vers toi et te pose la question fatidique…
Film vu dans le cadre du Fantasia Festival International de Film 2019, élément à prendre en compte, car il est le festival avec l’ambiance la plus indescriptible.

Cinq ans après avoir présenté Faults, drame aussi étonnant que détonant porté par l’actrice Mary Elizabeth Winstead, le scénariste et réalisateur Riley Stearns fait son retour au Fantasia Festival International de Film avec sa seconde création. Toujours intéressé par le drame et l’exploration de la psyché humaine, le cinéaste se plonge une nouvelle fois dans les travers de l’âme humaine. Cependant, il le fait par le prisme d’un nouveau genre, lui permettant d’explorer un nouveau genre cinématographique et de ne pas se reposer sur ses lauriers. Si l’on devait attribuer une signature au Fantasia Festival International de Film, ce serait une réelle capacité à attirer l’attention de spectateurs sur des films dont les titres sont invraisemblables. The Art of Self-Defense, où l’histoire d’un film qui aurait très bien pu se nommer Men’s are Trash. Derrière son titre aussi intriguant que finalement dans la veine de ces films de genre dont on attend absolument tout et son contraire, The Art of Self-Defense cache une comédie absurde qui nous rappel les grandes heures de notre cher cinéaste français Quentin Dupieux.

Par le biais de son personnage principal, Casey, brillamment interprété par un Jesse Eisenberg qui retrouve un personnage proche de celui qui l’a révélé dans la comédie Bienvenue à Zombieland, The Art of Self-Defense se place rapidement comme un drame avec en son centre névralgique une prise de conscience et de confiance. Un protagoniste dévoilé comme timide et renfermé sur lui-même, que l’on imagine devenir au fur et à meure de l’avancée du récit, confiant et sûr de lui. Mais à quel point va-t-il le devenir ? Va-t-il devenir ceux qui l’insultaient, le méprisaient et le violentait sans qu’il ne réprimande, car beaucoup trop renfermé et fragile ? C’est ce questionnement que le cinéaste Riley Stearns cherche à introduire dans la tête d’un spectateur dans l’expectation de savoir jusqu’où il va aller. Jusqu’où Casey va-t-il aller ? Jusqu’où Riley Stearns a-t-il prévu d’aller ? S’il est prévisible dans les grandes lignes, The Art of Self Defense est de ces œuvres imprévisibles, car capables d’absolument tout. Si le drame est omniprésent grâce à un personnage principal tourmenté et extrêmement mal dans sa peau, le cinéaste opte pour la satire et la comédie absurde dans sa mise en scène et la direction de ses acteurs et actrices. Il exagère le trait, pousse les personnages à bout et leur fait dire des phrases qui n’ont aucun sens.

Un ton satirique, pour ne pas dire extrêmement moqueur envers les personnages secondaires qui méprisent le protagoniste. Riley Stearns embrasse l’absurdité de chacune des situations qu’il met en scène avec un panache incroyable offrant au film une tonalité unique. Si un cinéaste comme Quentin Dupieux fait dans l’introspection même de l’absurdité, Riley Stears se sert de l’humour absurde afin de dégager une morale seine et fondamentalement aussi essentielle qu’humaine. Il en résulte un questionnement approfondi sur la toxicité humaine et essentiellement masculine. Questionnement auquel le cinéaste apporte son lot de réponses grâce au point de vue utilisé, à savoir celui du protagoniste tourmenté et brutalisé. Si le drame et un ton larmoyant auraient pu être un premier choix pour dénoncer la toxicité humaine, le choix de l’absurde et de la comédie s’avère être prodigieux. C’est se permettre toutes les folies, d’aller encore plus loin que ce qu’aurait permis un ton dramatique et par déduction réaliste, voire naturaliste. Au sein de situations réalistes, Riley Stearns met en scène des personnages (notamment un) aux réflexions extraordinaires et absurdes, mais pas nécessairement surréalistes. Il ne franchit jamais la frontière vers le surréalisme, permettant au film d’avoir un propos qui se tient et se renforce jusqu’à la dernière frame.

Là où l’aspect dramatique de l’œuvre, pour y revenir quelque peu, est renforcé par une esthétique et des décors qui, quant à eux, jonglent avec le surréalisme grâce au parti-pris du terne et du vide émotionnel. De l’appartement du protagoniste à son bureau, ce sont des environnements vides de toutes traces de vies. Des lieux tristes et mornes, là où le dojo sera évidemment plus vivant et coloré même si, ça reste un dojo. Un excellent travail artistique en connivence avec la psychologie du personnage et qui renforce le ton dramatique du film. L’absurdité sera de son côté renforcé par la direction d’acteur.rice.s, ainsi que par des dialogues savoureux.

Vous l’aurez compris, The Art of Self-Defense n’est pas un film ordinaire. Il est un film extraordinaire, mais qui traite d’un fait malheureusement beaucoup trop ordinaire aujourd’hui. Une œuvre qui traite frontalement et avec justesse de la toxicité humaine et essentiellement masculine, que ce soit envers l’homme ou la femme. Une réflexion juste, apportée grâce à l’utilisation de la comédie et d’un ton absurde qui permet de grossir les traits des personnages, leurs manières d’agir et de réfléchir. Se servir de l’humour pour dénoncer, tout en faisant rire et en divertissant le spectateur. Malgré tout, The Art of Self-Defense demeure un film absolument hilarant, tant grâce à sa direction d’acteur.rice.s, que grâce aux performances de ces derniers. Jesse Eisenberg et Alessandro Nivola en tête, absolument incroyables dans leurs rôles respectifs. Il est un film essentiel grâce à son propos, mais également un divertissement qui vous fera passer un excellent moment, nouvelle preuve qu’une œuvre de divertissement peut-être intelligente et pertinente.


« Absolument hilarant, l’absurdité au service du divertissement, mais également d’un propos lourd et difficile sur la toxicité humaine (et (essentiellement masculine). »


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