The Aftermath (Cœurs Ennemis), le cœur a ses raisons entre l’amour et les bombardements

Synopsis : « Hambourg, 1946. Au sortir de la guerre, Rachel rejoint son mari Lewis, officier anglais en charge de la reconstruction de la ville dévastée. En emménageant dans leur nouvelle demeure, elle découvre qu’ils devront cohabiter avec les anciens propriétaires, un architecte allemand et sa fille. Alors que cette promiscuité forcée avec l’ennemi révolte Rachel, la haine larvée et la méfiance laissent bientôt place chez la jeune femme à un sentiment plus troublant encore. »


Les lumières de la salle de cinéma s’allument, tu te repositionnes sur ton siège pour avoir fière allure parce que la position “je m’installe comme à la maison” ce n’est pas trop ça, et là, ton ami(e) se retourne vers toi et te pose la question fatidique…

Pour citer un grand homme, à savoir Lancelot du Lac dans la série Kaamelott : “Le cœur a ses raisons que la raison ignore”. C’est avec cette courte, mais intense punch line tout droit sortie des Pensées de Pascal, que ce personnage de Kaamelott vient de résumer, tant l’histoire du long-métrage que l’intérêt que l’on est à même de lui porter plus globalement. Triangle amoureux sur fond de fin de la Seconde Guerre mondiale, The Aftermath (aussi nommé Cœurs Ennemis pour sa sortie française) ne réinvente absolument rien. Ce que vous pouviez et pouvez découvrir en lisant son synopsis ou en regardant sa bande-annonce, résume parfaitement ce que vous vivrez une heure et cinquante minutes durant. Affublé d’une telle bande-annonce, difficile d’attendre de ce The Afertmath monts et merveilles. Néanmoins, en 2019 nous sommes encore et toujours en droit d’attendre un peu de fraîcheur, un sursaut d’orgueil et/ou d’audace. Malheureusement, pour tout cela il faudra se tourner vers d’autres productions indépendantes telles qu’un certain The Mustang (titré Nevada pour sa sortie en juin 2019 en France).

Prévisible, cousu d’un simple fil blanc que l’on étire au point de se séparer en deux très, trop, rapidement, The Aftermath ennuie. Il ennuie, car se focalise sur son triangle amoureux, prioritaire sur tout ce que comporte le film. Son background, aussi classique que fondamentalement atypique apportant une once de dramaturgie à grande échelle bien plus grande et importante que la romance de ces petits êtres humains aussi importants soient-ils dans la hiérarchie, mais également ses personnages secondaires. L’on pense avant tout à cette jeune fille, ayant perdu sa mère et ayant grandi dans un contexte de guerre désastreuse, à laquelle on affuble un arc narratif qui fondamentalement n’est là que pour amener le triangle amoureux vers un point bien précis. Tout n’est que faire-valoir, tout n’est qu’intérêt pour quelque chose qui n’est pas intéressant sur le papier, car prévisible dans les grandes lignes et peu crédibles à cause de choix narratifs qui défient la logique. Pour certains, là où d’autres le sont, ce qui relève le niveau et permet à l’intérêt du spectateur de rester aux aguets malgré tout.

Si The Aftermath réussit à ne pas sombrer dans le soap pur, naïf et au ridicule affligeant c’est grâce à son esthétique, ainsi qu’à l’atmosphère inculquée par la mise en scène, la réalisation et le montage. C’est extrêmement lent, peu dynamique, une nonchalance assumée et appuyée par les différents aspects précédemment cités. C’est classieux, c’est élégant et finalement incarné grâce à ce parti-pris qui mise sur l’élégance et la froideur insufflées par le statut des personnages, ainsi que la beauté des costumes et du décor principal. Tout n’est qu’élégance, richesse et fondamentalement désincarnation, car qui dit bourgeoisie et hautes classes sociales, dit personnes hautaines, imbues d’elles-mêmes et peu intéressantes. Porté par le personnage féminin incarné par l’actrice Keira Knightley, elle est une femme qui ose s’émanciper et enfin prendre des décisions. Si elle n’est pas la femme forte et caractérielle que l’on aimerait voir à certains moments du récit, elle n’est pas dénuée d’humanité grâce à ses choix assumés. Choix qui la rendent humaine et inculquent finalement une once d’humanité et d’incarnation derrière cette élégance. Une élégance très appréciable, grâce à une réalisation extrêmement sobre, mais dont on se délecte grâce à la direction artistique très soignée, ainsi qu’à la beauté des décors et costumes.

S’il n’est pas remarquablement incarné, difficile de le reprocher au casting à cause de personnages trop peu intéressants et marquants. On relèvera néanmoins la performance pas inintéressante d’un Jason Clarke dont le personnage prend sur lui et joue sur l’intériorisation, plus que sur une forme d’expressivité agressive. Développant une forme d’empathie et de tendresse assez inattendue envers ce personnage. S’il est aussitôt vu, aussitôt oublié (pour écrire ces lignes quelques mois après le visionnage on vous confirme qu’il est difficile d’en avoir un souvenir impeccable), il ne demeure pas désagréable. Pas désagréable grâce à un parti-pris esthétique qu’il tient de bout en bout quitte à en faire un film dont on ressent chaque minute, peu aidé par une histoire cousue de fil blanc et déjà racontée des centaines de fois.

« Co-Production BBC artistiquement extrêmement très élégante (colorimétrie, gestion des éclairages, mouvements de caméra…), The Aftermath (Cœurs ennemis) est un film plombé par son histoire éculée et un scénario aux fragilités et facilités qui ne font pas honneurs aux personnages. »


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