Terminator 2, Fight Club… Quel est l’intérêt d’une ressortie en séance unique ?

Fin 2016, Les Fauvettes, cinéma implanté en plein cœur de Paris sous l’étiquette Gaumont, annonce la fin de sa programmation 100% film de patrimoine et ressorties pour se ranger dans le rang et programmer des sorties nationales, tous les mercredis, comme les autres cinémas. Pas vraiment un séisme, même dans un milieu Parisiano centré, en raison d’une faible affluence et d’un faible intérêt général pour les films de patrimoine (qui pour se dire qu’aller voir La Ligne Rouge, en plein été en sortant du taf, était le meilleur plan pour passer sa soirée, à part les 10 que nous étions dans la salle?). Et pourtant, séisme se fut,pour moi, quand la nouvelle est tombée. Désormais, l’écran de télé ou d’ordinateur, semble être le dernier moyen de découvrir un immense nombre d’immenses anciens films. Ou pourquoi la mort à petits feux de ces cinémas, et de ce type de programmation, est un drame.

Il est néanmoins nécessaire de ne pas confondre mon propos. Les films qui sortent chaque semaine en salles sont loin d’être tous sans intérêt, bien au contraire, et bon nombre de séances marquantes sont vécues chaque année pour ma part. Toutefois, la coexistence de deux types de sorties, celle des nouveautés, et celle des films plus anciens, semble impossible, et la possibilité de voir des chef-d’œuvres de l’ancien temps (mais ne comptez pas sur moi pour dire que c’était mieux avant), réduite à l’exceptionnel.

Car en effet, c’est aujourd’hui sur de l’exceptionnel, de la séance unique, que capitalisent les distributeurs de films pour remplir des salles qui pourraient être vides si la sortie venait à être globalisée sur tout un territoire, sur plusieurs semaines. Si la séance unique n’est pas le seul apparat des ressorties (coucou Voyage of Time), elle est un outil marketing redoutable et probablement très rentable. L’idée étant que, si le film n’est diffusé qu’une fois au cinéma dans une certaine copie (par exemple Terminator 2 et sa séance unique du 14 septembre 2017 et sa sublime restauration 4k), tout le monde ira, la salle sera comble et on ne prend pas le risque de monopoliser des salles sur 4 séances par jour pour 3 spectateurs par séance.

L’idée, si elle est efficace pour les distributeurs (impossible de réserver un bon siège pour Terminator 2 ne serait-ce que 4h après la mise en vente des tickets), est pénible pour les spectateurs. L’exclusivité ne donne qu’une certitude, quelle que soit la qualité de la séance, de la projection, notre ressenti, notre plaisir ou notre envie de revoir le film, on n’aura eu qu’une séance. Une séance à usage unique (ceci est une référence à Fight Club). Fight Club est d’ailleurs ressorti, en plein été, pendant une semaine dans certains cinés parisiens. Distributeurs, faites comme pour Fight Club, et permettez au plus grand nombre de voir des ressorties, en adaptant votre offre à la demande, sans exigez des spectateurs qu’ils annulent un dîner, un concert, qu’ils soient obligés de prendre une nounou, ou de sortir de chez eux quand il fait froid.

La ressortie d’un film est un trésor car elle permet de vivre l’expérience d’un film aussi fidèlement qu’à sa sortie, et parfois en mieux, avec des restaurations 4k dont la précision et la pertinence ne cessent d’accroître avec le temps. Mais c’est aussi un trésor de part la rareté de la chose. Et par rareté, je n’entends pas seulement rareté du nombre de séances, mais également rareté du catalogue, à raison de 3 ou 4 séances de films restaurés par an. La faiblesse de l’offre pose deux questions, est-ce les films à restaurer qui manquent, ou l’envie de les restaurer qui manque aux distributeurs ? La réponse semble toute trouvée. Certes, les contraintes sont nombreuses, et principalement financières (qui a les droits du film, obtiendra-t-on un retour sur investissement en ressortant le film en salles), mais les possibilités semblent tellement illimitées, à l’heure des mutiplexes à 20 salles et de la production à la chaîne de films pas toujours intéressants.

Les ressorties permettent de (re)découvrir des films oubliés, jamais vus, jamais bien diffusés, jamais appréciés à leur juste valeur, d’éduquer artistiquement parlant, de changer par rapport à l’actualité, ou bien d’y coller (en rediffusant des Alien ou Blade Runner, à l’occasion de la sortie de leurs suites respectives). D’un point de vue artistique, elles sont une aubaine, et permettent de donner des expériences inoubliables à de jeunes cinéphiles (car croyez moi que voir les chef-d’œuvres de Terrence Malick, les films piliers du cinéma d’action des 90s, ou encore les classiques des années 30 au cinéma sont des souvenirs impérissables dans ma mémoire). Et si,pour qu’elles soient rentables et régulières, la séance unique doit devenir la norme, on sera peut-être tous prêts à faire un effort.


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