Sweet Virginia réalisé par Jamie M. Dagg [Critique | FNC 2017]

Synopsis : “Le gérant d’un motel côtoie sans le savoir un dangereux tueur responsable d’un récent massacre dans une ville voisine…”


Du 05 au 15 octobre 2017, nous sommes au 46e Festival du Nouveau Cinéma de Montréal. Entre coups de cœur et coups de gueule, émerveillements et maux de tête, retrouvez nos avis sur les films vus durant ce festival pas comme les autres. Des avis courts, mais pas trop et écrits à chaud, afin de vous offrir un premier avis sur les films qui feront, ou non, prochainement l’actualité.


Second Avis sur Film par Gael Delachapelle (vu à L’Étrange Festival 2017)

À un moment où le cinéma indépendant américain semble avoir le vent en poupe, il n’est pas étonnant de voir débarquer quelques surprises venues de nulle part. L’on parle ici bien d’un genre particulier qui est celui du thriller dont l’action se déroule loin des villes américaines surpeuplées. Un genre presque inclassable et in-caractérisable, à mi-chemin entre le drame, le thriller et le western. Des personnages qui ont des gueules et des caractères façonnés par leurs façons de vivre, par la ruralité de leurs lieux de vies respectifs. Voilà ce qui caractérise ce genre, ces types de films aux ambiances si particulières. S’il y a bien un nom qui a permis à ce genre de voir le jour, c’est celui de Taylor Sheridan. Scénariste de Sicario (Denis Villeneuve, 2015), Hell or High Water (David McKenzie, 2016) ou encore du plus récent Wind River dont il est également le réalisateur, Taylor Sheridan a un talent inimitable dans l’écriture des rapports conflictuels d’entre personnages et dans le rapport de ces derniers à leurs lieux de vies. Des scénarios denses, riches qui donnent vies à des personnages qui ont des gueules et à des œuvres à la tension palpable. Cependant et sans pour autant l’égaler, certains s’y frottent et développent des projets similaires, avec plus ou moins de réussite.

Second long-métrage réalisé par Jamie M. DaggSweet Virginia est dans le droite lignée des expériences qu’offraient Hell or Hight Water ou encore Wind River aux spectateurs. Un thriller centré sur des personnages qui ont un vécu, qui ont des gueules et des caractères. Un thriller façonné à la manière d’un western, à savoir, avec une gradation dont on connaît le culminant, mais que l’on souhaite voir arriver. Tout nous prépare à ce face à face final, tout est mis en oeuvre pour qu’il se produise et pour que le spectateur soit dans les conditions optimales pour le vivre pleinement et s’épanouir à la fin de ce dernier. Sans atteindre la richesse et la finesse de la plume d’un Talor Sheridan, Benjamin & Paul China surprennent et captivent avec un scénario fondamentalement bien écrit. Tout est fait dans un souci de concession et dans le but de ne pas s’éparpiller pour se concentrer sur l’important. Les deux protagonistes masculins vont vivre le récit et lui inculque un caractère grâce à leurs gueules burinées par leurs backgrounds et expériences respectives. On regrettera simplement qu’à la manière d’un western italien, ce Sweet Virginia donne l’impression que les femmes ne sont que de simples faire-valoir utiles afin de nourrir les personnages masculins qui portent l’oeuvre dans sa globalité. Elles importent peu et s’avèrent peu utiles, mis à part pousser à faire sortir la rage intérieure des hommes. Même si fortement masculin, Sweet Virginia n’en est néanmoins pas macho et prouve un honnête respect pour les femmes au travers du personnage principal, Sean (interprété par Jon Bernthal) et des relations qu’il entretient avec Lila et Bernadette. Toutes deux incarnées respectivement par les fermement convaincantes Imogen Poots et Rosemarie DeWitt. Des relations respectueuses, car lui-même est caractérisé comme un homme honorable, respectable et respectueux envers tous et toutes. On est bien loin des rôles tenus jusqu’à présent par Jon Bernthal. Ce qui lui permet de dévoiler une nouvelle facette de son jeu d’acteur. Un jeu plus en retenue, plus nuancé et intériorisé.

Thriller brutal, tant sur le plan psychique que psychologique, Sweet Virginia tire cette brutalité de son aspect terre-à-terre et d’un naturalisme très intéressant. D’une sobriété honorable dans sa réalisation, Jamie M. Dagg dépeint des personnages perdus, solitaires et à la recherche d’une rédemption. Des personnages à l’image des lieux vides de toutes vies humaines qu’ils vont traverser et du travail visuel opéré par la chef opératrice Jessica Lee Gagné. Les plans sont assez sombres, par moment sous-exposés, mais toujours lisibles. Elle cherche le réalisme et trouve un naturalisme déconcertant au travers d’une gestion de la lumière qui mise exclusivement sur les sources de lumière présentes dans les décors. Pas de lumières extra-diégétiques qui viennent éclairer un peu plus les acteurs ou des décors trop sombres. C’est un parti pris audacieux et à contre-courant de ce qui se fait dans le cinéma d’ordre conventionnel, inculquant au film une aura qui lui est propre en plus de travailler plus en profondeur son atmosphère et la cohérence entre les décors, la lumière et la psychologie des personnages. C’est très beau, en plus d’être quelque peu audacieux. À cela on ajoutera quelques mots sur l’accompagnement sonore. Un accompagnement et non une bande originale classique, qui cherche à inculquer une tension aux plans et aux face à face ajustés par la mise en scène. Un bel accompagnement, léger, mais qui sait se faire entendre lorsque le besoin est.

Sans atteindre le niveau d’excellence d’un Hell or High Water ou encore la beauté visuelle d’un Wind River, Sweet Virginia impressionne par sa sobriété apparente et captive grâce à une tension permanente qui ne cesse de gagner en force. Superbement interprété par un quatuor de qualité porté par un Jon Bernthal tout en nuance et un Christopher Abbott effrayant et mis en scène, Sweet Virginia est un western rural surprenant qui on l’espère, réussira à trouver son public en salles ou en VoD.

[usr 3.5]


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