Sur le Tournage du film « Une Manière de Vivre » de Micheline Lanctôt avec Laurent Lucas [ON SET]

« Une Manière de Vivre » | Photos de Tournage ©Kevin_Halgand

Débutait le 30 juillet 2018 à Montréal le tournage du nouveau long-métrage écrit et réalisé par Micheline Lanctôt. Cinéaste québécoise de renom, Micheline Lanctôt a cependant débuté sa carrière en tant qu’actrice en 1972 sous le regard du réalisateur Gilles Carle pour le film La Vraie Nature de Bernadette. Film notamment présenté et en compétition officielle au Festival de Cannes 1972. Sans sont suivis pas moins de 54 films en tant qu’actrice, ainsi que 12 longs-métrages en tant que réalisatrice. Elle réitère pour la treizième fois en 2018 avec le long-métrage Une Manière de Vivre pour lequel elle met en scène Laurent Lucas, Rose-Marie Perreault, Gabrielle Lazure et Pierre-Luc Lafontaine dans les rôles principaux. Côtés rôles secondaires, l’on retrouve notamment un certain Robin Aubert pour lequel elle a dernièrement interprété le personnage de Pauline dans le film Les Affamés (Prix de la meilleure actrice de soutien au Gala Québec Cinéma). C’est le samedi 11 août 2018 au matin que nous avons pu en découvrir plus sur cette nouvelle production très attendue côté cinéma québécois. Nous avons pu nous rendre quelques heures sur le plateau de tournage installé au sein d’une des grandes salles que comporte le collège André-Grasset, afin d’assister à une répétition et mise en place, ainsi que pour rencontrer les acteur.rice.s et la metteuse en scène.

Produit par André Gagnon pour Lycaon Pictus, avec la participation financière de la SODEC, Téléfilm Canada et les programmes de crédit d’impôt provincial et fédéral, Une Manière de Vivre n’en demeure pas moins une petite production. Trois roulottes, dont une dédiée à la production, sur le parking. Non ce n’est pas le dernier Mission Impossible, mais il y a néanmoins une belle équipe, ainsi qu’un budget qui permet d’avoir un matériel suffisant afin que l’équipe technique puisse subvenir aux envies de la metteuse en scène. Metteuse en scène qui a conscience de ce budget, et ce, notamment d’un point de vu planning. Une journée de tournage coûte cher. Si le matériel déployé n’est pas impressionnant, il y a une équipe à nourrir. De la régie aux acteur.rice.s, en passant par chaque membre de l’équipe technique (directeur de la photographie, assistant caméra, preneurs son, maquilleuses, grip, gaffer, électro…), il faut payer chaque personne qui travaille sur le projet en plus du prix de location du matériel. Chaque journée coûte donc effectivement cher, même pour un film de cette ampleur. Une Manière de Vivre est un film de personnages, un film qui n’a pas pour intention d’éblouir les rétines du spectateur, mais bel et bien de raconter une histoire.

« À l’arrivée sur le plateau, j’abandonne le scénario. À la limite je veux même plus qu’on me dise ce qu’il y a d’écrit dans le scénario, je raconte l’histoire avec ce que j’ai. Les acteurs, le plan, la lumière, les lieux… j’essaye de tirer parti du maximum de ce qu’on a préparé en amont. Mais c’est sûr que je suis plus attentive aux acteur.rice.s. »

Micheline Lanctôt

Lorsque l’on parle de budget, il faut prendre en compte que l’on ne parle pas toujours effets visuels ou autres effets pyrotechniques, mais avant de la bonne répartition de la rémunération d’une équipe. Le cinéma populaire hollywoodien est un cinéma que l’on qualifie souvent de gouffre financier. Des millions sont dépensés dans la construction de décors lorsque ce n’est pas dans les effets réalisés en post-production. Il faut payer chaque artiste qui participe au projet et plus il est important, plus il y a de décors à créer ou de plans à traiter numériquement, plus il faut d’artistes et techniciens. Cinéma populaire et cinéma d’auteur même combat. La scène tournée ce jour est une scène de rencontre et débat en intérieur. Plusieurs personnages assis autour d’une table qui parlent philosophie et qui, plus précisément, débattent autour du philosophe Spinoza dont le personnage de Joseph (interprété par Laurent Lucas) est un spécialiste. En terme de réalisation et de mise en scène, on est sur quelque chose d’assez simple de prime abord, mais qui demande néanmoins une belle organisation et du travail de la part de l’équipe. Comme elle nous l’explique, lorsqu’elle arrive sur le plateau Micheline Lanctôt oublie le scénario et cherche avant tout à raconter l’histoire de son film par le visuel. Faire avancer les arcs narratifs de chaque personnage par des choix de mise en scène. Quelques gestes, des regards et une prise de parole plus ou moins longue. Coté acting, on est sur de l’improvisation en fonction de la situation, en fonction des directives de la metteuse en scène.

Pour une scène comme celle-ci sont utilisées deux caméras. Moyen simple et efficace afin de réaliser un two shots sans qu’il n’y ait à bouger de caméra. Un réel gain de temps, lorsqu’on en a peu (et par déduction peu d’argent, vous voyez maintenant où on voulait en venir précédemment). Néanmoins, il faut régler les deux caméras, régler les cadrages, la lumière et la disposition dans l’espace des intervenants sans parler du travail de mise en scène. Pas de lumière artificielle à gérer en intérieur, mais quelques spots disséminés à l’extérieur (d’où en partie le choix de cette salle) qui donnent directement sur l’intérieur. Ce qui va permettre d’avoir un taux de luminosité constant sur le tournage du matin au soir. Ne reste plus (comme vous pouvez le voir sur les photographies ci-dessous) qu’à poser les diffuseurs (et flags au besoin) sur des stands afin de ne pas diriger directement la lumière sur un.e acteur.rice. Atténuer cette même lumière afin d’établir une lumière douce, mettre en valeur le profil d’un.e acteur.rice, créer une atmosphère ensuite amplifiée en colorimétrie (et/ou par une lut déjà installées sur le retour caméra). Tout est ensuite une question de coordination et de discussion entre la réalisatrice, l’assistant.e réalisatrice et le directeur de la photographie afin d’avoir le set-up parfait. D’où le nombre “impressionnant” d’écrans de retour (ici 4 en tout pour le directeur de la photographie, son assistante caméra, la scripte, ainsi que la metteuse en scène), afin que tout le monde puisse voir l’image de son côté pour en parler et réaliser les réglages nécessaires. À noter la participation des membres de l’équipe techniques qui vont subvenir aux besoins du directeur de la photographie. Pour une scène comme celle-ci, donc une séquence de discussion qui représentera à l’écran moins de 5 minutes d’images, comptez minimum  une matinée de répétition et mise en place technique, et une après-midi de tournage. Le cinéma est avant tout un travail d’équipe, sans la création d’une même unité et d’un dialogue entre chacun le film ne pourra être bon. Croyez bien que les productions chaotiques ne sont pas appelées comme cela, pour rien.

« C’est improvisé. Avant de tourner, elle m’avait dit qu’elle n’allait pas m’écrire de texte sur Spinoza. C’était une manière habile finalement de me faire travailler sur Spinoza. Si elle m’avait écrit un monologue de conférence professorale, j’aurais simplement appris mon texte et lu quelques écrits sur Spinoza. »

Laurent Lucas

Si partager notre passion pour le cinéma et nos avis sur les films nous plaît indéfiniment, pouvoir aller plus loin avec du behind the scenes est encore mieux. Si ce genre d’article n’arrivera pas fréquemment, on risque d’en faire de plus en plus à l’avenir. De notre côté, si certain font des études pour devenir journalistes en France, moi-même j’acquiers de l’expérience en temps que technicien de plateau dans la province de Québec. Ce qui va me permettre, au delà de tenter de vivre de ma passion, de parler technique plus en détail et en connaissance de cause. En allant sur des plateaux, en parlant à des personnes expérimentées et en travaillant nous même dans le milieu. Et il en va de même pour les festivals que l’on couvre et les entrevues que l’on réalise à cette même occasion (à propos deux nouvelles entrevues arrivent très prochainement avec une réalisatrice mexicaine et un duo d’animateurs français complètement déjantés !) On va terminer cet article avec quelques propos tenus par la metteuse en scène Micheline Lanctôt et l’acteur Laurent Lucas lorsque l’on a pu s’entretenir avec eux durant le bris lunch du jour de tournage.


Micheline Lanctôt (scénariste et réalisatrice)

« On échange beaucoup avec le directeur photo. La lumière est un acteur. Avec  les techniciens clés, avec les artistes c’est important de rester constamment en contact. »

« Le choix des cadres et de la manière de filmer (two shots, master, nombre de plans…) se fait beaucoup en fonction des personnages. De ce que les personnages font, de comment ils sont dans la situation, de ce qui leurs arrivent, de comment les acteur.rice.s interprètent ça, est-ce qu’ils vont s’assoir ou non… J’ai un découpage en tête, mais en général je préfère de beaucoup l’écriture spontanée. Faire ce qu’on a en tête de manière très précise prend des budgets plus importants que celui que j’ai, donc sur tous mes films j’ai pris l’habitude de travailler à même la matière brute. »


Laurent Lucas (acteur)

 « Quand j’ai lu le scénario il m’a beaucoup plu, mais après avoir été obligé de travaillé comme je l’ai fait sur Spinoza pour dégager moi-même les thèmes principaux et ce que je pourrais en dire avec mon langage qui n’est pas celui d’un philosophe, quand j’ai relu le scénario y’a quelques jours j’y ai vu des tonnes de choses que je n’avais pas forcément comprises avant. J’ai complètement compris mon personnage à ce moment. »

« On ne sait jamais vraiment où un film va nous emmener. On peut avoir des intuitions, mais rien de plus. »

« Grave j’avais un petit rôle dedans, j’apparais au début, au milieu et à la fin. Mais quand tu lis le scénario et que la réalisatrice Julia Ducournau me dit « j’adore les films de Fabrice du Welz et ça serait vraiment bien que tu joues le père ». Même si ce n’est pas un gros rôle, tu le fais, t’as envie de le faire ! »

Merci à Judith et Amélie de chez IXION Communication pour avoir organisé cette visite de plateau, et merci à Micheline Lanctôt et à Laurent Lucas pour nous avoir accordé un peu de temps !
« Une Manière de Vivre » | Photos de Tournage ©Kevin_Halgand

Une Manière de Vivre, film écrit et réalisé par Micheline Lanctôt avec Laurent Lucas, Rose-Marie Perreault, Gabrielle Lazure et Pierre-Luc Lafontaine, Jacqueline Van der Geer, Paul Doucet, Ariel Ifergan et Robin Aubert. Une production André Gagnon pour Lycaon Pictus, avec la participation financière de la SODEC, Téléfilm Canada et les programmes de crédit d’impôt provincial et fédéral. Prochainement distribué au Québec par la société de distribution Maison 4:3.

Synopsis : « Colette perd son mari dans des circonstances tragiques et se reproche de ne pas avoir été à ses côtés. Sa fille Gabrielle, boulimique, travaille comme escorte de luxe et mène une existence houleuse et sans objet. Joseph, spécialiste de Spinoza, enseigne la philosophie dans une université de Belgique et vient a Montréal participer à une rencontre de philosophes. Ces trois personnages vont entrer en collision et leurs vies en seront changées à jamais. »

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2 commentaires sur “Sur le Tournage du film « Une Manière de Vivre » de Micheline Lanctôt avec Laurent Lucas [ON SET]

    1. Bonjour Diane, alors le distributeur n’a pour le moment pas communiqué sur la date de sortie du film, ni même sur les lieux où il sera à l’affiche (tout dépend où vous vivez, mais pour Montréal, ce sera certainement au Cinéma Beaubien). On peut néanmoins vous confirmer qu’il devrait sortir dans le courant de l’automne prochain. On communiquera sur nos réseaux sociaux la date, ainsi que la bande annonce lorsqu’elles seront dévoilées.

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