Suicide Squad (Critique | 2016) réalisé par David Ayer (?)

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Synopsis : “Face à une menace aussi énigmatique qu’invincible, l’agent secret Amanda Waller réunit une armada de crapules de la pire espèce. Armés jusqu’aux dents par le gouvernement, ces Super-Méchants s’embarquent alors pour une mission-suicide. Jusqu’au moment où ils comprennent qu’ils ont été sacrifiés. Vont-ils accepter leur sort ou se rebeller ?”

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“I’m just gonna hurt you really, really, BAD.” Finalement, malgré une telle punch-line et un esprit aussi déjanté soit-il, le Joker fait pale figure devant les nombreux retours qui assassinent le film. Ce sont eux qui ont vraiment, mais alors vraiment fait mal. Film qui par ailleurs fait actuellement un carton en France en signant le troisième meilleur démarrage de l’année avec un peu plus de 200.000 entrées. Mais la société Warner Bros rentrera-t-elle dans ses frais, tout en sachant qu’avec les cinq semaines de reshoot compris, il leur faudrait maintenant dépasser la barre des 800 millions de dollars de recettes à l’international pour ne pas faire un flop ? Rien n’est moins sûr, car ce Suicide Squad est loin d’être le film attendu par des hordes de cinéphiles et spectateurs furieux du résultat final. Furieux envers un film qui a ses qualités, qualités qui peuvent permettre de passer un bon moment au cinéma et j’en suis la preuve vivante. Mais  Suicide Squad est avant tout un long-métrage qui a un très – trop – grand nombre de défauts, à commencer par l’époque à laquelle il est sorti.

En 2016, et ce depuis plusieurs années déjà, sortent des dizaines de films de super-héros à l’année et des blockbusters à foison. Ce qui n’est en aucun cas un problème. Tant que le public se rue dans les salles découvrir les films, c’est qu’il y a de la demande et de ce fait, des spectateurs qui vont aimer ou ne pas aimer le film. Qu’ils soient spécialistes cinéma ou simples spectateurs lambda (ce n’est en rien péjoratif). Cependant, là où il y a de la demande, il y a des producteurs et sociétés qui vont jouer avec et chercher à se faire de l’argent dessus. Découvrir un film maîtrisé de A à Z – de sa pré-production à sa post-production, jusqu’à l’étape finale du montage du film – par un cinéphile passionné devenu réalisateur devient aussi rare qu’un blockbuster original. L’originalité est un vilain défaut pour un producteur ou financier quel qu’il soit. Qui dit originalité, dit nouveauté et même si la nouveauté peut attirer l’attention, titiller la curiosité du spectateur, elle peut aussi lui faire peur et le laisser en dehors des salles obscures. La société de production cinématographique nommée Marvel Studios a bien compris les règles du jeu en créant son : Marvel Cinematic Universe.

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Un univers qui va dans le sens de la demande du public à savoir : offrir du divertissement spectaculaire au travers de plusieurs films par année (donc plusieurs rentrées d’argent par année pour pouvoir faire encore plus de films…), mais également réussir à faire comprendre à ce même public que chaque film qu’ils vont aller voir sera de qualité. Un film de qualité car dans la veine du précédent et reposant sur des bases scénaristiques comme artistiques déjà bien solides. Sans oublier le petit : “on a écouté les spectateurs et ce film sera plus sombre/fun”. Tout en ayant chacune LA petite subtilité faisant de l’œuvre cinématographique en question ce qu’elle est, toutes les productions Marvel Studios se ressemblent. Des films efficaces, divertissants et plaisants, mais devenant “classiques” et sans surprises, au fur et à mesure des années qui avancent. Des films lisses, qui n’osent pas aller vers quelque chose de nouveau, d’original et créatif. Deadpool réalisé par Tim Miller, œuvre dite trash et violente, donc à l’opposé des films du MCU, est un film qui ose quelque chose, mais qui n’a rien de fondamentalement trash ou d’original. Elle l’est, uniquement parce que le consensus créé par les œuvres cinématographiques à gros budgets validées par les sociétés de production sont lisses et insipides à souhait pour une grand partie. Que l’on se place sur le plan narratif ou artistique, c’est un film Marvel Studios parmi des dizaines d’autres, mais avec un personnage qui se moque de ce même studio, offrant à Marvel Studios une nouvelle image. Celle du studio qui a de l’humour et un vrai sens de l’auto-dérision, alors qu’en réalité c’est surtout qu’ils contrôlent à merveille leur image et leur business. Les grandes majors ont toujours dominé le cinéma international, ont toujours fait ce que bon leur semblait et ce, depuis le Nouvel Hollywood des années 60 voire avant. Le cinéma a toujours été un business, l’est encore plus aujourd’hui et ce Suicide Squad est la goutte d’eau qui a fait déborder le vase Hollywood.


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Très attendu notamment grâce à une campagne marketing abusive, Suicide Squad avait le potentiel d’être l’exact opposé des films Marvel Studios. Un film violent, loin des conventions des films super héroïques avec en personnages principaux des méchants qui n’ont rien à perdre et qui aiment faire le mal. Aujourd’hui beaucoup disent qu’il y a trop de films de super héros, donc un film avec des super vilains est l’idée du siècle pour relancer la machine et prouver que ses rouages ne sont pas rouillés. Malheureusement, Warner Bros a pris peur… a pris l’eau. Comme l’a révélé The Hollywood Reporter il y a peu, David Ayer – réalisateur et scénariste du film – voulait faire de ce Suicide Squad un film sombre. Un Batman plus présent qu’il ne l’est dans la version cinéma et un Joker presque central au récit, alors qu’il n’est dans cette version qu’une ombre planante au dessus de l’escadron et de son Harley Quinn (relation également très aseptisée entre les deux personnages). Entre le premier et le dernier trailer, on remarque une volonté d’oublier cette tonalité et de donner au film un aspect cartoonesque, loin du penchant pris par un Batman V Superman : Dawn of Justice très décrié (et déjà charcuté par ce même studio pour une tout autre raison). Un logo bien différent et des bandes-annonces qui usent de plus en plus de musiques pop et d’effets visuels criards. Ça donne un style, ça ouvre vers quelque chose. Ça ouvre vers un film qui se cherche, un film qui a des séquences déjantée et cartoonesques, ainsi que des séquences sombres à souhait. L’on ne sait sur quel pied danser et le spectateur en reste donc perplexe, dubitatif face à un spectacle qui s’apprécie néanmoins.

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Écrit en six semaines, projeté à un public test dans sa version dite sombre (montage réalisé par David Ayer), ainsi que dans sa version plus fun (montage réalisé par la société Trailer Park déjà en charge des différentes bandes-annonces du film) avant d’être “reshooté” puis remonté afin de donner de l’humanité aux personnages, plus de présence à Deadshot incarné par Will Smith et une cartouche de fun à l’ambiance globale du film… David Ayer a peut être réalisé un excellent Suicide Squad, mais craintive, la société de production Warner Bros a préféré faire les choses à sa manière. Faire un mélange des deux propositions (David Ayer/Trailer Park; sombre/fun) et faire de ce Suicide Squad une comédie d’action avec des personnages hauts en couleur, déjantés, mais avant tout humains avec un petit cœur qui bat. Jonglant entre un ton sérieux et un ton plus décomplexé, ce Suicide Squad n’arrive jamais pleinement à convaincre, pas aidé par un schéma narratif abjecte éclatant la Squad au profit de certains de ses membres. Là où Harley Quinn convainc grâce à une interprétation remarquable de l’actrice Margot RobbieDeadshot peine davantage à cause d’une caractérisation aseptisée et beaucoup trop humaine, malgré un Will Smith impeccable. Ce sont ceux qui vont être les plus inattendus tels que Amanda Waller et Chato Santana alias El Diablo, qui vont nous surprendre par leurs traitements respectifs et leur apport au récit. L’esprit d’équipe peine à se former à cause de ce schéma narratif incompréhensible, rendant l’histoire brouillonne, aussi simpliste soit-elle dans le fond. Mais finalement et en marge de tous ces défauts (narration, montage visuel et sonore, chara design laborieux, usage ridicule des musiques hors bande originale… ça fait beaucoup quand même) il en relève avec surprise un divertissement honorable, car cherchant à faire quelque chose.

Ce Suicide Squad possède ce petit quelque chose que n’ont pas la majorité des blockbusters hollywoodiens. Il a une certaine audace, une envie de faire quelque chose de différent qui le rend beaucoup moins lisse que ses concurrents directs. Une impureté qui passe par la caractérisation des personnages, des personnages hauts en couleurs et ne ressemblant en rien à ce qu’on a déjà vu dans une telle production, ainsi que par ses séquences d’action. Le montage, réalisé à la truelle afin de rendre le tout plus dynamique et faisant de même, perdre toute lisibilité et cohérence au scénario, ne rend pas hommage aux bonnes intentions de David Ayer qui est un excellent faiseur. Intentions que l’on retrouve dans de très belles idées de mise en scène. De véritables fulgurances qui donnent du cachet au film, du caractère à ses personnages et rendent explosives les séquences de combat. Le rythme qu’il insuffle par les chorégraphies des combats est bon et il arrive à jouer avec tous ses personnages, n’en délaissant pas un au profit d’un autre (ne pas confondre avec ce qui a été dit avant sur la narration/le montage). Différenciation avec la concurrence qui passe également par le “set design” et la photographie qui va embellir les décors ou à l’inverse, leur donner un aspect plus sale (amplifié numériquement).


En Conclusion :

Depuis ses premières projections le mardi, veille de sortie nationale, le long-métrage en prend pour son grade. Depuis, les Américains s’y sont mis et y vont de cœur joie. Oui, Suicide Squad est un film qui a une multitude de défauts. Détruit par un montage qui réussit à rendre le scénario incompréhensible, le schéma narratif abject, l’esprit d’escouade inexistant à cause d’une mise en avant de deux personnages au profit des autres et le ton global du film incohérent, car insistant plus sur l’aspect humain que “méchant” des personnages, il en résulte un film qui réussit à tenir debout malgré tout. Un film qui tente quelque chose, un divertissement qui a du cachet, des personnages hauts en couleur intéressants et bien mis à profit au travers d’une mise en scène qui possède son lot de belles et bonnes idées, notamment de mise en scène. Explosif et nerveux, ce Suicide Squad est un divertissement sympathique à défaut d’être mémorable, sauvé par ce qu’il subsiste des idées du réalisateur David Ayer. Un film bouffé et détruit plus que partiellement par son studio de production principal qui a eu peur de l’audace de son réalisateur et du projet initial. Peur de prendre l’eau, de connaître un échec commercial et de ne pas pouvoir lancer convenablement le DC Universe. Revenons avant tout ça, avant le MCU, le DCU et revenons au temps où un réalisateur comme Guillermo del Toro sortait une superbe adaptation de comic-book, violente et badass à souhait avec l’aval de ses producteurs (cf : Blade 2).

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