Stronger réalisé par David Gordon Green [Sortie de Séance Cinéma]

Synopsis : “L’histoire vraie de Jeff Bauman, une des victimes des attentats de Boston le lundi 15 avril 2013.”


Les lumières de la salle de cinéma s’allument, tu te repositionnes sur ton siège pour avoir fière allure parce que la position “je m’installe comme à la maison” ce n’est pas trop ça, et là, ton ami(e) se retourne vers toi et te pose la question fatidique…

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Tom Cruise, Dwayne Johnson, Chris Pratt, Harrison Ford, Daniel Craig, Matt Damon ou encore George Clooney (tous les acteurs les plus bankable depuis 2015 à vrai dire), sont des acteurs à rôle type. Des acteurs avec lesquels le spectateur sait à quoi s’attendre, sauf exception, et dont on peut aller voir le film pour la simple et bonne condition, qu’ils y tiennent l’un ou l’autre l’affiche en tant que premier ou second rôle. Subsiste une autre catégorie d’acteur dont le spectateur connaît le nom et dont la spécialité est la performance. Performance qui va se traduire par la recherche de projets tous plus différents, voire torturés les uns que les autres, mais également par les changements physiques. On parle des acteurs américains Gary Oldman, Christian Bale, ainsi que Jake Gyllenhaal. Adulé par bon nombre à juste titre par bon nombre de spectateurs et spectatrices, ce dernier a su au fil des années surprendre et étonné par le biais de rôles et projets de plus en plus différents. Le voir la même année dans le blockbuster Life (réalisé par Daniel Espinosa), dans la comédie burlesque de Bong Joon-Ho, Okja, mais également dans le premier rôle du film Stronger (réalisé par David Gordon Green) n’est en ce sens pas une surprise. D’un côté la folie, l’extravagance et l’absurde. De l’autre une intériorité, une prise sur soi et de confiance douloureuse. Trois films à l’opposé, mais subsistes deux films à prestation qui lui permettent de se livrer et s’épanouir en tant qu’interprète. Bien que Life, puisse également être considéré comme un film à prestation et physique, car à la mise en scène aérienne de par le jeu sur la pesanteur.

Tel que son synopsis ou son affiche peuvent le déclamer, Stronger est un film à performance et un film à personnage. Stronger conte l’histoire vraie du jeune Jeff Bauman, qui suite aux attentats de Boston en avril 2013, a perdu ses deux jambes. Sur le papier, Stronger a tout du film à Oscars, du film à la morale bien pensante, et dont la promotion va mettre en avant la performance physique de son acteur principal. Ce qu’il est indéniablement et ne s’en cache vraisemblablement pas. Prévisible d’un bout à l’autre, conventionnel dans sa structure narrative et ses rebondissements dont le simple but est d’aboutir sur le message « Never Give Up », Stronger s’avère cependant plus que ça, sans être pour autant un grand film. Si son histoire ne bouleverse pas, ses interprètes et plus particulièrement la caractérisation des deux personnages principaux, ainsi que de leur relation peuvent tendre vers cette émotion tant recherchée. À l’image d’une Greta Gerwig avec sa LadyBird, John Pollono (scénariste du film) a su rendre ses personnages et, plus particulièrement cette relation centrale à l’histoire, humaine. Humaine, car faite de hauts et de bas, créées par des personnages qui s’aiment indéniablement et ont besoin l’une de l’autre, mais qui vont devoir se haïr, se mépriser et passés au-delà de la provocation réciproque pour faire perdurer cet amour nécessaire à leurs vies.

David Gordon Green ouvre le film sur une scène qui va contextualiser cette relation, avant même de présenter les personnages et que le drame ne se produise. Un effet scénaristique qui indéniablement, influe sur l’attachement émotionnel des spectateurs envers ces deux personnages principaux, tout en démontrant que la thématique centrale va bel et bien être l’amour dans un couple, et non l’attentat en lui-même. Là où Peter Berg cherche avec le film Traque à Boston, à mettre en exergue l’attentat et ce que ce drame a pu provoquer sous de multiples points de vue. Le contexte est le même, mais les films simplement complémentaires. L’histoire est belle, superbement écrite, complémentée par des dialogues empreints d’une certaine dose de réalisme et sublimée par la direction d’acteur de David Gordon Green, ainsi que les interprétations remarquables de Tatiana Maslany et de Jake Gyllenhaal. Si les louanges reviennent à ce dernier qui tient le haut de l’affiche et dont le grand public connaît le nom, c’est bel et bien Tatiana Maslany qui éblouit et permet au second d’être bon. Au travers du scénario, ainsi que de la mise en scène, David Gordon Green et John Pollono mettent un point d’honneur à héroïniser ce premier rôle féminin. C’est un rôle qui a du caractère, têtu et fort, mais raisonné et logique. Un personnage porteur tant pour l’histoire en elle-même, que pour le protagoniste qu’elle va pousser dans ses retranchements les plus profonds. Tatiana Maslany tire parti de cette caractérisation et livre une performance remarquable, rétrogradant au second plan Jake Gyllenhaal et son personnage, tous deux biens moins impactant. Une grande prouesse pour une grande actrice qui nous l’avait déjà prouvé au travers notamment de la série Orphan Black.

Si Stronger captive et touche grâce à ses deux interprètes principaux, ainsi que son scénario, il pêche sur son aspect purement technique. Le film est beau, globalement joliment cadré et réalisé, ponctué par des fulgurances magnifique et hautement significative, mais qui ne restent que de simple fulgurance au milieu d’une œuvre très fonctionnelle et didactique. Là où elle aurait pu gagner en sobriété et sincérité avec une réalisation plus conceptuelle et recherchée (moins suivre l’action, moins d’axes de caméra…). Il n’en demeure cependant pas moins beau et n’omettons pas l’excellent travail du studio d’effets visuels Mikros Image. Ces derniers renouvellent la prestation tout aussi remarquée que remarquable sur le projet de Jacques Audiard: De Rouille et d’Os. Les incrustations sont superbes, les effets invisibles et donnent rapidement une sensation de crédibilité à l’action. Indéniablement un beau film porté haut et court par la prestation de l’actrice Tatiana Maslany qui épate et donne au film un apport humain, caractériel et émotionnel non négligeable.

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