Stan & Ollie réalisé par Jon S. Baird [Sortie de Séance Cinéma]

Synopsis : « 1953. Laurel et Hardy, le plus grand duo comique de tous les temps, se lancent dans une tournée à travers l’Angleterre.
Désormais vieillissants et oubliés des plus jeunes, ils peinent à faire salle comble. Mais leurs capacités à se faire rire mutuellement et à se réinventer vont leur permettre de reconquérir le public, et renouer avec le succès.
Même si le spectre du passé et de nouvelles épreuves ébranlent la solidité de leur duo, cette tournée est l’occasion unique de réaliser à quel point, humainement, ils comptent l’un pour l’autre… »


Charlie Chaplin, Buster Keaton, Max Pecas, ou encore Louise Brooks, Douglas Fairbanks et Mary Pickford pour ne pas uniquement parler d’artistes pratiquant la comédie, nombreux sont les noms d’artistes dont la renommée c’est créé au temps du cinéma muet, mais dont les noms dépassent le simple phénomène générationnel. Ils ont marqués le cinéma, ont marqué le cinéma muet, mais peu ont réussi à évoluer avec le temps et notamment le passage au cinéma sonore, puis parlant. Contrairement à Charlie Chaplin, pour ne citer que lui, le duo composé de Stan Laurel et Oliver Hardy l’a fait. Tout en conservant cette gestuelle qui a fait leur renommée, ils ont su s’adopter au cinéma parlant. Chants, danses, mais également l’utilisation des bruitages afin d’ajouter de nouvelles manières de faire rire. Une avant-scène connue de tous, contrairement au fait que celui qui a permis cette pérennisation du duo n’est autre que sa tête pensante : Stan Laurel. Stan & Ollie est donc l’occasion d’en découvrir davantage sur un des duos mythiques du cinéma. Un biopic parmi tant d’autres, mais en cette période où ce genre est légion, Stan & Ollie est-il fondamentalement plus qu’un simple biopic wikipédia ?

Quelques mois après la sortie d’un film tel que Colette, difficile d’attendre au pied levé un nouveau biopic. Ce genre déçoit plus qu’il ne galvanise les foules, mais quelques belles surprises nous permettent toujours d’y croire. Avec ses quelques images promotionnelles triées sur le volet et ses affiches qui mettaient en valeur le duo, ainsi que leurs gimmicks comiques, Stan & Ollie ne semblait pas promettre monts et merveilles. Faire renaître le duo sur grand écran. Ni plus, ni moins. Ce qui est absolument représentatif des dix premières minutes du film. Une fois cette contextualisation et introduction du duo effectuée, le scénario nous transporte seize années en avant afin de nous faire vivre la fin de carrière du duo. Ce qui était vendu comme un biopic consacré à Laurel & Hardy, est finalement une comédie dramatique sur un duo sur le déclin, tant devant que derrière la caméra.

Faux biopic, mais vrai film consacré au déclin d’un duo qui a marqué l’histoire du cinéma, Stan & Ollie n’est fondamentalement pas un film qui vous fera frétiller le cervelet. À l’image de bon nombre de ses confrères, il est un film académique tant sur le plan scénaristique que technique. Linéaire dans sa narration et un classicisme dans l’amorce des situations qui rend l’intégralité de son récit prévisible. De la petite altercation, à la grosse remise en question. Un scénario fonctionnel, mais suffisamment bien écrit pour permettre à la directrice de la photo, ainsi qu’au monteur attitré au projet d’inculquer à ce dernier un point de vue qui en fera tout l’intérêt. Celui-ci n’est autre que le point de vue de Stan Laurel, la tête pensante du groupe alors que Oliver Hardy n’était, et ce, volontairement qu’acteur. Scénariste de chaque film, mais également comptable et metteur en scène par moment (à cette époque le réalisateur n’était que la personne en charge d’appuyer sur le bouton d’enregistrement de la caméra, l’auteur était le scénariste).

Le petit de la bande. Un homme frêle qui apparaît comme peu autoritaire et très introverti, mais très intelligent. Opter pour son point de vue, c’est débuter le film en filmant les rires de la salle comme des rires moqueurs à l’encontre du duo. C’est déstabilisant. Grâce à un montage rondement bien pensé, ainsi qu’à un beau sens du cadre malgré cette unicité aussi fonctionnelle que conventionnelle (master, champ, contre-champ), le film se permet de jouer sur les images pour en faire naître une émotion et un propos peut-être pas accessible au premier abord. Un partis pris aussi audacieux qu’ambitieux qui ne met pas à l’aise et démontre l’envie du réalisateur d’aller chercher et de transmettre les émotions ressenties par le duo par le prisme de Stan Laurel. Plus introverti, mais bien plus à même de transmettre cette émotion grâce à ce physique plus frêle, et par déduction plus fragile. Si quelques digressions sont réalisées à des moments clés du récit, ce n’est que pour mettre en avant les problèmes de Oliver Hardy, afin d’atteindre de nouveau Stan Laurel. Recréer le duo d’une certaine manière. Un duo qui se cherche et ne sait plus quoi faire, atteint par la vieillesse tant à l’image que dans la vie de tous les jours. Une émotion qui prend grâce à un montage très inspiré et un duo des grands jours.

Steve Coogan et John C. Reilly. Deux grands acteurs qui sortent à cette occasion des interprétations où ils ne cherchent pas à se mettre en valeur telle qu’on pourrait s’y attendre pour des rôles à Oscars tels que ceux-ci. Ils cherchent la crédibilité des personnages, l’émotion et l’alchimie entre les membres du duo. Si l’un n’est pas dans le cadre ou dans l’espace où se situe l’action, l’autre pense à lui et va agir en fonction de lui. L’alchimie entre les deux est au centre du film et elle est palpable entre les deux acteurs. Si le film ne brille pas ou n’impressionne en rien, il vaut le détour ne serait-ce que pour eux. Pour ces incarnations auxquelles on croit et pour ce personnage envers lesquels va se créer rapidement une réelle empathie.

Ce point de vue pour lequel a opté le monteur (puisque c’est vraiment le montage qui fait naître le point de vue en question et par conséquent le ressenti) est ce fait le sel de l’oeuvre dans son entièreté. Sans compter sur l’efficacité de la réalisation, ainsi que son duo porteur. Mais Stan & Ollie il n’en demeure pas pour autant plus qu’un simple bon film. Le conflit avec le duo Abbott & Costello (duo créé dans les années 40, une fois que le cinéma sonore a pu faire ses preuves et commencer sa conquête du public), les problèmes avec les producteurs, le succès… Stan & Ollie regorge de points scénaristiques qui auraient mérités d’être davantage exploités. Ce qui n’est pas le cas dans un soucis de clarté narrative. Un mal pour un bien dira-t-on. Au delà de ça demeure cet académisme formel qui ne permet pas au film d’avoir cette aura, cette originalité et créativité qui aurait permis à l’oeuvre de marquer les esprits, ainsi que l’histoire du cinéma tel que le duo a pu le faire en son temps.

Stan & Ollie, au cinéma dès le 06 Mars 2019 en France

« Exercice de style académique, mais exécuté grâce à un montage suffisamment bien pensé pour expliciter les tourments d’un duo vieillissant et qui va devoir faire des choix, devant comme derrière la caméra. »


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