Sicilian Ghost Story réalisé par Fabio Grassadonia et Antonio Piazza [Cannes 2017]

Synopsis : “Dans un village sicilien aux confins d’une forêt, Giuseppe, 13 ans, disparaît. Luna, une camarade de classe, refuse la disparition du garçon dont elle est amoureuse et tente de rompre la loi du silence.
Pour le retrouver, au risque de sa propre vie, elle tente de rejoindre le monde obscur où son ami est emprisonné et auquel le lac offre une mystérieuse voie d’accès. “


Du 17 au 27 mai 2017, nous sommes au 70e Festival de Cannes. Entre coups de cœur et coups de gueule, émerveillements et maux de tête, retrouvez nos avis sur les films vus durant ce festival pas comme les autres. Des avis courts, mais pas trop et écrits à chaud, afin de vous offrir un premier avis sur les films qui feront, ou non, prochainement l’actualité.

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Présenté en ouverture de la Semaine de la Critique, section parallèle de la compétition officielle du Festival de Cannes, Sicilian Ghost Story s’annonce déjà comme un sérieux candidat. Quatre ans après Salvo, le duo de réalisateurs formé par Fabio Grassadonia et Antonio Piazza, nous revient avec un drame inspiré d’une histoire vraie. Inspirée d’une histoire vraie : oui. Mais clairement, ce qui interpelle avant tout le spectateur est cette façon dont les metteurs en scène ont décidé de faire vivre cette histoire. Une simple histoire que l’on pourrait résumée à un Roméo et Juliette moderne, brut et sauvage, mais dont la brutalité provient avant tout de la maîtrise cinématographique des réalisateurs. Une brutalité sonore et visuelle. Tourné en numérique, au format RAW, avec l’aide de caméra Red Epic Dragon, Fabio Grassadonia et Antonio Piazza prennent comme parti de jouer avec les focales. Faire de simples et conventionnels champ/contre champ et plans avec du flou afin d’offrir de la profondeur ou non, mais également des plans à l’aide de courte focale. Sicilian Ghost Story, raconte l’histoire de deux jeunes enfants de 13 ans. Très proches l’un de l’autre, pour ne pas dire amoureux, lorsque l’un va disparaître, l’autre va tout mettre en œuvre pour le retrouver, refusant toute vérité et la disparition même. Une chasse à l’homme gothique, poétique, et/ou, la nature est de mise. Une nature qui va engloutir nos personnages. La métaphore est là, le symbole est fort et le sous-texte est omniprésent simplement de par le placement des acteurs au sein de cette nature morte. Sauf que cette nature va reprendre ses droits et prendre vie grâce à cette utilisation de courtes focales. On s’en rend compte grâce à des bords de cadre qui semble incurvé et à des verticales qui ne le sont plus. Comme l’impression de voir une image bombée, mais une image qui a donc du relief. Et ce, sans avoir à utiliser un effet de flou.

Un plus inégalable, surtout lorsque les cadres sont si judicieusement choisis, afin de donner l’impression que les personnages sont perdus en leurs seins. Un effet de style suffisamment riche et fort pour permettre aux plans d’être parlant et évocateurs, sans avoir à ajouter de dialogues inutiles. Le long-métrage s’avère être également fortement contrasté et magnifiquement éclairé. Les ombres sont remarquablement dessinées, ce qui va donner une rugosité à la peau des personnages ou à l’inverse, les “lissés” si besoin est, s’il y a une utilité à l’avancement du scénario. Tout ce qui est fait et mis en place sur le plan technique a son importance et va venir inculquer une profondeur au scénario. De la caractérisation des personnages, à l’histoire dans sa globalité. Et il en va de même pour l’utilisation de la musique et le mixage sonore. Les bruitages sont forts, les bruits d’animaux et d’êtres humains se confondent donnant lieu à quelque chose d’organique et de viscéral. Moment confondant, stressant, mais beau lorsque ce que l’on croît être un battement fort de cœur se révèle n’être que les pas d’un cheval au galop. C’est fort, directement lié au scénario et ça donne au film une intensité indéniable. La tension est palpable d’un bout à l’autre, même si malheureusement (et même si le plan final est somptueux) le film aurait pu être coupé un peu en amont afin de laisser place à l’imagination du spectateur.

Peut-être un peu long, mais magnifiquement mis en scène, cadré et éclairé, Sicilian Ghost Story est un magnifique portage dans le monde de la mafia, du conte intemporel Roméo et Juliette. Beau, poétique, mais aussi brutal, viscéral et interprété avec fougue par un casting impeccable, un film à ne pas louper à sa sortie prochaine au cinéma.

[usr 3.5]


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