Sicario : La Guerre des Cartels réalisé par Stefano Sollima [Sortie de Séance Cinéma]

Synopsis : “Les cartels mexicains font régner la terreur à la frontière entre le Mexique et les États-Unis. Rien ni personne ne semble pouvoir les contrer. L’agent fédéral Matt Graver fait de nouveau appel au mystérieux Alejandro pour enlever la jeune Isabela Reyes, fille du baron d’un des plus gros cartels afin de déclencher une guerre fratricide entre les gangs. Mais la situation dégénère et la jeune fille devient un risque potentiel dont il faut se débarrasser. Face à ce choix infâme, Alejandro en vient à remettre en question tout ce pour quoi il se bat depuis des années…”

Les lumières de la salle de cinéma s’allument, tu te repositionnes sur ton siège pour avoir fière allure parce que la position “je m’installe comme à la maison” ce n’est pas trop ça, et là, ton ami(e) se retourne vers toi et te pose la question fatidique…

Présenté en compétition au festival de Cannes en 2015, l’excellent Sicario de Denis Villeneuve avait été injustement ignoré par le jury, absent du palmarès alors que ce polar atmosphérique et nerveux, maîtrisé de bout en bout, aurait pu prétendre aisément à un prix de la mise en scène. L’annonce d’une suite sans Denis Villeneuve aux commandes, trop occupé à tourner les excellents Premier Contact (2016) et Blade Runner 2049 (2017) pour rempiler, avait toutes les raisons d’inquiéter, tellement l’idée pouvait paraître assez dispensable. En effet, le polar de Villeneuve ne semblait pas dans son final glacial aboutir à une suite. Et l’idée de voir également Sicario devenir une franchise hollywoodienne à succès pouvait amener à imaginer le pire. Puis, au fur à mesure de l’avancée du projet, les inquiétudes se sont estompées en voyant le retour à l’écriture du scénariste Taylor Sheridan, auteur de la trilogie du Nouvel Ouest composée de Sicario, Comancheria (David Mackenzie, 2016) et du récent Wind River (2017) dont il est également réalisateur. En voyant le scénariste du premier volet rempiler pour cette suite, on pouvait espérer retrouver dans ce second opus la maîtrise scénaristique et politique qui faisait en grande partie la réussite et l’efficacité du propos du long-métrage de Denis Villeneuve. Stefano Sollima, réalisateur italien habitué au polar violent et nerveux avec ACAB (2012), Suburra (2015) ou encore des épisodes de la série Gomorra (2014), succède au cinéaste avec la lourde tâche d’égaler la maîtrise atmosphérique et nerveuse du premier opus. Au final, que vaut réellement Sicario : La Guerre des Cartels?

“S’il est indéniable que le réalisateur n’arrive pas à la cheville de la maîtrise atmosphérique qui s’étend sur toute la filmographie de Denis Villeneuve, de Prisoners (2013) à Blade Runner 2049 (2017), cette suite contient tout de même son lot de moments de tensions nerveux et violents, se dirigeant plus vers la pure série B que le polar atmosphérique.”


La scène d’ouverture de ce second opus annonce la volonté de Stefano Sollima de respecter le travail de son prédécesseur : tension nerveuse, violence viscérale, brutale, qui annonce la couleur de cette suite tout en réutilisant les gimmicks de la mise en scène de Villeneuve, avec cette scène où des kamikazes se font exploser à l’intérieur d’un supermarché, qui s’annonce comme étant dans la continuité de son prédécesseur. Là où Taylor Sheridan accentuait son écriture sur la frontière du Mexique et le trafic de drogue dans le premier opus, le second prend en compte l’actualité politique actuelle, la marchandise étant désormais humaine, à des fins en rapport avec le terrorisme. Cette suite se focalise sur les personnages de l’agent Matt Graver (Josh Brolin) et d’Alejandro (Benicio Del Toro) et leur lutte, plus que douteuse dans leurs méthodes, contre les cartels mexicains, le scénario creusant davantage le passé meurtri d’Alejandro que l’on découvrait à la fin du premier volet. Le personnage de l’agent du FBI idéaliste, interprétée par Emily Blunt, ne revient pas dans ce second film, ce qui scénaristiquement paraît plutôt cohérent, son arc narratif se concluant parfaitement dans le premier film tout en amenant cette conclusion pessimiste qui faisait la force du film de Denis Villeneuve.

En adaptant son écriture à l’actualité, Taylor Sheridan renforce l’impression de continuité entre les deux opus, Sicario : La Guerre des Cartels parait alors tout aussi politique et pessimiste dans son regard sur la lutte américaine contre les cartels et le terrorisme. Sur le plan scénaristique, ce second opus tient la route. Mais est-ce également le cas au niveau de la mise en scène de Stefano Sollima ? S’il est indéniable que le réalisateur n’arrive pas à la cheville de la maîtrise atmosphérique qui s’étend sur toute la filmographie de Denis Villeneuve, de Prisoners (2013) à Blade Runner 2049 (2017), cette suite contient tout de même son lot de moments de tensions nerveux et violents. Ce second opus se dirigeant plus vers la pure série B que le polar atmosphérique. Sicario : La Guerre des Cartels se forme sa propre identité de film d’exploitation tout en marchant dans les pas de la mise en scène de son prédécesseur, au point que certaines scènes ressemblent par moment à une pâle copie de son aîné. Là où certaines suites parviennent parfaitement à utiliser leur matériau d’origine pour se renouveler, ce second opus souffre par endroit d’une forme de redite, pâtissant de l’ombre un peu trop présente de Sicario premier du nom. La musique de ce deuxième film, signée par la collaboratrice du regretté Jóhann Jóhannsson, Hildur Gudnadottir, verse par moments pleinement dans l’hommage à l’excellente bande sonore de son prédécesseur. Le compositeur fétiche de Denis Villeneuve avait cette particularité d’insuffler dans les œuvres du cinéaste un travail démentiel sur la musique, particulièrement remarquable sur Prisoners, Sicario et Premier Contact avec des sons graves et viscéraux qui rendait l’atmosphère du premier opus étouffante. La bande sonore de cette suite est également dans la continuité du travail sonore de Jóhann Jóhannsson, chose que la compositrice revendique pleinement. Tout comme il est difficile de ne pas voir le spectre de Villeneuve planer au-dessus de la mise en scène de cette suite, il est également difficile de ne pas voir celle du compositeur disparu faire, par moment, de l’ombre au travail de sa collaboratrice. Néanmoins, la bande originale de ce second Sicario reste toutefois toute aussi nerveuse et étouffante que son aîné.

Sicario : La Guerre des Cartels est une suite qui était tout à fait dispensable et qui n’apporte rien de véritablement nouveau à l’œuvre d’origine puisqu’elle se suffisait à elle seule. Mais on ne peut que reconnaître à cette suite une continuité plus que réussie sur le plan scénaristique. La fin de ce second opus débouchent sur l’éventualité d’un troisième volet, il y a clairement derrière cette suite une volonté de studio de transformer l’excellent film de Denis Villeneuve en une franchise à succès, ce qui peut laisser un goût assez amer à la fin de la projection. Malgré cette transparence d’un pur produit hollywoodien dont la démarche semble douteuse, Sicario : La Guerre des Cartels est loin d’être le mauvais film que pouvait laisser craindre la démarche industrielle des studios américains. Il s’agit d’une bonne suite, comme il s’en fait rarement à Hollywood, qui marche dans les pas de son prédécesseur, tout en se dirigeant vers un cinéma de série B nerveux et efficace, se forgeant au passage une identité propre et différente du film de Denis Villeneuve. Une suite respectable.

Ce film est interdit aux moins de 12 ans. 



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