Si tu savais…, variation croquignolesque de Cyrano de Bergerac


Synopsis : « Timide et intello, Ellie aide Paul, un jeune sportif adorable mais maladroit, à faire chavirer le cœur d’une élève populaire, mais leur nouvelle et improbable amitié se complique quand Ellie découvre qu’elle aussi a des sentiments pour cette jeune fille. »


Les lumières de la salle de cinéma s’allument, tu te repositionnes sur ton siège pour avoir fière allure parce que la position “je m’installe comme à la maison” ce n’est pas trop ça, et là, ton ami(e) se retourne vers toi et te pose la question fatidique…

Idée originale : reprendre la pièce d’Edmond Rostand, Cyrano de Bergerac, pour la faire découvrir aux teenagers. Sur le mode : “prête-moi ta plume pour que je séduise l’être aimée”, Alice Wu réalise une romance où le Cyrano est une jeune adolescente qui va écrire des poèmes pour Paul, le sportif de l’école afin qu’il séduise Aster, la plus jolie fille du lycée, fiancée à un garçon stupide. Alors pourquoi ne pas tenter sa chance ?

Cyrano de Bergerac dans ce trio Cyrano-Christian et Roxane. Cyrano aussi avec les unités de lieu comme au théâtre : le passage à niveau et cabine de chef de gare du père d’Ellie, le lycée bien entendu, la salle de répétition et le terrain de football américain… entre ces lieux s’écrit l’histoire d’amitié entre Ellie et Paul, notamment sur la route de tous les jours qu’empruntent les deux héros, l’une en vélo, l’autre en courant.

Lors de ces retours du lycée, Ellie et Paul avancent dans les écrits pour que le jeune homme séduise Aster. Mais Ellie ne fait pas qu’écrire, elle explique à Paul comment se faire apprécier par la jeune fille que tout le monde aime, comment l’aborder, comment la comprendre… tout un univers s’ouvre devant Paul et le transformera pour toujours. Mais qu’a à gagner Ellie dans ce pari fou ? Un ami et aussi un peu d’argent puisque si elle fait cela, c’est qu’elle a l’habitude d’écrire les devoirs des autres contre de l’argent. Ces lettres d’amour sont juste une suite logique.

Ellie est aussi motivée dans ces lettres par une rencontre au hasard d’un détour de couloir avec Aster. Un échange autour d’un livre Les Vestiges du jour de Kazuo Ishiguro. Aster serait-elle loin de cette jeune fille superficielle qu’elle semble être. À la différence de Cyrano, l’aide d’Ellie n’est pas motivé par une quelconque ambition amoureuse pour Aster mais pourtant, au fur et à mesure, des échanges via les lettres, puis les murs et enfin les messageries des réseaux sociaux autour de l’art, de la peinture, de la littérature, Ellie porte un regard différent sur la jeune fille que cherche à conquérir Paul. Cette romance se transforme mais tout reste secret à la faveur de l’anonymat que permettent les réseaux sociaux et aussi la possibilité parfois de dire les choses plus simplement alors que dans la vraie vie, la timidité peut tout empêcher.

Si tu savais… s’adresse directement aux jeunes de notre monde moderne avec tact et sans jamais juger : obligation de passer par les réseaux sociaux pour se parler ou tenter de s’approcher, la force de l’apparence, la superficialité du paraître aujourd’hui… mais loin d’être une critique et une satire d’une certaine jeunesse, le scénario d’Alice Wu raconte également une histoire d’amitié entre un garçon et une fille et les questionnements que l’on se pose à l’adolescence.

Avec cette histoire, Alice Wu réussit à parler simplement d’elle, de son adolescence et de la découverte de sa propre homosexualité quand elle était à l’université. Et si habituellement dans ce type de coming out à l’américaine, la souffrance est la règle, même si tout peut bien se terminer (comme dans Love, Simon tout récemment), ici, la sexualité et l’attirance qu’éprouve Ellie pour Aster n’est pas une question existentielle. Elle comprend ce qu’elle éprouve et l’accepte sans sourciller. La jeune adolescente tombe amoureuse au rythme des échanges autour de l’art, de la littérature… tout semble possible et si Paul reste sur le bord de la route, le jeune homme sait qu’il a gagné une amie incroyable en la personne d’Ellie qui le révèle à lui-même. Comment ? Paul, ce sportif maladroit, devient un adolescent motivé, positif et qui, dans une famille où il faut savoir se faire sa place, peut envisager un avenir tourné vers la réussite, vers sa réussite en s’opposant à ses parents… enfin !

Si tu savais… est une histoire simple et belle sans le côté tragique de la pièce de théâtre. Cette petite romance américaine n’a jamais la prétention de vouloir dépasser la dimension héroïque de Cyrano de Bergerac. C’est ce qui fait sa force et réussit à la démarquer du tout-venant habituel par son originalité de l’approche de l’homosexualité et la volonté de s’inscrire dans une déclaration d’amour au théâtre notamment par son découpage en actes avec des citations de grands auteurs… ou presque.

En version originale, Si tu savais… s’intitule par The half of it : “la moitié”. Ce choix peut s’entendre dans toutes les acceptations : la moitié amoureuse, la moitié nécessaire pour être complet ou plus fort face à l’adversité. Enfin si l’histoire fonctionne si bien, c’est que l’alchimie entre le trio de jeunes acteurs fait des merveilles (Leah Lewis en jeune intello épaulant Daniel Diemer, d’une tendresse maladroite, pour conquérir le coeur d’Alexis Lemire, loin du rôle de la simple fille du lycée). Cette sincérité fait de ce petit film, une jolie surprise… dispensable mais adorable.


Disponible sur Netflix

« Cette petite romance américaine n’a jamais la prétention de vouloir dépasser la dimension héroïque de Cyrano de Bergerac. »

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