Scary Stories to Tell in the Dark, un bonbon horrifique old school réjouissant pour petits et grands

Synopsis : « Dans un manoir abandonné, un groupe de jeunes trouve un livre qui raconte des histoires terrifiantes. Mais cette trouvaille n’est pas sans conséquence : la lecture du livre permet à ses effroyables créatures de prendre vie… La petite ville va alors faire face à une vague de morts particulièrement atroces, et chacun devra affronter ses pires peurs pour sauver les habitants et arrêter ce carnage. »


Les lumières de la salle de cinéma s’allument, tu te repositionnes sur ton siège pour avoir fière allure parce que la position “je m’installe comme à la maison” ce n’est pas trop ça, et là, ton ami(e) se retourne vers toi et te pose la question fatidique…

« Produit par Guillermo del Toro ! » Voilà comment a été vendu en grandes pompes le bien nommé Scary Stories to Tell in the Dark. Depuis la dernière cuvée des Oscars, le cinéaste mexicain a le vent en poupe, et ce, même si sa renommée auprès des amateurs de cinéma fantastique ne date pas de février 2019. Le cinéaste mexicain possède nombreux adorateurs, et quelques détracteurs, car existe aucun art ou artiste qui peut plaire à tous et à toutes. S’il est ici autant mis en avant c’est évidemment pour ameuter ce public qui le chéri tant auprès d’une œuvre qui sur le papier n’a pas forcément de quoi attirer. Aucun « grand » nom devant la caméra, ni même derrière la caméra. Difficile même de trouver le nom du réalisateur, et de l’auteur du livre dont le film est l’adaptation, que ce soit sur l’affiche ou la bande-annonce officielle du film. Néanmoins, à la lecture du nom André Øvredal, les puristes ne mettront pas longtemps à faire le rapprochement avec un petit film indépendant qui, il y a quelques années de ça, a su créer autour de lui un très beau bouche-à-oreille. The Troll Hunter, road movie fantastique qui, même si perfectible, possédait la force de démontrer qu’avec quasiment rien, il est évidement possible de faire du cinéma de monstre qui a de la gueule et de belles idées de cinéma. Notamment de mise en scène et d’écriture, afin de ne jamais paraître cheap et d’immerger le spectateur. Le voici de retour, adoubé par monsieur Del Toro et aux commandes d’un film de commande américain. Loin de son pays natal, loin des moyens d’un « petit » film de genre indépendant. Un autre monde s’ouvre à lui, un monde qui a mangé la liberté d’expression et créative de plus d’un talent prometteur.

Si la sortie récente du bien nommé Midsommar a mis une petite claque aller/retour aux amateurs de cinéma d’horreur à la recherche d’innovation et d’une autre manière de faire, il subsiste de la place pour ce cinéma d’horreur à l’ancienne. Ces films qui se réfèrent davantage aux classiques de la Hammer, plus qu’aux grands huit en provenance de la maison des Warren. Si Annabelle, The Conjuring et autre The Nun ou encore The Curse of La Llorona pullulent tels des insectes à la recherche de la moindre source lumineuse, des créateurs persistent afin d’offrir aux spectateurs en demande, quelques belles œuvres horrifiques. Adapté du livre éponyme écrit par Alvin Schwartz‎ (tout du moins d’histoires écrites dans la saga littéraire entre 1981 et 1991), Scary Stories to Tell in the Dark est un film qui porte superbement son nom. Un groupe de jeunes enfants vont mettre la main sur un livre maudit et dont les malédictions vont se transposer du papier à la réalité. Rien de bien transcendant, rien de bien novateur, mais une réelle volonté de revenir aux sources de ces histoires que l’on raconte le soir pour se faire peur. Ne pas chercher l’originalité ou la réinvention de quelque chose, mais simplement aller au bout de son sujet afin d’offrir la meilleure expérience horrifique possible. Prévisible et enchaînant les situations majoritairement téléphonées, ce n’est aucunement son scénario qui va tenir en haleine le spectateur. Néanmoins, on omettra pas l’utilisation du contexte historique et politique dans le scénario afin de critiquer le patriarcat et les répercussions, des agissements de certains au début du XXe siècle directement, sur les générations futures. Tel un Guillermo del Toro avec The Shape of Water, André Øvredal s’impose en tant que conteur d’histoire qui va se servir des moyens offerts par le cinéma pour donner du corps à l’histoire. Créer des personnages, mettre en place un univers et développer une ambiance afin d’immerger le spectateur et donner de la crédibilité à l’ensemble.

The Shape of Water et Scary Stories to Tell in The Dark partagent énormément, au-delà même du fait d’être tous deux des films d’époques. Ce sont des films qui, dès les premières minutes, plongent le spectateur dans des époques retranscrites avec perfection. Il suffit de quelques plans, quelques notes de musique et quelques objets pour donner vie à une époque révolue. Inculquer un background aux personnages principaux alors qu’ils n’ont même pas été montrés à l’image ou n’ont pas dit le moindre mot. Faire un film coûte excessivement cher. Entre les artistes (comédien.ne.s, technicien.ne.s…), les décors, les accessoires, l’équipement caméra et lumière… une heure de tournage coûtent des milliers de dollars pour une production telle que celle-ci. Mais il n’y a rien de plus gratifiant que de voir le budget à l’image. Voir ce même budget utilisé à bon escient, utilisé pour donner du corps à l’histoire et non, simplement filmer ce qui était couché sur le papier. C’est agréable à voir et permet de dérouler par la suite, même si le film est jonché de longueurs et de séquences téléphonées. Ce que possède Scary Stories to Tell in the Dark malheureusement. Il est un film trop long, un film qui s’étire inutilement même s’il le fait toujours pour permettre à chaque conte d’être bien intégré et aux personnages, ainsi qu’à l’histoire dans sa globalité, d’évoluer de manière logique. Si la tension, et l’attention, baissent au fur et à mesure de l’avancé du film c’est également à cause d’une redondance technique.

S’il est visuellement très maîtrisé et agréable à l’œil, car inspiré dans ses cadres (mise en scène efficace), malgré un didactisme voulu afin de rester dans le carcan du divertissement (il demeure un film fantastico/horrifique estival de divertissement) et non de l’essai auteuriste, la manière d’éclairer demeure la même du début à la fin. La même colorimétrie, avec ce orange prononcé qui suggère l’éclairage artificiel et ce bleu vif/clair qui laisse suggérer la nuit. C’est beau, mais on s’en lasse. À l’image de ces sources d’éclairages extradiégétiques blanche très puissantes (toujours puissantes et bien dirigés ces lunes !) qui servent à éclairer les séquences de nuit et d’inculquer cette ambiance horrifique « old school ». Manière de démontrer une nouvelle fois que le film ne se veut pas réaliste, ne cherche pas le réalisme, et que le cinéaste a conscience de mettre en scène un conte. Un conte horrifique hommage aux films de la Hammer, qui rappel sans mal et avec nostalgie, des séries d’époques telles que Les Contes de la Crypte pour ne citer qu’elle. Les codes sont là, de l’écriture des jeunes personnages, jusqu’à la direction d’acteur.rice.s et la manière d’éclairer. C’est respectueux du genre, tout en se permettant d’aller encore plus loin grâce à cette belle production value dont on parle depuis le début de ce papier.

Scary Stories to Tell in the Dark est une gourmandise horrifique qui a de quoi ravir avec plaisir les amateurs du genre entre Midsommar et le retour de Pennywise. Les similitudes avec le premier chapitre de ce dernier sont également très prononcées, donnant par moment une impression de redite, notamment dans la manière d’enchaîner les différents contes. La perversité de Pennywise étant simplement remplacée par un livre. Scary Stories to Tell in the Dark n’en demeure pas moins une belle sucrerie. Une ambiance remarquablement maîtrisée par un cinéaste qui se délecte de jouer avec le spectateur. Jouer avec les nerfs d’un spectateur qui sait… croit savoir… à quel moment il devrait avoir peur. Une belle ambiance, une photographie cohérente et maîtrisée, un jeune casting très convaincant et un bestiaire superbement travaillé. Ces créatures lentes, mais omniprésentes, qui par leurs mouvements saccadés surréalistes vous hypnotisent et vous effraie jusqu’à vous atteindre physiquement. Créatures qui ne sentent pas le numérique, qui sont belles et bien mises en scènes afin de pouvoir hanter les nuits de certain.e.s. Penchant divertissant d’un The Haunting of Hill House, même s’il n’en a pas la maîtrise formelle et l’intelligence dans la mise en scène, Scary Stories to Tell in the Dark convainc avec l’art et la manière même s’il ne devrait pas marquer pas le genre ou l’esprit des spectateurs.


« Scary Stories to Tell in the Dark, ou comment enseigner à nouveau aux plus jeunes la peur au cinéma sans avoir recours à des jump-scare grossiers et putassiers. »


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