Sauvage réalisé par Camille Vidal-Naquet [Sortie de Séances Cinéma]

Synopsis : « Léo, 22 ans, se vend dans la rue pour un peu d’argent. Les hommes défilent. Lui reste là, en quête d’amour. Il ignore de quoi demain sera fait. Il s’élance dans les rues. Son cœur bat fort. »

Les lumières de la salle de cinéma s’allument, tu te repositionnes sur ton siège pour avoir fière allure parce que la position “je m’installe comme à la maison” ce n’est pas trop ça, et là, ton ami(e) se retourne vers toi et te pose la question fatidique…

Attention révélations ! Celle de Félix Maritaud qui se donne corps et âme dans ce premier film que Camille Vidal-Naquet met en scène. Ce dernier quittant ses cours d’analyse filmique pour se révéler pleinement au monde du cinéma après deux courts-métrages. Sauvage est l’histoire d’une errance : celle d’un jeune homme dans les rues de Strasbourg. Un jeune homme qui doit survivre et pour cela, il tapine. Il vend son corps, la scène d’ouverture étant suffisamment explicite pour que l’on comprenne ce qu’attend Léo de la vie. Ou plutôt de sa vie : de l’argent pour vivre de ses expédients que sont la drogue, l’herbe et le sexe facile. Pour son premier long, Camille Vidal-Naquet ne choisit pas l’univers des escort-boys ou des gigolos, il se concentre sur des jeunes hommes prostitués et paumés, dans une ville qui ne veut pas d’eux et qui les a mis à la marge… proche de l’état originel : l’état sauvage.

« Sauvage expose le problème de l’adaptation à une société qui vous rejette et montre comment le monde peut vous faire subir le pire d’une vie que l’on ne souhaitait pas. »

La question que l’on peut se poser est de savoir si Léo est heureux de cette vie ? Est-ce un choix ou sont-ce les accidents de la vie qui l’ont amené sur ce terrain ? Au plus l’intrigue se déroule, au plus on perçoit que Léo est un écorché vif. Un jeune homme qui vit dans la rue parce qu’il y est bien, parce qu’il s’y sent bien. Aime-t-il le sexe ? Il aime l’amour et souhaite l’amour. Surtout celui qu’il lit dans le regard d’Ahd (Eric Bernard). Une bienveillance amoureuse et sensible. Mais pour cela, Ahd doit accepter de l’aimer réellement en retour mais celui-ci cherche autre chose : s’en sortir, avoir un autre métier, une autre vie et surtout il l’affirme sans cesse : il n’est pas gay contrairement à Léo. Ahd fait la pute car il n’a que ça pour le moment mais aspire à une vie meilleure où il ne se cachera plus. Un grand soin a été apporté dans la première réalisation de Camille Vidal-Naquet : en ville, dans les boîtes ou lors de plans culs qui s’offrent aux jeunes hommes, le réalisateur effectue un énorme travail sur le son, les lumières, l’environnement. Bien entendu, les corps sont dénudés, certains sont beaux, d’autres abimés mais à aucun moment, la caméra n’offre la nudité pour un pur plaisir voyeuriste. Chaque scène de sexe est justifiée. Chaque rencontre que vit Léo a une logique pour lui permettre d’avancer et l’amener toujours un peu plus vers sa perte sauf si une lumière arrive. Si Léo se perd dans ces corps, c’est parce qu’il ne peut avoir l’amour d’Ahd. Et quand enfin l’amour s’offre à lui par l’intermédiaire d’un autre tapin (le jeune Mihal joué par Nicolas Dibla) ou d’un homme en transit avant son retour pour une nouvelle vie au Canada (Claude que joue avec justesse et sensibilité Philippe Ohrel), Léo le refuse. Il vit dans la rue, dans les bois comme un être sauvage et s’approche de la civilisation pour certains besoins.

Léo expérimente ses limites (méfiance avec le pianiste) pour savoir qui il est. Savoir et comprendre ce dont il a besoin et finalement accepter la vie qui l’anime. Sauvage n’est pas le titre qui définit un comportement car Félix Maritaud interprète un jeune homme calme et rempli de quiétude. Sauvage est cette idée de retour à la nature, à l’essentiel : la nature humaine. Le jeune Félix Maritaud que l’on a découvert en amant de Nahuel Pérez Biscayart dans 120 Battements par minute, est ici mis en pleine lumière. Débarrassé de toute sa rage, il est ce jeune homme perdu à la recherche de l’amour. Un jeune homme mis en lumière par Camille Vidal-Naquet. Un réalisateur en qui le jeune acteur à une totale confiance pour accepter de se livrer ainsi et donc de se mettre à nu aussi bien physiquement que mentalement. La photographie de Jacques Girault souligne les moments de rencontre : chaleureuse quand le sexe pourrait déboucher sur de l’amour, froide quand ce sexe est dangereux, dingue ou simplement détestable. Le réalisateur qui signe là son premier long et le scénario du film reprend une trame qui l’anime depuis ses deux courts. Filmer des garçons paumés qui doivent faire face à un environnement dur et difficile. Ici dans Sauvage, tout est compliqué pour Léo même si par moment, des éclaircies sont possibles. Saura-t-il seulement les saisir ?

Sauvage expose le problème de l’adaptation à une société qui vous rejette et montre comment le monde peut vous faire subir le pire d’une vie que l’on ne souhaitait pas. En révélant pleinement à la caméra Félix Maritaud, Camille Vidal-Naquet se révèle aussi être un directeur d’acteurs précis et bienveillant. Deux révélations dont les César reparleront qui prouvent que le cinéma français vit encore !

 

Attention, le film est interdit en salles aux moins de 16 ans.


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