Robin Hood réalisé par Otto Bathurst [Sortie de Séance Cinéma]

Synopsis : « Robin de Loxley, combattant aguerri revenu des croisades, et un chef maure prennent la tête d’une audacieuse révolte contre la corruption des institutions. »


Les lumières de la salle de cinéma s’allument, tu te repositionnes sur ton siège pour avoir fière allure parce que la position “je m’installe comme à la maison” ce n’est pas trop ça, et là, ton ami(e) se retourne vers toi et te pose la question fatidique…

Robin Hood et King Arthur. Tous deux sont ce que l’on appelle des “bedtime story heroes”. Ce sont des héros, des figures mythiques et légendaires dont on raconte les épopées aux enfants le soir avant qu’ils ne dorment. Des histoires qui les apaisent, qui reposent leurs yeux et les font rêver. Des histoires qui mettent en avant leurs personnages favoris. Au fur et à mesure de l’évolution des générations, ces héros se sont transformés et sont devenus Batman ou encore Iron Man. Ils représentent la figure du sauveur, de l’aventurier, du héros au grand cœur qui n’est pas dotée de pouvoir, mais chargée d’une responsabilité. Il a des facultés grâce à un élément qui lui permet d’être aussi fort et vaillant (l’arc, l’épée, les gadgets…). Il n’est pas un super héros, ressemble à vous et moi et le jeune enfant peut de cette manière s’identifier à lui, vouloir devenir à son tour protecteur de ceux qu’il aime, protecteur de son peuple.

Un discours que certains pourraient caractérisé comme étant d’une naïveté incroyable, mais comme nous l’enseignent de plus en plus de films aujourd’hui : il faut savoir conserver son âme d’enfant, quelque soi l’âge que nous ayons. Continuons à rêver et continuons à faire rêver nos enfants en racontant par le biais des médias existants, les histoires de héros forts et vaillants qui veulent libérer le peuple. Tel King Arthur l’année passée, c’est au tour de Robin Hood (plus connu sous l’appellation Robin des Bois) d’être à son tour d’être de nouveau adapté. Une nouvelle adaptation afin d’évoluer et de toucher un tout autre public. Chaque génération aura et mérite d’avoir son film King Arthur et son film Robin Hood. Néanmoins, il ne faut pas pour autant se sentir obligé d’adapter une figure légendaire simplement parce qu’il faut le faire ou parce que c’est facile de le faire (production moins laborieuse grâce à une renommée déjà existante et donc un public peut-être plus facile à déplacer dans les salles de cinéma).

Avec cette version 2018, le réalisateur Otto Bathurst et le scénariste Ben Chandler (épaulé par David James Kelly à l’écriture du script) souhaitent ajouter leur pierre à un édifice déjà bien implanté dans la culture populaire. L’histoire qui va vous être contée vous paraîtra familière. Vous croyez connaître le voleur dont il va être question, mais ne cherchez pas la comparaison. Oubliez l’histoire du voleur que vous connaissez déjà. L’histoire n’est pas celle de celui que vous croyez. L’histoire est celle de Robin de Loxley, soldat anglais revenu des croisades et qui va décider, suite aux horreurs vécues pendant la guerre, de mener une révolution contre les institutions. Institution, en voilà un mot intéressant. Un terme extrêmement important qui démontre ne serait-ce qu’au travers du synopsis, la volonté des scénaristes de moderniser la légende de Robin Hood. Si les tenants et aboutissants de l’histoire sont toujours les mêmes afin de coller à la légende connue de tous, le contexte n’est ici néanmoins pas le même.

Les termes employés ont une résonance particulière et les discours tenus par les personnages principaux (Robin de Loxley/Petit Jean d’un côté et le Shérif de Nottingham de l’autre) sont extrêmement forts. Quand l’un veut mener le peuple vers le retour aux droits fondamentaux et à la liberté d’une manière plus générale, l’autre au contraire va corrompre les plus puissants et faibles d’esprit afin d’endiguer la situation et accumuler un pouvoir de plus en plus grand. Et ce, sans parler du traitement du racisme par le prisme de la nouvelle identité et histoire conférée à Petit Jean. Plusieurs arcs narratifs reliés grâce à ce qui sert de séquence de contextualisation au film : les croisades. L’implémentation des croisades au sein de l’histoire est une manière habile, même si peu subtile, d’inclure un propos fort sur la puissance de la religion au Moyen-Âge, mais également d’aujourd’hui. Développer d’une seconde et nouvelle manière (en plus de par la caractérisation du Shérif de Nottigham) la thématique de la propagande et de l’endoctrinement. Dénoncer la puissance dévastatrice et les méfaits des grandes institutions et les injustices sociales réelles par le prisme de l’histoire d’un héros légendaire.

Robin Hood est un conte, une fable ici réinterprétée afin de parler des maux de notre société à un public qui n’en a peut-être pas l’habitude. Ce public étant le grand public et les plus jeunes. Cinéaste à la tête du projet, Otto Bathurst ne se cache pas d’avoir voulu faire un film qui ne respecte aucune continuité historique. Du maquillage aux coiffures, en passant par de nombreux éléments de l’intrigue et sans oublier les costumes, on fait face à quelque chose d’extrêmement moderne. Les personnages sont beaux et élégants en permanence à l’image d’un teen movie qui va chercher à créer des personnages qui peuvent devenir les héros d’une certaine génération. Un parti pris qui plaira ou ne plaira pas, mais qui a tout du moins l’audace d’être présent et d’être assumé. Robin Hood est une relecture moderne jusque dans le moindre des choix cinématographiques qui composent l’œuvre. Un film au rythme effréné, soutenu par des séquences d’action intenses ainsi qu’une bande originale fortement inspirée par les travaux d’artistes tel que M83 et Hans Zimmer. Un film d’action malheureusement d’une banalité affligeante et qui ne sort aucunement du lot à cause d’une direction d’acteurs et d’actrices caricaturale à souhait et d’une cinématographie laborieuse. Si la mise en scène se révèle extrêmement pauvre, enchaînant les simples rencontres entre les personnages entre deux séquences d’action (aucune créativité artistique, mais une simple volonté de faire avancer l’histoire avec logique), c’est avant tout le traitement visuel qui laisse complètement pantois.

Fort d’un budget peut-être pas suffisamment large ou mal dépensé, les décors construits pour le tournage du film semblent néanmoins vraiment beaux. De beaux décors que le spectateur ne fait qu’entre apercevoir à cause d’une réalisation des plus sommaires et d’un découpage d’une violence inouïe. Rail, grue, épaule, crane… la caméra est sans cesse en mouvement, aussi ample ou léger soit-il. Elle suit en permanence les actions réalisées par des personnages toujours au centre du cadre. Aucun véritable travail sur la profondeur de champ de quelconque manière qui soit (focale, mise en scène…). Lorsque l’on fait face à un champ/contre champ utilisant comme seules échelles de plans des plans buste et gros plans où le haut des crânes des interprètes sont scalpés, on en vient à se demander quel est l’intérêt d’utiliser un ratio tel que le 2.39 : 1. Un cadrage beaucoup trop serré qui, au-delà de l’inintérêt esthétique, nuit à la lisibilité de l’action lorsque cette dernière est montée avec une telle frénésie. Cadrage, montage ou encore un éclairage qui manque de finalisation dans le placement des sources de lumière extra-diégétiques (visages plongés dans l’obscurité la plus totale ou éblouis par la lumière par exemple…).Ça manque de créativité, ça manque de finitions, Robin Hood ne reste qu’une machine hollywoodienne sans âme. Une machine dotée d’une réalisation plate et didactique au possible toujours dans la recherche de la transmission de l’énergie de l’action au détriment de la recherche de cadres visuellement beaux et soignés. Aucun “perfect shot” à l’horizon, aucun plan qui ne marquera votre esprit de spectateur.

Oui, Robin Hood est un film d’action hollywoodien qui saura divertir un jeune public à la recherche de séquences toutes plus explosives et spectaculaires les unes que les autres. Un film avec de jeunes acteur.rice.s bien habillés, bien coiffés et élégants en permanence. Une modernisation de la légende intéressante grâce à une histoire habilement remanié, mais aussi audacieux soit-il ce parti pris ne fait pas pour autant de Robin Hood un bon film. Visuellement fade, extrêmement inégal dans sa gestion des éclairages, scènes d’action majoritairement illisibles à cause d’un montage didactique et survitaminé, un cadrage trop serré, une mise en scène extrêmement plate (pas d’utilisation de la profondeur de champ des cadres…)… Robin Hood est un produit hollywoodien aseptisé et qui artistiquement ne vous éblouira pas. Le gâchis d’une modernisation vraiment pas inintéressante et de talents de l’ombre qui, avec certitude, peuvent réaliser un long-métrage créatif et qui nous hérissera les poils. En attendant le jeune public pourrait y trouver son compte, mais il sera bien le seul.

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