Relève (Critique | 2016) réalisé par Thierry Demaizière et Alban Teurlai

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Synopsis : “Avec sa culture américaine, sa jeunesse, sa notoriété et son sens de la communication, Benjamin Millepied est en train de bousculer la prestigieuse institution qu’est l’Opéra National de Paris.
Millepied a choisi ses danseurs dans le corps de ballet. Il n’y aura sur scène ni étoiles, ni premiers danseurs. Il écoute au casque la musique composée par son ami, le jeune Américain Nico Muhly. Il filme avec son téléphone, dans un miroir, ses recherches de mouvements puis les retranscrit dans un cahier.
Son ballet “Lear, Loud, Bright, Forward” va être ainsi pensé, griffonné, esquissé, dansé… Benjamin Millepied a accepté que les réalisateurs Thierry Demaizière et Alban Teurlai le suivent, pas à pas, au cours de son travail créatif, de la conception aux répétitions jusqu’au soir de la première.”

On a l’habitude sur CinéCinéphile de parler cinéma. Lorsque est employé le terme cinéma, l’on parle de fictions, de longs-métrages qui racontent des histoires fictives provenant de l’imaginaire de scénaristes, même si parfois inspirées par des faits réels. Néanmoins, l’on sait que le documentaire possède une place très importante dans le cinéma depuis sa création. Le cinéma de fiction a pendant souvent été inspiré et aidé par les techniques élaborés par le cinéma documentaire et même s’il est aujourd’hui beaucoup moins mis en avant, il reste présent. En ce premier mercredi de rentrée 2016, sortent de nombreux films en salles. Des films français intriguant, voire réussis et qu’il faut voir pour certains, mais également un documentaire tout aussi français et tout aussi de qualité. Diffusé le vendredi 23 décembre 2015 en exclusivité sur Canal Plus, Relève, documentaire réalisé par Thierry Demaizière et Alban Teurlai, sort dans l’indifférence la plus totale dans quelques salles de cinéma français le 07 septembre 2016, et ce, dans sa version longue de deux heures. Une indifférence pas étonnante, mais ne signifiant pas pour autant qu’il faut passer à côté. Bien au contraire, Relève est incontestablement un documentaire de grande qualité démontrant avec force, énergie et conviction que la danse n’est pas un art ringard.

Attiré par l’art en règle général et intrigué par toutes formes d’art, même si certaines s’avèrent plus fortes et intenses pour moi, la danse et plus particulièrement la danse classique n’a jamais été mon fort. Il en va de même pour beaucoup, car c’est un art qui s’est vu affubler au cours des années d’une étiquette le qualifiant d’art ennuyant et vieillot. Et que dire de l’image dont est pourvu la prestigieuse Opéra de Paris. Il est vrai que lorsqu’on pense à de la danse classique, on pense à divers éléments, tels les chaussons utilisés, les pointes effectuées, les costumes moulants qu’utilisent hommes et femmes, mais on ne pense pas au terme modernité. Un terme que l’on accommode un peu comme on le souhaite sans forcément savoir à quoi il correspond vraiment. Chorégraphe et danseur, Benjamin Millepied a décidé de relever le défi et de rendre ses lettres de noblesse à la danse. Créer un ballet qui aurait pour ambition de casser la dynamique tout en en relançant une nouvelle. Faire comprendre aux spectateurs de tous horizons, ainsi qu’aux danseurs et autres chorégraphes enfermés dans un carcan qu’ils devraient partiellement en sortir pour voir le monde évoluer et faire évoluer leur art en conséquence. Tout au long de ses deux heures de durée, Relève, va dévoiler aux spectateurs le travail réalisé par Benjamin Millepied et son équipe (danseurs, techniciens et autres assistants de l’ombre). Un travail dantesque dont les spectateurs vont ressentir par l’image et le son, la fraîcheur, l’humanité et la sympathie qui se dégage du collectif formé pour la création du ballet “Clear, Loud, Bright, Forward“.

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Thierry Demaizière et Alban Teurlai réalisent avec Relève un documentaire frais, dynamique et qui allie avec intelligence l’image au son (ce qui est loin d’être le cas sur les films de fiction paraissant de nos jours). La bande originale, orientée électro et signée Avia – absolument sublime au demeurant – ajoute du dynamisme et sait se faire entendre lorsque cela est nécessaire. Elle n’est pas omniprésente pour autant et sait également très bien se mettre en retrait pour laisser place à l’émotion, à la lenteur et la grâce visuelle des chorégraphies. Visuellement très soigné, les réalisateurs ne cherchent pas à faire une fiction. Ils content une histoire, mais seulement avec les images qu’ils vont capter et non avec l’aide de multiples témoignages. Il y a des témoignages, mais ils sont minimes et c’est bien ainsi. Un choix artistique en cohérence avec le propos du film qui est : la modernisation. Le témoignage dans le cinéma documentaire a une connotation d’ancien temps, d’élément utilisé dans une période révolue. Encore aujourd’hui utilisé, mais essentiellement pour les reportages télés. Aujourd’hui, qui dit modernité, dit dynamisme. Un dynamisme créé par des mouvements présents au sein du cadre, des personnages qui ont quelque chose à montrer ou à expliquer, mais également par le cadrage, la mise en scène qui va passer l’usage du focus, ainsi que le montage et la musique.

Un tout qui va permettre au documentaire d’utiliser tous les éléments que l’on utilise généralement pour une fiction et de paraître aussi immersif, intéressant et percutant que n’importe quel film que le spectateur pourrait voir au cinéma. Grâce à de beaux cadres et à une belle utilisation du focus, les réalisateurs vont capter des regards, des mouvements et émotions. Des éléments qui vont nourrir le film et son histoire, lui permettant de ne pas être qu’un simple reportage suivant Benjamin Millepied et sa troupe. Le montage ni est également pas pour rien, puisque c’est ce dernier qui crée l’histoire et permet au film de trouver son rythme avant de mieux surprendre le spectateur avec des moments plus percutants où la musique viendra prendre le contrôle du récit. Une musique électro du plus bel effet qui emporte le spectateur, toujours en restant en cohérence avec le propos du film et les envies du chorégraphe Benjamin Millepied, omniprésent et central à ce documentaire.


En Conclusion :

Relève est un documentaire on ne peut plus classique dans le fond. Une structure narrative linéaire, allant de l’entraînement de la troupe jusqu’à la représentation. S’appuyant sur cette structure narrative, Thierry Demaizière et Alban Teurlai sortent néanmoins des sentiers battus avec un documentaire humain et moderne. Un documentaire dont la forme coïncide avec le propos et la volonté première de celui dont est dressé le portrait en filigrane. Benjamin Millepied cherche avec le ballet “Clear, Loud, Bright, Forward” a dé-diaboliser la danse classique et à la mettre sur un pied d’égalité avec la danse contemporaine. Donner un souffle moderne à la danse classique. Ce qu’il fait à merveille et ce que le documentaire transmet tout aussi bien par le biais d’une imagerie très soignée, d’un montage maîtrisé et d’une bande sonore impeccable. Bande sonore aussi belle que bien employée. Enfin bref, Relève s’affiche comme la relève du cinéma documentaire, un genre qui lui même avait quelque peu besoin d’un souffle d’air frais et dynamique.

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