Regression (Critique Vidéo | 2016) réalisé par Alejandro Amenabar

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Synopsis : “Minnesota, 1990. L’inspecteur Bruce Kenner enquête sur un crime révoltant dont la jeune Angela accuse son père, John Gray. Lorsque John avoue sa culpabilité de façon tout à fait inattendue et sans garder le moindre souvenir des faits, le docteur Raines, un célèbre psychologue, est appelé à la rescousse. Il va devoir aider John à retrouver la mémoire, mais ce qu’ils vont découvrir cache un terrifiant mystère qui concerne le pays tout entier…”

Sixième réalisation, mais il en reste le film d’Alejandro Amenabar le moins bien accueilli par la critique, ainsi que par les spectateurs. Avec six réalisations en l’espace de vingt ans, le réalisateur espagnol prend, comme qui dirait : bien son temps. Contrairement à certains, il peaufine ses œuvres et ne semble pas choisir ses projets au hasard. La perception et la croyance sont des thèmes qui sont au cœur de ses œuvres et forgent l’identité même de sa filmographie. Il est intéressant de voir de quelle manière ce cinéaste tente de se renouveler de film en film, et ce, tout en conservant la même optique, la même critique sous-jacente. Avec Regression, Alejandro Amenabar revient au récit d’angoisse, genre qui l’avait fait connaître à l’international en 2001 avec le film Les Autres. Néanmoins, l’angoisse développée dans ce film n’est pas la même. Elle ne va pas heurter le spectateur ou chercher à lui faire peur, mais bien heurter psychologiquement le protagoniste.

Véritable thriller, Regression débute dès sa première minute tel un film à enquête lambda. Son protagoniste est rapidement exposé aux spectateurs, sans pour autant expliciter chacun des moments de sa vie passée. Afin de laisser planer une once de suspense. Cependant, l’exposition va être à l’image du film dans son intégralité. Un film aux longueurs et à la lenteur globale, difficilement compréhensible. Là où la lenteur des plans s’avérera intéressante par la suite, la longueur du film quant à elle, ne le sera à aucun moment. Reposant majoritairement sur les clichés du genre, l’histoire de ce film ne va à aucun moment décoller. Jamais le film ne captivera le spectateur de par son histoire prévisible et dont la morale finale a déjà été usée à de nombreuses reprises et de meilleures manières. Basé sur des faits réels, le scénario de ce Regression ne va pas chercher à transcender cette histoire qui va mêler fantastique au réel. Le film possède un scénario qui va uniquement chercher à donner du souffle à un protagoniste obnubilé par son enquête. Protagoniste qui donc, va se donner corps et âme dans une enquête, au détriment de sa vie personnelle et de son état psychologique. Des ressorts scénaristiques utilisés à tort et à travers dans des thrillers américains et internationaux qui paraissent chaque mois au cinéma. Ce ne sont pas les personnages secondaires, simples faire-valoir de l’enquête, qui réussiront à sauver ce scénario convenu et sans originalité.


Cependant, une chose va bel et bien réussir à sauver partiellement ce film. Cette chose n’est autre que son réalisateur : Alejandro Amenabar. Présent en tant que réalisateur, mais également scénariste sur chacun de ses films, Alejandro Amenabar semble démontrer avec ce long-métrage qu’il cherchait avant tout à être un faiseur avant tout. Regression est un film à l’histoire convenue et sans intérêt sur le papier, mais dont l’imagerie va décuplée la force du propos. C’est par le biais de ses choix de réalisation que le cinéaste va effectuer des parallèles et donner aux spectateurs les cartes afin d’aller plus loin que ce que ne laisse croire l’histoire. Effets de montages afin de créer une suspicion ou encore des cadrages similaires sur des bâtiments et personnages pour créer un parallèle. C’est avant tout par le biais d’une caméra en vue subjective à deux reprises, que le cinéaste va chercher à faire croire à l’invraisemblable. Une caméra subjective qui ne sera sans rappeler des plans réalisés à la steadycam, afin de pourvoir à l’image une sensation de flottement dans les airs et décupler l’ambiance fantastique et fantomatique de la scène.

Cependant, en tant que metteur en scène, Alejandro Amenabar réalise des maladresses dans sa direction d’acteur. Il place ses acteurs dans des situations inconfortables, ce qui va donner par moments à un jeu approximatif, notamment de la part d’Emma Watson quine réussi pas à nuancer son jeu et rendre son personnage plus énigmatique – faute également un scénario prévisible ? – mais se rattrape toujours grâce à sa réalisation. Une réalisation soignée qui offre aux plans, pas forcément majeurs, une résonance et un intérêt tout particulier. Une réalisation élégamment mise en avant par une direction artistique de qualité. L’utilisation de lumières artificielles renforcées par un contraste assez appuyé à l’étalonnage renforce l’aspect sombre, fantomatique et de ce fait, religieux du film. Une cohérence non négligeable pour un thriller d’ambiance qui a tendance à renforcer l’aspect paranormal des événements et à leur donner un sens réaliste plus que fantastique.


En Conclusion :

Regression, un film où la technique prime à défaut d’une écriture classique et qui ne fait que ressasser les clichés du genre. Malgré une histoire convenue dont ni la morale finale, ni les dialogues ou la caractérisation manichéenne et prévisible des personnages ne viendront la sauver, cette nouvelle réalisation signée Alejandro Amenabar n’est pas la purge qu’elle aurait pu l’être. Le cinéaste espagnol prouve qu’il est un excellent faiseur et réussit grâce à un sens du cadre à donner une force au film. Aidé par une belle direction artistique, ainsi que par le mixage sonore, il permet au film de reposer sur une ambiance. Ambiance fantomatique et aux accents surnaturels qui viennent enrichir une histoire convenue, mais de ce fait, pas rebutante. Il sauve son propre scénario par son soin du cadre et de l’ambiance. C’est juste, très juste et malgré ce bel effort technique, il est difficile de conseiller l’achat au prix fort de ce film en DVD et Blu-Ray. Cependant, les amateurs du film seront ravis de découvrir les entretiens (avec Alejandro Amenabar et Emma Watson), ainsi que les quelques features pas désagréables. Un contenu léger, mais qui pourra satisfaire quelques spectateurs. A noter la très belle édition DVD qui propose un 5.1 de qualité, ainsi qu’une qualité visuelle véritablement parfaite. Aucun grain ou défaut de saturation à critiquer. Un beau travail afin de découvrir le film, et ce, même en DVD, dans des conditions optimales.

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