Red Sparrow réalisé par Francis Lawrence [Sortie de Séance Cinéma]


Synopsis : « Une jeune ballerine, dont la carrière est brisée nette après une chute, est recrutée contre sa volonté par les services secrets russes. Entraînée à utiliser ses charmes et son corps comme des armes, elle découvre l’ampleur de son nouveau pouvoir et devient rapidement l’un de leurs meilleurs agents. Sa première cible est un agent infiltré de la CIA en Russie. Entre manipulation et séduction, un jeu dangereux s’installe entre eux. »


Les lumières de la salle de cinéma s’allument, tu te repositionnes sur ton siège pour avoir fière allure parce que la position “je m’installe comme à la maison” ce n’est pas trop ça, et là, ton ami(e) se retourne vers toi et te pose la question fatidique…

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De Constantine à Je Suis une Légende en passant par les trois derniers opus de la saga Hunger Games, Francis Lawrence a su se faire un nom dans ce business impitoyable qu’est le système hollywoodien. Réussir à se faire un nom, mais a-t-il pour autant une véritable patte artistique, un simple élément qu’il soit technique ou artistique, permettant aux spectateurs du dimanche comme spécialistes de cet art, de se dire au bout de quelques minutes ou de quelques plans : « ceci est bien un film réalisé par Francis Lawrence ! ». La réponse pourrait tenir en un simple, mais bien spécifique terme : adaptation. La première permet de faire le lien entre tous les films précédemment cités et qui ont fait la réputation du cinéaste. Red Sparrow compris, ce sont toutes des adaptations de romans à succès. Vous l’aurez compris, Francis Lawrence a le profil d’un « Yes Man », d’un homme à tout faire pour des producteurs hollywoodiens qui flairent le succès probable d’une production cinématographique via un roman ou une nouvelle qui a eu son succès en librairie. Néanmoins, Francis Lawrence n’est pas un « tâcheron » pour autant. Ses films ont le défaut d’être impersonnels et de manquer de recherche sur bien des points, afin de marquer les esprits et le cinéma tels certains ont pu le faire, mais, et pour employer un vocabulaire plus courant, ses films font le job. Des longs métrages à gros budget, impersonnels dans le fond et la forme, mais qui divertissent et fonctionnent en tant que tel. Moins de trois ans après la fin de l’aventure Hunger Games, le duo Francis Lawrence et Jennifer Lawrence refait surface pour l’adaptation du roman à succès, écrit par Jason Matthews et publié en 2013.

Adulée ou détestée, mais sur laquelle on est rarement mitigé, Jennifer Lawrence est une actrice sur laquelle on parle et qui ne laisse pas de marbre. Son plus beau rôle jusqu’ici restant son tout premier, tenu dans le film Winter’s Bone. C’était il y a huit ans déjà et depuis, le temps a passé et les projets s’enchaînent sans que ses prestations ne marquent les esprits. Néanmoins, 2017 semblait être l’année du passage au travers du miroir grâce à une prestation intense au sein du non moins intense Mother! (même si oui, on n’a pas aimé ce film) réalisé par Darren Aronofsky. Et ça semble se confirmer grâce à ce nouveau long-métrage dont elle est de tous les plans. The Red Sparrow, dont la traduction littérale n’est autre que Le Moineau Rouge, c’est elle. C’est elle qui est au centre de ce film d’espionnage dont le contexte est ancré, même si pas clairement défini, au sortir de la guerre froide. Elle joue double jeu, joue avec le spectateur et tente de donner du corps et de l’expressivité à son jeu et par déduction, à son personnage. Froide, impartiale et robotique par moment, avant de faire apparaître un sourire, une lueur dans le regard ou toute autre expression empathique à un autre moment. Le spectateur ne sait sur quel pied danser, ne sait s’il est mené en bateau ou non, grâce à cette actrice qui cherche à s’émanciper et à se développer aux yeux de tous, montrant la grande actrice qu’elle peut être. Pour ce film et pour ce rôle en particulier, c’est parfait. Elle porte le film sur ses épaule et donne le ton au travers d’un jeu pouvant être froid ou touchant suivant la phase dans laquelle son personnage se trouve. Si par moment on a tendance à croire qu’elle surjoue, voire « sousjoue » afin de caractériser un moment de jeu qui mise sur le vide et une inexpressivité ne laissant rien paraître, Jennifer Lawrence réussit à faire dire l’inverse très rapidement, relançant de cette manière un récit qui de son bord, est d’une limpidité remarquable.

Usant de techniques de montage très simples, comme le simple fait de continuer une ligne de dialogue ou un monologue en voix over (voix qui passe donc du champ au hors champ NDLR) afin de lier les mots aux images, le récit progresse et se développe tout en conservant une dynamique non négligeable. Le film n’est pas riche en action, il est même assez pauvre à ce niveau, mais ce travail de montage permet de créer l’illusion et de conserver l’attention d’un spectateur qui est dans l’expectation. Red Sparrow est un film d’espionnage au scénario des plus classiques, avec ses dualités, ses rivalités territoriales et ses doubles jeux, tout en conservant comme nœud de chacun des arcs narratifs, sa protagoniste. S’il est parfois confus et semble donner l’impression de se perdre au travers de ses nombreux arcs narratifs, c’est son climax qui va permettre à cette œuvre balbutiante de tenir bon et redevenir aussi stable que possible. Véritable point d’orgue de l’histoire qui va venir donner du sens à toutes les actions et les mots qui ont pu se dire en prévision de. Un scénario qui n’échappe pas à des défauts récurrents au genre. D’un manichéisme américain, à une belle dose de patriotisme sous-jacente, voire bien en surface par moment, en passant par des caractérisations archétypales et sans parler des personnages qui parlent essentiellement anglais avec un accent, mais sensés être russes de naissance. Panel de problèmes auquel on ajoutera un lot d’incohérences minimes, mais pouvant tout de même nuire à l’appréciation du film.

Red Sparrow repose sur un scénario qui est à l’image de l’œuvre dans son intégralité. Œuvre qui oscille entre le superbe (climax surprenant à l’image de certains plans larges qui magnifient les costumes et décors permettant une immersion impeccable) et le fonctionnel à cause d’une mise en scène répétitive (personnages qui se déplacent puis se rencontre avant de recommencer) et d’une réalisation qui peine à se renouveler dans ses compositions de cadres à cause de sa mise en scène (champ/contre champ puis plan large qui réunit tous les personnages dans le même cadre et bis repetita…). L’un ne va pas sans l’autre et si le premier peine, il a toutes les chances d’emporter le second. Red Sparrow est un film d’espionnage haletant, qui possède ses moments de gloire, mais également des failles qui ne lui permettent pas de se hisser au sommet du genre. On le retiendra avant tout pour la prestation de son actrice principale, Jennifer Lawrence qui transcrit l’entièreté du film au travers de son jeu et de son (in)expressivité.

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