Rambo : Last Blood, l’art de découper au cinéma

Synopsis : « Cinquième épisode de la saga Rambo. Vétéran de la Guerre du Vietnam, John Rambo va affronter un cartel mexicain après l’enlèvement de la fille d’un ami. »


Les lumières de la salle de cinéma s’allument, tu te repositionnes sur ton siège pour avoir fière allure parce que la position “je m’installe comme à la maison” ce n’est pas trop ça, et là, ton ami(e) se retourne vers toi et te pose la question fatidique…

Que signifie le terme découpage au cinéma ? Découpage, ou l’art de prévoir en amont quels seront les angles de caméra intéressants afin de mettre en image ce qui, au préalable, a été écrit ou dessiné dans le cadre d’un storyboard. Si tout est un minimum prévu en amont du tournage afin de ne pas perdre de temps, et par conséquent, d’argent, avant le tournage de chaque scène les membres de l’équipe principale se réunissent afin de réaliser un blocking. Une répétition à vide, sous l’œil principalement du réalisateur et du directeur de la photographie, afin que le premier affine sa mise en scène et parle avec le second des angles de caméra qui pourraient être intéressant et pertinents afin de donner à cette même scène, l’ampleur nécessaire tout en prenant compte de l’œuvre dans sa globalité. Bien découper est l’un des aspects les plus importants lors de la pré-production et du tournage. C’est ce qui, par la suite, va dicter la ligne à suivre pour la post-production et plus particulièrement : le montage. Bien découper, c’est déjà lors du tournage, donner une direction pour l’œuvre finale. Didactique, simpliste, créative, originale, expérimentale… Cinquième opus d’une saga aujourd’hui mythique, Rambo : Last Blood est la représentation même du projet aussi craint qu’attendu. Si l’on se réjouit du retour de John Rambo devant la caméra, il est néanmoins difficile de ne pas avoir peur du syndrome du « film de trop ».

Derrière son climax sanglant, John Rambo était un quatrième opus inespéré pour la saga. Un drame introspectif au propos politique d’une rare violence directe. Un propos traité de manière viscérale pour heurter, ne pas contredire la réalité et sombrer dans le pastiche de la fiction purement gratuite et vulgaire. Un film profondément politique, en plus de développer avec intelligence ce personnage tourmenté, pour ne pas dire détruit, par son passé. Comment passer après John Rambo, comment donner une nouvelle identité à la licence après l’épilogue de ce quatrième opus ? C’est à ce dilemme que se confrontent Adrian Grunberg et Matt Cirulnick, respectivement réalisateur et scénariste du film Rambo : Last Blood. Avec un titre en référence au titre iconique du premier film, difficile pour le spectateur de ne pas se faire son propre film sans même avoir vu ce dernier. Malheureusement, si Rambo : Last Blood n’est pas la purge déclamée par de nombreux journalistes notamment américains, il n’est également en rien un épisode qui marquera l’histoire d’un personnage qui définitivement semble ne plus avoir sa place dans une industrie et une époque telle que la nôtre.

Rambo : Last Blood porte les stigmates du film voulu purement et simplement par attachement envers le personnage (dans le cadre de Sylvester Stallone), ainsi que vers une licence dont la renommée n’est plus à faire. Surfer sur un nom, une notoriété, alors que fondamentalement, John Rambo remplissait parfaitement le cahier des charges d’un épilogue moderne aussi jubilatoire que profondément pertinent. Si Rambo premier du nom et John Rambo étaient des films dont les fondamentaux reposaient sur la recherche d’une forme d’apaisement pour un personnage qui doit faire face aux fêlures psychologiques causées par la guerre (ce fameux PTSD), Rambo: Last Blood décide de prendre le pas inverse. Ces soldats meurtris par les ravages de la guerre ne peuvent être complètement sauvés. Ils ne redeviendront jamais normaux, ne pourront jamais vivre une vie saine parce qu’à chaque moment où la vie mettra un obstacle sur leur chemin, ils retomberont dans les travers d’une folie passagère ou non. Si cette direction peut être caractérisée comme opportuniste, car c’est fondamentalement le meilleur moyen pour relancer la franchise sans avoir à trop réfléchir, elle est également extrêmement logique et naturelle vis-à-vis du personnage. John Rambo est ce qu’il est. Il est un personnage traumatisé par son passé de soldat, mais également par tous les événements racontés dans les films. Une accumulation d’événements traumatisants et sanglants qui ont fait de lui une machine capable de tout. Si elle n’est pas des plus originales, l’histoire que nous conte Rambo: Last Blood a le mérite d’être finalement logique et respectueuse de l’état psychologique dans lequel se doit d’être le personnage à ce moment-là. Que ce soit dans les réactions du personnage, dans sa manière d’être et de vivre, le scénario propose quelques idées bienvenues qui donnent du corps au personnage.

Le réel problème du scénario et du film de manière plus globale repose dans cette manière incessante et inexplicable de vouloir tout expédier. Chaque plan, chaque séquence, chaque personnage, chaque réaction… à aucun moment le film ne se pose afin de prendre le temps d’appuyer sur un élément qui serait fondamental. Difficile, pour ne pas dire impossible, de développer une once d’émotion ou d’affection envers les personnages. Alors qu’il possède réellement de la matière. Si le cartel rival n’est qu’une représentation de chair à canon pour les différentes séquences d’action du film et une réelle facilité scénaristique afin de sortir John Rambo de sa sérénité retrouvée, les trois personnages féminins incarnés par Yvette Monreal, Adriana Barraza et Paz Vega ont des choses à dire. Elles sont intéressantes, car représentent quelque chose pour John Rambo, pour celui auquel le spectateur est attaché émotionnellement depuis cinq films. Il est un personnage pour lequel le genre masculin représente une certaine toxicité qui peut le pousser à faire resurgir cette bête qu’il s’efforce de contenir. Seules les femmes arrivent à le comprendre, à apaiser la bête humaine qu’il est. Dommage de ne pas donner à ces personnages féminins la place qui leur revient de droit et qu’elles méritent, car elles sont tout pour ce personnage que l’on aime. Elles deviennent des faire-valoir alors qu’elles sont réellement bien plus.

Vouloir aller vite par le prisme d’une narration hautement didactique et consensuelle, ainsi que du montage pour développer formellement une certaine fureur, un feu intérieur représentatif de celui qui brûle à l’intérieur de John Rambo. Ce qui fonctionne superbement pour les différentes scènes d’action, mais ampute émotionnellement toutes les autres scènes du film où il va être question de raconter et développer l’histoire. S’il est difficile de dire si le scénario est à blâmer là-dessus (tant il y a eu d’étapes de réécriture par la suite), il est néanmoins simple de constater le manque de recherche créative dans le montage. Un montage qui enchaîne les plans un à un afin de raconter une histoire qui aurait un début, un milieu et une fin. Didactique, conventionnel et consensuel. Un montage impersonnel, sans âme ni envie de bien faire afin que l’histoire et les personnages puissent simplement vivre et ne pas être que des pantins désarticulés et déshumanisés. Ça manque de vie, ça manque de moments de pause, ça manque d’émotion et de sincérité. Un montage consensuel de film d’exploitation et de série B qui ne fait pas hommage à la licence, mais qui malheureusement va dans le sens du découpage mis en place par le réalisateur et son directeur de la photographie.

Plan large, champ puis contre champ avec un montage qui ne prend jamais le temps de placer des plans d’écoute et se concentre sur le personnage qui parle ou qui agit. S’il est difficile de juger si le réalisateur et son directeur de la photographie sont de bons techniciens, il est facile de constater qu’ils ne se donnent pas les moyens de bien faire les choses. C’est fade et impersonnel au possible à l’image d’un exercice réalisé exactement comme le professeur avait demandé à ce que ça soit fait. Ce n’est donc pas mal exécuté, mais ce n’est pas marquant ou intéressant que ce soit pour le spectateur pour le film en lui-même. L’expérience cinématographique en pâtit, ainsi que les personnages qui se retrouvent filmés comme des personnages lambda. Bien définir son découpage c’est caractériser par le visuel l’état émotionnel et la stature de chaque personnage à chacun des moments de l’histoire. Permettre d’aller au-delà de ce qui est écrit dans le scénario par le travail visuel (mise en scène + direction de la photographie). Un simple dialogue en face à face ne va pas avoir la même signification s’il est filmé de côté avec les deux personnages dans le même cadre ou s’il est filmé en champ/contre champ avec en guise de séparation, un personnage par cadre et peut-être une amorce de l’interlocuteur. Ce que faisait superbement Sylvester Stallone dans John Rambo, mettant en scène à de nombreux moments son personnage désabusé seul à la barre de son bateau alors que les Américains qu’il conduisait dialoguaient entre eux hors champ. Des plans qui paraissent anecdotiques sur le papier, mais qui ont une importance considérable tant pour le développement de l’histoire que pour le film dans sa globalité, car ça démontre cette envie de donner du corps et une humanité à chacun des personnages. Ne pas être qu’un simple film d’action ou d’exploitation, même s’il n’y a dans certains cas rien de mal à n’être que cela.

Bien travailler son découpage c’est donner de l’importance à ces personnages, créer de beaux moments au sein de son film pour impliquer émotionnellement et physiquement le spectateur, mais également donner à son film une ampleur tout autre que celle d’un simple film d’exploitation bourrin et manichéen. Rambo: Last Blood est un film qui pâtit d’un découpage affreusement banal et didactique. C’est fade, impersonnel et dénué d’impact émotionnel contrairement à son aîné. Néanmoins et malgré tout cela, il n’en demeure pas moins une série b jubilatoire qui respecte la mythologie et son personnage principal dans les grandes lignes. Une fois n’est pas coutume, Rambo: Last Blood est un film qui gagne en intérêt grâce à la mise en image de la violence dont est capable le personnage. Le faire sortir de ses gonds suite à un nouvel événement traumatisant. Âmes sensibles s’abstenir, Rambo: Last Blood est un film extrêmement violent et heureusement. Heureusement, car c’est en cette violence montrer de manière crue et frontale qu’il trouve le moyen parfait pour développer cette rage qui ronge le personnage. Il est prêt à tout, capable de tout et on nous le montre sans détournement. Porté par une bande originale -pas toujours bien exploitée- aux compositions puissantes qui oscillent entre émotion et action, mais également entre nostalgie et modernité, les scènes d’action représentent le souffle épique et traumatique que tout film estampillé Rambo se doit de posséder.

Rambo: Last Blood est un film qui possède de nombreux défauts, un film d’exploitation tout droit sorti des années ’80 qui aurait pu être bien plus. Il y avait matière à être original, créatif, ambitieux et audacieux, notamment dans l’exploitation des tunnels au travers de la mise en scène (ce que le film ne fait presque jamais). Un film qui cherche à en faire trop alors qu’il aurait pu trouver en resserrant son concept, l’idée artistique qui lui aurait permis d’être bien plus grand. Multiples reports et problèmes de productions ont fait que les producteurs ont certainement préférés la sagesse consensuelle au détriment de qualités artistiques et/ou esthétiques. Un découpage laborieux, un montage à s’en arracher les yeux et des dialogues qui nous font frôler la tachycardie, mais une série b qui trouve un second souffle dans son exploitation de la furie de son personnage. Un film d’action viscéral et à la violence frontale qui en dérangera certainement plus d’un. Un divertissement fondamentalement jubilatoire et plaisant -le moins bon épisode de la saga cependant- qui possède son nombre de bonnes idées peu ou pas exploités, mais qui n’est donc pas le ramassis de merde bien trop décrié. « »


« Affublé d’un découpage et d’un montage calamiteux, Rambo: Last Blood demeure un film d’action qui trouve son second souffle dans l’exploitation de la furie viscérale et barbare du personnage mythique. »


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