Rakka – Le début d’une grande aventure pour Neill Blomkamp et Oats Studios

Neill Blomkamp, ce réalisateur de grand talent auquel on a coupé les ailes. Reconnu en 2005 avec le court-métrage Alive in Joburg qui donnera par la suite un certain District 9, Neill Blomkamp a très rapidement été consacré par ses pères comme les amateurs. En moins de 10 ans, il est passé de l’ombre à la lumière, au petit cinéphile inventif au futur grand maître de la science-fiction. Attendu au tournant film après film alors que sa filmographie ne comptait qu’en ce temps qu’une seule réalisation (nous sommes en 2013, quatre ans après la sortie évènementielle de District 9), Neill Blomkamp a rapidement déchanté. Même si non dénués de défauts, ses films n’atteignaient pas le niveau attendu par certains spectateurs, par certains journalistes internationaux ou même producteurs. Les chiffres n’étaient pas au beau fixe et de plus en plus coûteux, les films étaient rentables sans pour autant dépasser les 280 millions de dollars de recettes à l’international. Assez faible pour du blockbuster moderne vis-à-vis de la concurrence. Dans une industrie où tout doit aller vite et où les studios privilégient la quantité à la qualité, Neill Blomkamp ne semblait plus avoir sa place. Il fait partie des rares qui ont une vision du cinéma, qui produisent un cinéma qui leur est propre.

Il serait dommage de le voir à la tête d’un énième blockbuster insipide pouvant être réalisé par n’importe quel “Yes Man” malléable par l’industrie hollywoodienne. Et si le voir à la tête d’un projet d’envergure tel que Alien 5 était sur le papier excitant, c’est simplement parce qu’il représentait et représente toujours le futur du cinéma de science-fiction. Là où le style Ridley Scott appartient au passé. Poussé vers la sortie par ce dernier, Neill Blomkamp met en retrait Alien 5 et nous revient avec un projet encore plus excitant. Un projet qui nous donne envie et nous prouve qu’il a également toujours en lui cette envie de créer et de partager. “L’on n’est jamais mieux servi que par soi-même.” Neill Blomkamp met en marche cet adage qui n’aura jamais été aussi véridique. Dévoilé il y a quelques semaines, Neill Blomkamp se sert de sa renommée pour porter le projet mené par Oats Studio. Avec Oats Studio, le cinéaste et son équipe ont pour envie de réaliser des courts-métrages expérimentaux qui seront par la suite proposés en streaming sur YouTube et Steam. Pas étonnant de voir ce partenariat avec la plateforme Steam qui pour rappel, prône l’indépendance notamment dans le monde du jeu vidéo. Neill Blomkamp fait un beau doigt d’honneur à l’industrie et s’en détache afin de mettre sur pied les projets qui lui, ou plutôt, leurs font envie.

Avec Rakka, Oats Studios dévoilent un premier court-métrage aussi ambitieux qu’expérimental. Un court-métrage qui condense tout ce qui faisait le charme d’un film réalisé par Neill Blomkamp. Tant dans la direction artistique, que dans la mise en scène ou encore l’écriture. Si l’on retrouve des éléments propres aux films Elysium et Chappie dans quelques effets de styles (utilisation de ralenti…), c’est avant tout District 9 que l’on retrouve avec plaisir au travers de ce Rakka. Neill Blomkamp prend le pendant de District 9 et cherche cette fois à humaniser la race humaine. Ravagés par une une race alien qui cherchent à prendre le contrôle de la Terre dans son entièreté, les humains vont devoir puiser au fond d’eux même la force de combattre et de survivre. Co-écrit par Neill Blomkamp et Thomas Sweterlitsch, Rakka repousse les limites de la dystopie pour mettre l’être humain face à ce qu’il y a de pire. À savoir lui-même et sa faculté à garder le mental pour faire face à n’importe quoi. Sombre, violent et viscéral grâce à un montage qui ne cherche pas à créer de fil rouge narratif, mais à poser les bases d’un univers, Rakka ne perd jamais en tension. Bien au contraire, plus le film avance, plus il gagne en force, en dureté. Gérés par l’équipe de SFX de Oats Studios, les effets spéciaux sont superbes et renforcent l’immersion du spectateur. Un travail impressionnant sur les textures donnant aux extraterrestres une rugosité, un réalisme incroyable. Sans omettre l’empathie que tente encore et toujours de créer Neill Blomkamp par sa mise en scène, envers ces extraterrestres même s’ils sont présentés telles de véritables créatures sanguinaires prêtes à tout pour arriver à leurs fins. Un Neill Blomkamp inspiré, allant jusqu’à donner à des effets de styles visuels (regards caméra, travelling compensé…) une signification particulière dans le scénario.

Et si Oats Studios était la meilleure idée que puisse avoir Neill Blomkamp pour mettre sur pied les projets de ses rêves. Des projets si ambitieux, si originaux, qu’ils n’auraient très certainement pas été validés en l’état par des producteurs et maisons de production. Même si l’objectif est d’atteindre le grand écran, telle la cerise sur le gâteau, la liberté offerte par le streaming et internet est pour le moment ce qui est arrivé de mieux au cinéaste sud-africain. Il délivre avec l’équipe de Oats Studios un premier court-métrage ambitieux et de grande qualité, tant technique que scénaristique (le scénario n’a ici pas été analysé en long, en large et en travers pour vous laisser découvrir les quelques belles idées dont regorge ce film de courte durée). Neill Blomkamp peut faire ce qu’il veut et réaliser le cinéma d’anticipation auteuriste qu’il souhaite par le biais de Oats Studios. Dynamique, organique et viscéral, Rakka nous le prouve et nous donne qu’une envie : découvrir le Volume 2.

Vous pouvez soutenir Oats Studios à hauteur de 4.99€ via Steam en achetant un Assets de Rakka qui comprend : Concept Art, Scripts, 3D Models…

Commentaires Facebook

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *