Radioactive, quand Marjane Satrapi transcende le biopic académique


Synopsis : « Paris, fin du 19e siècle. Marie est une scientifique passionnée, qui a du mal à imposer ses idées et découvertes au sein d’une société dominée par les hommes. Avec Pierre Curie, un scientifique tout aussi chevronné, qui deviendra son époux, ils mènent leurs recherches sur la radioactivité et finissent par découvrir deux nouveaux éléments : le radium et le polonium. Cette découverte majeure leur vaut le prix Nobel et une renommée internationale. Mais après un tragique accident, Marie doit continuer ses recherches seule et faire face aux conséquences de ses découvertes sur le monde moderne… »


Les lumières de la salle de cinéma s’allument, tu te repositionnes sur ton siège pour avoir fière allure parce que la position “je m’installe comme à la maison” ce n’est pas trop ça, et là, ton ami(e) se retourne vers toi et te pose la question fatidique…

Adaptation du roman graphique de Lauren RednissRadioactive : A Tale of Love and Fallout, le nouveau film de Marjane Satrapi est un biopic avec l’ambition de retracer l’histoire de Marie Curie, sa découverte de la radioactivité et ses impacts sur l’Histoire, de Hiroshima à Tchernobyl, dans un récit qui multiplie les allers-retours entre différentes périodes de notre Histoire. Une forme de récit propre au médium du roman graphique dans sa densité narrative et visuelle, un véritable défi de transposition qui s’imposait au talentueux scénariste et dramaturge britannique Jack Thorne, habitué au format sériel. Il est le scénariste de séries telles que Skins (Jamie BrittainBryan Elsley, 2007), This in England (Shane Meadows, 2010), The Virtues (Shane Meadows, 2019) ou encore la très attendue The Eddy (Damien Chazelle, 2020), prochainement sur Netflix. Pour porter à l’écran cette adaptation d’un roman graphique ambitieux, le producteur Paul Webster pense immédiatement à la cinéaste Marjane Satrapi, principalement connue pour son somptueux film d’animation Persepolis (2007), brillamment adapté de sa propre bande-dessinée autobiographique paru en 2000.

Un biopic sur une grande figure scientifique féminine, par une cinéaste dont le nom paraît une évidence, écrit par un scénariste talentueux. Tout est réuni pour faire de Radioactive un grand biopic sur Marie Curie. Mais ce n’est malheureusement pas aussi simple. L’écriture de Jack Thorne, aussi ambitieuse soit-elle dans sa volonté de dresser à la fois un grand portrait de femme et un grand film historique, étouffe par sa densité et son ambition de vouloir brasser énormément de thématiques. Le récit de Radioactive est symptomatique de sa densité propre à l’écriture sérielle à laquelle est habitué le scénariste. Le film condense en 1h50 un récit dont la narration s’étale sur plusieurs années, enchaînant les ellipses entre plusieurs périodes emblématiques de l’Histoire, le montage alterné faisant un parallèle entre la découverte de la radioactivité par Marie Curie et ce qu’elle engendrera de meilleur (la guérison du cancer) et de pire (la bombe nucléaire). Un récit dont l’ambition narrative aurait plus trouvé sa force dans le format sérielle que cinématographique, le long-métrage ne transcendant presque jamais la densité narrative du roman graphique.

Si le scénario de Jack Thorne paraît peu inspiré, plus occupé à retranscrire les tourments amoureux de son personnage et sa mégalomanie que la grande figure scientifique qu’elle représente dans notre Histoire, Marjane Satrapi parvient à insuffler à ce biopic très académique de pures idées plastiques lorsqu’il s’agit de traiter la radioactivité en tant qu’atome, particule qui traverse le temps et évolue sous plusieurs formes. Issu du dessin et de l’animation, la cinéaste utilise son savoir-faire pour offrir à Radioactive des fulgurances visuelles tous droits sortis de l’esthétique du roman graphique qui est familière à la cinéaste.À travers de pures séquences d’animations se dégage une véritable poésie qui insuffle quelque chose d’organique et de palpable à cette histoire de radioactivité.

Radioactive fascine lorsque le film évoque la science comme une matière destructrice, terrassant une ville fictive remplie de mannequins lors des essais de la bombe nucléaire dans les années 1960 ou un quartier d’Hiroshima dans les années 1940. Le montage construit un parallèle assez habile entre la vie scientifique de Marie Curie et ses traumas personnelles, Marjane Satrapi mettant en scène les souvenirs de son personnage avec une esthétique colorée, presque surréaliste, insufflant un ton plus onirique lorsque son personnage déambule à l’intérieur de sa propre psyché, traversant des portes qui ouvrent sur l’impact de sa découverte sur sa vie et sur les années à venir. 

Radioactive devient soudainement un beau portrait de femme, porté par une Rosamund Pike forte et touchante, transcendé par des idées plastiques sidérantes, à défaut d’une écriture trop académique qui remplit sagement le cahier des charges du biopic conventionnel. 


« Malgré un scénario peu inspiré lorsqu’il traite des tourments de son personnage féminin, Marjane Satrapi parvient à insuffler à son Radioactive une belle identité visuelle, à travers des fulgurances plastiques sidérantes de beauté »


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