Pupille réalisé par Jeanne Herry [Sortie de Séance Cinéma]

Synopsis : « Théo est remis à l’adoption par sa mère biologique le jour de sa naissance. C’est un accouchement sous X. La mère à deux mois pour revenir sur sa décision…ou pas. Les services de l’aide sociale à l’enfance et le service adoption se mettent en mouvement. Les uns doivent s’occuper du bébé, le porter (au sens plein du terme) dans ce temps suspendu, cette phase d’incertitude. Les autres doivent trouver celle qui deviendra sa mère adoptante. Elle s’appelle Alice et cela fait dix ans qu’elle se bat pour avoir un enfant. PUPILLE est l’histoire de la rencontre entre Alice, 41 ans, et Théo, trois mois. »


Les lumières de la salle de cinéma s’allument, tu te repositionnes sur ton siège pour avoir fière allure parce que la position “je m’installe comme à la maison” ce n’est pas trop ça, et là, ton ami(e) se retourne vers toi et te pose la question fatidique…

Jeanne Herry revient au cinéma pour un second film autour de l’adoption, après avoir été l’auteure d’une surprenante première oeuvre comédie noire : Elle l’adore. Centrée sur une femme qui cachait le corps d’une victime par adoration pour un chanteur, la réalisatrice imaginait Sandrine Kiberlain en fan de Laurent Lafitte. Et dans cette comédie policière noire, l’actrice était exceptionnelle et il n’était pas rare de voir l’ombre du père de Jeanne Herry planer sur ce chanteur ayant commis involontairement l’irréparable. Est-il besoin de rappeler que Jeanne est la fille de Julien Clerc et Miou-Miou ? Oui car dans son second film, elle rend hommage au talent de sa mère. Elle lui confie un petit rôle essentiel, la directrice des services de l’adoption qui part à la retraite : un passage de témoin véritable avec sa fille.

Pour son nouveau long métrage, Jeanne Herry a donc choisi un sujet peu évoqué : l’adoption des enfants nés sous X. Cependant, elle ne décide pas de suivre le parcours d’une famille qui cherche à adopter, mais celui de l’enfant : de sa naissance à la rencontre avec sa mère adoptante. Le film ose aborder le thème délicat des familles monoparentales puisque le petit Théo va rejoindre les bras de la jeune Alice. Passée par tous les stades : en couple avec des difficultés pour avoir des enfants, au couple marié puis qui se sépare, qui doit reprendre toute la procédure à zéro pour finalement avoir possibilité d’être une mère isolée adoptante.

La rencontre entre le petit Théo et Alice, interprétée par Élodie Bouchez, est un des passages les plus émouvants du film. Pourtant, pas de pathos, ni de larmes excessives. Le film réserve des moments de joie, de sourire et de rire même. Et parfois, l’émotion affleure autour d’une scène, d’un regard, d’une parole, d’un geste. Jeanne Herry prend ici le contre-pied de l’humour noir et glaçant d’Elle l’adore pour proposer un humour tendre et doux. En seulement, deux films, la réalisatrice montre sa capacité à tordre l’idée que l’on enferme un réalisateur dans des cases. Elle décide de tracer son parcours selon ses envies. Après le show-business, Jeanne Herry a écouté les histoires qu’on lui racontait pour se concentrer sur l’humain. Et c’est ce parcours de l’adoption de la naissance sous X et l’abandon à la recherche du parent pour un bébé et non d’un bébé pour des parents en manque. Un parti pris choisi pour expliquer le rôle des travailleurs sociaux et des services de l’adoption. Des tâches difficiles car l’humain prime : comment échanger avec une mère qui ne veut pas de son enfant ? Comment trouver celui ou celle qui va accueillir le nourrisson durant les deux premiers mois de sa vie avant de le confier à sa famille ? Quelle trace laisse le passage d’un enfant chez les assistants familiaux ? Comment les services de l’adoption proposent les parents qui sauront accueillir et recueillir l’enfant ?

Jeanne Herry ne cache rien, montre tout : les doutes, les angoisses, les peines, les affrontements et les engueulades des adultes pour qu’une petite vie puisse rencontrer sa famille. Une famille qui saura le faire grandir et le faire évoluer. Pour se faire, il faut que le spectateur voit, non pas des acteurs qui jouent, mais des acteurs qui s’effacent derrière leurs personnages. Ainsi la magie opère. Le casting qu’a réuni Jeanne Herry est d’une qualité incroyable. Chacun est à sa place. Tous interprètent leur rôle avec justesse. La bonne personne au bon moment. On observe des humains qui n’ont qu’une envie : faire battre le coeur d’un petit bonhomme plus fort malgré tous leurs problèmes rencontrés personnellement par les personnages. C’est magnifique, magnétique et envoûtant.

Pupille est l’histoire simple du parcours de début de vie. Un petit bout qui rencontre sur sa route des “bonnes fées”. Au premier rang desquelles on retrouve Sandrine Kiberlain, l’héroïne d’Elle l’adore, le premier long de la réalisatrice. Puis Élodie Bouchez, trop rare au cinéma, au point que le film nous permet de la redécouvrir. Et aussi Gilles Lellouche, l’homme du moment. Il est cette montagne d’amour qui assiste l’enfant dans ses premiers pas avec une délicatesse et une tendresse inattendues au point même que l’on a envie de le prendre dans nos bras à la fin du film. Et autour de ce trio dont la magie opère quand ils se rencontrent, d’autres acteurs gravitent. Ils font leur métier et essaye de trouver des réponses, des solutions, le meilleur pour ce petit bonhomme. La douceur de Miou-Miou, la force d’Olivia Côte et enfin la froideur de Clotilde Mollet qui agit comme un robot mais pour son propre bien-être. Pupille est un film doux et tendre. Il pose la question de l’adoption sans jamais incriminer la mère qui ne veut pas de son enfant. Sans jamais émettre une opinion sur les types de familles en France. Un film qui ne juge jamais car l’humain est au centre de l’histoire. L’humain est plus fort que tout.


« Jeanne Herry ne cache rien, montre tout : les doutes, les angoisses, les peines, les affrontements et les engueulades des adultes pour qu’une petite vie puisse rencontrer sa famille. »


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