Play, nostalgie et romantisme en vidéo cassettes


Synopsis : « En 1993, Max a 13 ans quand on lui offre sa première caméra. Pendant 25 ans il ne s’arrêtera pas de filmer. La bande de potes, les amours, les succès, les échecs. Des années 90 aux années 2010, c’est le portrait de toute une génération qui se dessine à travers son objectif. »


Les lumières de la salle de cinéma s’allument, tu te repositionnes sur ton siège pour avoir fière allure parce que la position “je m’installe comme à la maison” ce n’est pas trop ça, et là, ton ami(e) se retourne vers toi et te pose la question fatidique…

Anthony Marciano est un réalisateur de comédie française. Il a connu le succès et le lourd échec. Dans son premier film, Les gamins, il créait un duo iconique et culte : Alain Chabat et Max Boublil. Pour faire suite à ce succès, le réalisateur décide de revisiter le film d’époque avec un personnage mythique : Robin des Bois. Toujours avec Max Boublil et avec la crème du casting de la comédie française (Géraldine Nakache, Gérard Darmon, Patrick Timsit, Ary Abittan ou encore Malik Bentalha). Et là c’est le drame ! La comédie vire au carnage : l’humour est trop souvent absent… on rit peu, c’est “beauf” et même vulgaire. En décidant de réécrire l’histoire de Robin des Bois devenu un roublard, peureux et sans morale, le scénario inventif ne décolle pas des blagues lourdingues et manque de subtilité.

Il faut reconnaître pourtant deux choses à cette version : si l’idée de base est excellente, elle montre aussi que Max Boublil est devenu l’humoriste qu’il faut adorer détester. Cet air d’éternel adolescent qui semble n’en avoir rien à faire du monde qui l’entoure et de sa carrière, est fatal à son avancée au point qu’entre 2014 et 2019, sa carrière est un peu au point mort… il en est de même pour Anthony Marciano. Il faut donc attendre l’année 2019 pour qu’ils préparent ensemble un nouveau film au concept vu et revu : la mise au point sur sa vie à un moment charnière.

Concept vu et revu certes mais assez malin puisque la mise au point se fait via des images filmées avec les caméras à cassettes des années 1990. Max doit faire le plus grand choix de sa vie et décide de regarder tout ce qu’il a en bobines depuis ses 13 ans pour réaliser le film de sa vie et comprendre enfin le final qu’il doit lui apporter : la direction à suivre pour mener son existence vers l’amour véritable. Là où le scénario est malin, c’est qu’Anthony Marciano et Max Boublil décident de ne pas rester focalisés sur le héros pour écrire l’histoire de cette bande des quatre dont les connexions sont multiples et indispensables. Et magie : aucun n’est mis de côté, chacun a son arc narratif bien défini avec une ligne claire et la mère de Max jouée avec nuance par Noémie Lvovsky, définitivement indispensable au cinéma français, est le phare du quatuor.

Et si l’autre force du film résidait en l’absence de Max Boublil finalement. Comme il est souvent celui qui tient la caméra, il est certes présent mais pas toujours à l’image ou de façon décalée et drôle… C’est là qu’il arrive à faire exister ses deux potes Mathias et Arnaud et surtout Emma. Son gang est à son image : drôle, équilibré, différent et complémentaire au point de créer cette unité réelle. Ces potes toujours là pour se soutenir malgré tout. Reste le choix cinématographique : le found-footage. Avec Play, le réalisateur français renouvelle le genre. Il choisit de quitter le cinéma d’horreur pour un cinéma romantique, drôle et aussi mélancolique.

La mélancolie est provoquée par une revisite de 20 années de musique : Alanis Morrisette, Jamiroquai, Demon ou encore Suprême NTM, Oasis et même Hélène Rolles : inédit et inouï ! Les morceaux s’enchaînent avec une force inouïe pour rappeler en chacun de nous un souvenir. Parce que Play a aussi cette particularité : être un film universel. Que l’on soit beau ou moche, hétéro ou homo, bon ou mauvais élève, l’histoire parlera à tout le monde. Sans se reconnaître dans un personnage en particulier, chaque situation est suffisamment habituelle pour que l’on s’accroche au quatuor. Chacune des péripéties car c’est bien de cela qu’il s’agit… chaque petit moment de vie est une péripétie vécue à l’échelle du personnage : insurmontable, compliquée et finalement avec l’aide des autres, tout s’arrange… ou presque.

Presque car les histoires de coeur semblent être la faiblesse de Max alors qu’elles sont la force des personnages qui l’entourent. Le héros est celui qui ne comprend pas ou ne veut pas comprendre que l’amour est là devant lui. On comprend très vite qu’avec Emma, ils forment le couple phare du film et il faudra bien toutes les vidéos pour enfin les réunir. On a déjà vu ce romantisme des milliers de fois au cinéma et pourtant ça fonctionne. En introduisant un minimum d’amour dans un scénario potache, l’alchimie parfaite est possible car si les blagues fusent (après tout quand on débute l’histoire, on démarre à l’année des 13 ans de Max) malgré leur lourdeur, elles sont une respiration nécessaire aux petites tragédies des héros.

Sans jamais se vouloir prétentieux, Play est le film évident du duo Boublil-Marciano. Une sorte de Gamins revisité par l’innocence de l’adolescence. Une comédie romantique et nostalgique car elle touche la corde sensible : le besoin et l’envie d’être aimé par des amis, un compagnon ou une compagne, ses parents… Anthony Marciano se fait tendre en jouant la carte du cœur et Max Boublil retrouve la sensibilité de son personnage dans Prêt à tout. Ce personnage romantique caché sous une tonne de blagues est la révélation du film : re-découvrir Max Boublil pour ce qu’il est, un garçon bien !

Enfin, Play bénéficie d’un casting au diapason : Malik Zidi, Arthur Périer et surtout Alice Isaaz. Cette fougue, cette force et cet amour rejaillit dans chaque scène, dans chaque plan parfois foutraque car c’est filmé avec une caméra vidéo mais derrière cet amateurisme, se cache un montage réussit et à la perfection où tout s’enchaîne avec une fluidité rare dans ce genre de production… Play est la preuve qu’avec un savoir-faire porté avec beaucoup de bonne volonté, il est possible d’offrir une histoire simple, universelle et terriblement attachante. Le film vous hante encore un peu en sortant de la salle de cinéma pour finalement devenir ce souvenir heureux du temps passé pour croire en un avenir meilleur.


« Play est la preuve qu’avec un savoir-faire porté avec beaucoup de bonne volonté, il est possible d’offrir une histoire simple, universelle et terriblement attachante. »


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