Plaire, Aimer et Courir Vite réalisé par Christophe Honoré [Cannes 2018 Film REVIEW]

Synopsis : « 1990. Arthur a vingt ans et il est étudiant à Rennes. Sa vie bascule le jour où il rencontre Jacques, un écrivain qui habite à Paris avec son jeune fils. Le temps d’un été, Arthur et Jacques vont se plaire et s’aimer. Mais cet amour, Jacques sait qu’il faut le vivre vite. »

Si l’année passée était une première, on a décidé de réitérer l’expérience et de faire profiter une nouvelle rédactrice. Du 8 au 19 mai 2018, nous sommes présents au 71e Festival de Cannes afin de découvrir les films qui feront l’évènement, ou non, les mois prochains dans les salles obscures, et ce, dans le monde entier. CinéCinéphile représenté cette année par la jeune journaliste Pauline Mallet qui nous donne son regard de cinéphile sur les films proposés en Sélection Officielle et dans les Sélections Parallèles.
Et d’autres journalistes, loin de Cannes, posent également leur regard sur les films qui sortent dans la foulée de la compétition tel Manu le Suricate.

Après Les Bien-Aimés, sorti en 2011 et présenté en clôture du Festival de Cannes, Christophe Honoré revient sur la Croisette en compétition officielle. De nouveau une histoire d’amour, mais qui marie avec finesse humour et émotion. Étiquetée comédie dramatique, Plaire, aimer et courir vite réussit le pari de séduire le spectateur tout en l’amenant vers des sommets d’émotion. Jamais larmoyant, toujours touchant. De nouveau, avec le réalisateur, se pose la question de la réalité et de la fiction. Quels morceaux appartiennent à son passé ? Quels moments sont pure invention ? Où est l’autobiographie ? Où est la part de fiction ? Pour vite comprendre que Christophe Honoré déroule une partie de sa jeunesse dans ce Paris qui l’a accueilli au début des années 1990. Ses espoirs, ses envies, ses doutes et ses craintes dans une superbe déclaration d’amour à un passé qui l’aura construit.

Encore une fois, chez Honoré, la musique est omniprésente : personnage à part entière. Elle suit les personnages, raconte une histoire : celle d’une génération qui se cherche, qui profite de tout malgré la menace omniprésente. Le SIDA est ici clairement identifié, mais c’est plus la mort et la maladie qui sont les menaces visibles dans le film. Comme pour Les Chansons d’amour, la faucheuse plane sans cesse, mais elle n’empêche pas la vie. Jamais ! Et c’est toute la force du film d’un cinéaste français: vivre plus fort, plus vite parce qu’il y a une urgence à aimer, une urgence à se sentir dans la marche du temps qui passe. Le réalisateur filme une histoire d’amour qui paraîtra universelle bien qu’elle concerne deux hommes. Elle parle de la rencontre, du début des attaches, des liens que l’on tisse, de la famille que l’on se crée et finalement d’une tentative de construction de quelque chose même si le sexe est bien présent et par moment “la baise”. D’ailleurs, le film aurait dû porter le titre de « Plaire, baiser et courir vite ». Mais aimer est apparu : Christophe Honoré filme des corps qui se cherchent, se trouvent et s’aiment avec une sensualité folle. Des scènes intimes magnifiées par toute la tendresse qui transparaît dans les moments d’amour pur. Au contraire, les scènes de sexe cru sont expédiées bien que faisant partie de la construction de l’histoire entre Arthur et Jacques.

Arthur et Jacques : deux hommes qui se rencontrent à un moment où le premier entre dans la vie avec force et vigueur, mais aussi romantisme et où le second ne veut plus se permettre d’aimer, car la fin s’approche. Vincent Lacoste est superbe de gaucherie, de tendresse et d’humour. Et une nouvelle fois Pierre Deladonchamps est magistral de force et d’abandon tout en traînant une mélancolie entêtante. Le scénario nous permet de pénétrer dans la vie de ces deux hommes : leur quotidien, leurs amours, leur passion. Pourtant, la mise en place de l’histoire est trop lente et aurait gagné en efficacité si le réalisateur avait su introduire plus rapidement ses deux héros. En revanche, les dialogues sont un véritable plaisir : de la poésie à chaque mot, un choix très précis des mots à échanger. Et des silences suffisamment éloquents pour ne pas avoir besoin de parler. Enfin de l’humour : tout le temps, toujours pour ne pas oublier qu’aimer c’est avant tout vive et être heureux et non juste mourir !

Côté réalisation, Christophe Honoré privilégie la photographie de Rémy Chevrin simple et douce, jamais brutale. Elle accompagne ses personnages pour mieux les mettre en avant. Le duo amoureux éclate avec bonheur (la rencontre devant La Leçon de Piano est une véritable déclaration d’amour au cinéma). Et les rôles secondaires qui gravitent autour de deux hommes feront le bonheur de l’histoire. Au premier rang, Denis Podalydès subtil clown triste et ami fidèle qui mérite toute notre attention. Son jeu est composé de nuances passant de la froideur à l’amitié sans borne pour nous permettre de redécouvrir l’étendue de son talent. Le jeune Tristan Lafarge (fils de Jacques) porte à lui seul l’amour d’un père et la bienveillance à l’égard des différences… toutes les différences ! Reste aussi Sophie Letourneur, ou le trio Adèle Wismes, Thomas Gonzalez et Clément Métayer : tous sont des composantes de l’histoire d’amour qui nait et en même temps des morceaux de Jacques ou d’Arthur… indispensables pour comprendre ce que sont ces deux hommes.

Plaire, aimer et courir vite est une comédie dramatique où la douceur de la caméra caresse les corps, effleure les visages, prend par la main pour mieux nous emporter dans un tourbillon d’amour et de tendresse. L’humour omniprésent finit d’emporter l’adhésion malgré pourtant quelques longueurs. Et au final, Christophe Honoré distille ce qu’il faut d’émotion pour mieux cueillir le spectateur.

 

Plaire, aimer et courir vite réalisé par Christophe Honoré avec Pierre Deladonchamps, Vincent Lacoste et Denis Podalydès. Sortie le 10 mai 2018 en France.

« Pierre Deladonchamps et Vincent Lacoste se cherchent, se trouvent, se croisent pour vivre un premier et un dernier amour fugace où l’urgence de la mort ne peut être déjouée. »


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