Pinocchio, cette histoire ne vous laissera pas de bois


Synopsis : « Geppetto, un pauvre menuisier, fabrique dans un morceau de bois un pantin qu’il prénomme Pinocchio. Le pantin va miraculeusement prendre vie et traverser de nombreuses aventures. »


Les lumières de la salle de cinéma s’allument, tu te repositionnes sur ton siège pour avoir fière allure parce que la position “je m’installe comme à la maison” ce n’est pas trop ça, et là, ton ami(e) se retourne vers toi et te pose la question fatidique…

Nouveau film à ne pas connaître le chemin de la salle à la suite du confinement, le Pinocchio de Matteo Garronne débarque sur Amazon Prime sans attendre la réouverture des salles de cinéma pour mi-juillet. Pour de nombreux films, le budget publicité largement utilisé et ce mois de juillet qui risque de voir débarquer en salles un nombre incalculable de films sans que chacun ne puisse rencontrer son public aura eu raison d’une sortie. Même si revient cette fameuse question : le public aura-t-il envie d’aller beaucoup ou peu au cinéma ?

Le Pacte, distributeur français, a décidé de vendre le film à la plateforme de VOD afin que Pinocchio connaisse une nouvelle vie et surtout pour réussir à contrer les liens de piratage qui pullulent car ce film est sorti depuis décembre dernier en Italie. Voici donc la nouvelle vision, la relecture de l’histoire, qualifiée de conte, de Carlo Collodi.

Depuis tout petit, le pantin de bois fait partie de la vie de Matteo Garrone. Habitué des histoires de mafia (Gomorra) ou de la vie de loosers magnifiques (Dogman), le réalisateur a aussi livré un conte obscur et étrange, le mal-aimé Tale of Tales. Une adaptation de contes fantastiques, ceux de Giambattista Basile. Si le film n’a pas connu le succès espéré, le réalisateur italien en a gardé l’envie de proposer un nouveau conte en se plongeant dans l’enfance : l’univers du petit pantin de bois qui ne doit pas mentir !

Dès les premières images, on reconnaît des similitudes entre les deux films même si l’équipe autour de Garronne est différente. En faisant appel à Nicolai Brüel, qui l’avait accompagné dans Dogman, le réalisateur fait le choix d’une photographie alternant le chaud et le froid pour différencier les moments. Elle est ensoleillée quand Pinocchio est un bon petit garçon et elle joue sur la symbolique des couleurs froides : le bleu, le noir bleuté, ou la saturation des blancs au maximum pour évoquer les moments de doute, de crainte avec une scène terrible qui existe dans le conte original : la pendaison de Pinocchio. Cette relecture du conte pour enfants est par moment effrayante pour effacer la version de Disney même si des personnages emblématiques reviennent.

Pour Matteo Garrone, il fallait dépasser la lecture de Disney et revenir à l’essence même de l’histoire. Gepetto est un pauvre menuisier, sans le sou, mendiant, qui va créer Pinocchio à partir d’une bûche de bois magique… aucune intervention de fée bleue pour ce passage juste une inattendue rencontre avec cette bûche qui bouge et ne demande qu’à vivre. Apparaît alors le pantin de bois, une merveille de maquillage puisque c’est le jeune Federico Ielapi qui l’interprète. Si au départ Garrone avait pensé à son fils, le jeune acteur choisi, prête ses traits à merveille et surtout son corps aux quatre heures de maquillage quotidien. À l’âge de 9 ans, il incarne ce petit pantin de bois tiraillé entre l’envie de bien faire pour respecter son papa et toutes les tentations qui se placent sur son chemin.

C’est là que le film décolle : les tentations sous la forme d’un bestiaire merveilleux et qui par moment fait peur. Le travail du maquillage par Mark Coulier complété par les effets spéciaux de Pasquale Catalano font des merveilles. La bonne conscience de Pinocchio est présente sous la forme d’un grillon malicieux et moralisateur que le petit pantin ne veut écouter. Et sur son chemin, il rencontre les deux brigands que sont le renard et le chat et aussi un loup, un escargot, un chien, un singe, un thon… tout un monde merveilleux déroutant, étonnant, amusant et effrayant.

L’une des plus belle scène est d’ailleurs lorsque Pinocchio rencontre le théâtre de marionnettes du terrible Mangefeu. Ces pantins sont tous vivants mais tenus par des films et deviennent une nouvelle famille pour le petit pantin de bois… mais pourtant, la tendresse de Mangefeu va faire des merveilles pour transformer le personnage et l’histoire. En s’éloignant de la vision colorée de Disney, Matteo Garrone réussit à rendre humain tous les personnages… Sans abandonner le côté fantastique, le conte crée un monde réel pourtant fantasmagorique car les thèmes abordés sont universels : l’apprentissage, les mensonges, l’amour familial…

Déroutant au premier abord, car on perd nos repères du conte pour enfants original, le film de Matteo Garrone est pourtant une belle surprise grâce à son casting. Roberto Benigni est d’une douceur incroyable en limitant son jeu au personnage qu’il incarne, un humble et pauvre menuisier. La fée bleue a deux interprètes : la jeune Alida Baldari Calabria et Marine Vacth… La première illustre les premiers jours de vie du pantin avec amusement et humour voire espièglerie tout en rappelant les règles de la vie en famille. La second prête sa beauté diaphane pour créer un personnage inquiétant et surprenant… elle est celle qui explique que les mensonges sont mauvais et qui va livrer sa vie pour que Pinocchio devienne un vrai petit garçon. Et autour du héros, des gueules du cinéma italien qui même transformés par les heures de maquillage, offrent une crédibilité folle à leur personnage, entre conte et réalité.

La véritable bonne surprise de cette relecture de l’histoire de Carlo Collodi est d’ancrer le pantin de bois dans une Italie de la fin du XIXe siècle, frappée par une crise économique forte. Le conte devient la photographie d’un monde ancien où la survie et les mauvais coups sont la norme. Une histoire de la pauvreté qui vante les mérites de la gentillesse, la droiture et l’envie d’apprendre pour créer un monde meilleur. Une vision que cherche à enseigner Gepetto à son fils. Bercé par la musique mélodieuse de Dario Marianelli, capable d’une adaptabilité surprenante entre Les Heures sombres ou Bumblebee, cette relecture de Pinocchio est aussi un véritable spectacle familial à voir sur un écran de téléviseur si possible pour lui faire honneur. Une fantaisie légère, parfois sombre et effrayante, mais toujours magique : la force de Matteo Garrone est d’avoir su rendre justice à un personnage de son enfance. Sa sincérité déborde dans chaque plan, dans chaque moment, dans chaque rencontre de Pinocchio avec un monde sauvage qui l’entoure pour finalement rappeler : qu’il n’y a rien de mieux que la famille.


Disponible sur Amazone Prime Vidéo en France

« Une fantaisie légère, parfois sombre et effrayante, mais toujours magique : la force de Matteo Garrone est d’avoir su rendre justice à un personnage de son enfance. »


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