Peppermint réalisé par Pierre Morel [Sortie de Séance Cinéma]

Synopsis : « Riley North est une jeune mère de famille dont le mari et la petite fille viennent d’être assassinés par un gang. Face à système judiciaire corrompu qui remet en liberté les meurtriers qu’elle avait pourtant formellement identifiés, Riley décide de prendre les armes pour faire payer tous ceux qui, de prêt ou de loin, sont impliqués »

Les lumières de la salle de cinéma s’allument, tu te repositionnes sur ton siège pour avoir fière allure parce que la position “je m’installe comme à la maison” ce n’est pas trop ça, et là, ton ami(e) se retourne vers toi et te pose la question fatidique…

Alors que s’enchaîne sur nos écrans de cinéma, ainsi que sur les différents écrans où peut être consommé le septième art, les sorties de films d’action tous plus explosifs et spectaculaires les uns que les autres, réside un sous-genre qui semble être plus omniprésent que jamais. Ce dernier et non des moindres n’est autre que le revenge movie. Le revenge movie, ou film de vengeance si vous optez pour la traduction littérale, est un sous-genre qui a toujours été présent au cinéma, et ce, traversant les genres cinématographiques. Élément de motivation qui va servir à provoquer un personnage afin d’enclencher un deuxième ou troisième acte de scénario, la vengeance s’avère être l’élément de motivation le plus employé dans l’écriture d’un scénario. Western, épouvante, thriller, action, drame ou encore comédie burlesque. Tout personnage frustré ou énervé (de quelque manière qui soit), car ayant subi une action dont il ne voulait pas être la cible va vouloir se venger, donnant lieu à une action ou un enchaînement d’action souvent majeur pour le film dont il est question. Alors que tout semble déjà avoir été fait au cinéma, la vengeance est aujourd’hui devenue quelque chose de conventionnel et hautement prévisible notamment dans le domaine du cinéma d’action. “Il ou elle a tout perdu et il ou elle, veut se venger !” Les taglines du genre pleuvent depuis des décennies et, on ne va pas se mentir, elles n’ont plus le même impact que lorsqu’on découvrait le cinéma lors de nos jeunes années respectives. “La justice a échouée, elle fera la sienne”. Clairement ce n’est pas grâce à une telle tagline que les équipes derrière le film Peppermint ont réussi à nous entraîner dans une salle obscure, mais bel et bien l’envie de voir Jennifer Garner revenir sur le devant de la scène dans un John Wick au féminin.

« Jennifer Garner revient à l’action, plus brutale et déterminée que jamais dans un revenge movie au scénario paresseux, mais à l’action intense ! »

Né et découvert par le prisme de la société et des productions EuropaCorp tel un certain Olivier Megaton, Pierre Morel a tout d’abord fait ses gammes en tant que technicien avant de passer derrière la caméra. Steadicam operator sur des films comme Jeanne d’Arc, Astérix et Obélix : Mission Cléopâtre ou encore Before Sunset, c’est après une dizaine d’années de pratique qu’il se voit confié la réalisation d’un certain Banlieue 13. Film bien connu par toute une génération de jeunes français, même s’il n’a aucunement révolutionné le cinéma, Banlieue 13 est représentatif de ce que tentait de faire la société de production EuropaCorp a ses débuts. Copier les États-Unis et produire du cinéma d’action sur le territoire français. Un film franchement pas déplaisant et qui techniquement, tient la route encore aujourd’hui contrairement à certaines productions fraîchement débarquées. Même si cantonné au cinéma d’action de gros bras et populaire, Pierre Morel a l’audace de ne pas se précipiter entre les projets afin de ne pas brûler une renommée créée en 2008 avec Taken. Succès français, mais surtout outre-Atlantique qui permet aujourd’hui au cinéaste de revenir sur le devant de la scène avec une production 100% américaine. Néanmoins, au-delà du retour de Pierre Morel trois ans après le médiocre The Gunman, c’est avant tout le retour de Jennifer Garner au cinéma d’action. Huit ans après la sortie du film The Kingdom réalisé par Peter Berg, elle fait ici son retour dans la peau d’une guerrière dont le terme peur ne fait plus partie de son vocabulaire. Si ce n’est clairement pas sur son histoire que le projet a pu naître et/ou être financé, c’est très certainement sur le nom de son actrice principale.

Resucée (à la limite du plagiat même si l’auteur de ce dernier n’a rien inventé) de l’histoire d’un certain Frank Castle, Peppermint repose sur un scénario aussi paresseux qu’on peut l’être par une température caniculaire. Rebondissements prévisibles, enchaînements téléphonés, dilemmes moraux insipides, personnages manichéens… tous les éléments nécessaires afin de concocter le film d’action le plus consensuel au monde sont réunis, réussissant même à survoler certaines thématiques développées avec bien plus d’intérêts dans le remake du film Death Wish paru il y a quelques mois. Et il n’était pas pour autant un modèle d’originalité, c’est pour dire. Néanmoins et même si c’est toujours dommageable de voir un scénariste user de banalités et rebondissements vieux comme la découverte du feu, ce n’est pas sur ce point que l’on attend une telle œuvre. S’il ne dispose pas d’une patte artistique flamboyante, Pierre Morel a la force d’avoir déjà fait ses gammes. Il connaît les bases du cinéma d’action populaire et met ces connaissances sur la table afin de permettre au film de ne pas se perdre en chemin. Un focus sur l’action loin d’être désagréable, permettant d’occulter le scénario et ses nombreux problèmes au profit de scènes d’action toutes plus jubilatoires et brutales les unes que les autres. Si Bryan Mills était déterminé dans ses intentions tout en restant raisonné dans ses actes, Riley North agit de manière totalement irréfléchie. Elle n’a qu’une idée en tête : tuer tous ceux qui sont impliqués dans la mort de son mari et de sa fille. Elle ne cherche ni à comprendre pourquoi, ni à comment faire sans être repérée… bien au contraire. Un changement de personnalité brutal dont le scénario se moque éperdument se focalisant essentiellement sur l’action. Une focalisation que l’on caractérise comme un bien comme un mal, tel qu’il a déjà été expliqué. Elle est subitement devenue une arme à tuer et compte bien le faire.

Riley North est une arme à part entière. Brutale, sans concession et obnubilée par le fait de tuer. Un personnage intéressant pour le film puisque lui permettant d’atteindre un jusqu’au-boutisme jusqu’ici rarement vu dans un film d’action au féminin. Intense et déterminée dans le regard, Jennifer Garner porte le film à bras le corps, donnant le plus possible scène d’action après scène d’action. Épaulé par une équipe de techniciens (jeunes et expérimentés) qui enchaînent les blockbusters hollywoodiens (Brent Egan en 2nd assistant cam, Dale Myrand en cam operator, Jeremiah Kent en add second assistant cam…), Pierre Morel signe un film d’action foncièrement didactique, mais extrêmement fonctionnel. Tout est fait pour rendre l’action aussi lisible que dynamique et brutale. À ça on ajoute un sound design tout à louable, suffisamment impactant, ainsi qu’un découpage qui n’en fait heureusement pas trop. Une plongée au cœur de l’action aux côtés d’une Jennifer Garner impliquée et dont on n’en attendait pas autant. Elle nous porte à croire en ce personnage, en cet ange des rues qui n’a pas peur de prendre les armes et de faire parler ses poings face à des machos suffisants. Film dans l’ère du temps qui offre à Jennifer Garner le rôle d’une femme entreprenante, déterminée et brutale, Peppermint ne révolutionne le genre sans pour autant décevoir. B Movie aussi brutal que jubilatoire au visionnage, il ne repose pas moins sur un scénario paresseux qui cumule les poncifs du genre. Tous les stéréotypes et facilités y passent, mais grâce à un focus sur l’action et à une action suffisamment bien orchestrée (techniquement propre) et menée par une Jennifer Garner au sommet, le film Peppermint offre ce que l’on attendait de lui.



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