Pépite n°3 : “Tout, tout, tout vous saurez tout sur…”

Chronique-Suricate-Pépite-3


Après vous avoir proposé un voyage vers le Bagdad Café et plongé dans mon adolescence insouciante (avec Elvira), je vous propose de poursuivre notre rencontre avec celle de ma famille.

Mais tout d’abord quelques mots d’introduction pour arriver au film que j’aime…

Avec Talons aiguillesPedro Almodovar s’ouvrait les portes de l’Europe (certes il y avait déjà mis le petit orteil avec Attache-moi)… Débridé, amusant, incroyable, il décide de poursuivre avec une histoire totalement dingue : Kika. Mais, ce film ne rencontrera pas son public.

Lassé des délires ibériques (déjà) ? Une movida trop présente ? C’est cet échec qui pousse le réalisateur et scénariste à écrire des histoires plus romantiques, dramatiques et profondes. La fleur de mon secret et En chair et en os sont les deux premiers exemples.

Pourtant, à ce stade-là, personne ne s’attend à ce que sa fantaisie dramatique en hommage aux femmes, aux mères toucherait le coeur du public (2 145 055 personnes en salles en France en 1999).

Ce film n’est pas un joyau : il est une pépite ! Une pépite brillant et étincellant depuis 1999.



Tout sur ma mère - AfficheQuelle est l’histoire de Tout sur ma mère ?

Synopsis : “Manuel, infirmière, vit seule avec son fils Esteban, passion de littérature. Pour l’anniversaire de son fils, elle l’invite au théâtre pour voir “Un tramway nommé désir”. À la sortie, Manuela raconte à son fils qu’elle a interprété cette pièce face à son père dans le rôle de Kowalski. C’est la première fois qu’Esteban, bouleversé, entend parler de son père. C’est alors qu’il est renversé par une voiture. Folle de douleur, Manuel part à la recherche de l’homme qu’elle ai aimé, le père de son fils.


En quoi ce film est-il ma pépite ?

Manuela et EstebanSimplement parce qu’Almodovar trouve la justesse entre les larmes, le rire et surtout la vérité, la réalité.

Partir d’une situation basique et plausible : une infirmière (Manuela), coordinatrice du don d’organes, offre à son fils (Esteban) pour ses 17 ans, la possibilité de voir son actrice préférée (Huma Rojo) dans la pièce Un tramway nommé désir.

EstebanEn voulant un autographe, son fils est heurté mortellement par une voiture… alors qu’elle accepte que le coeur de son fils soit transplanté, elle démissionne et part pour la ville qu’elle a quitté quand elle était enceinte d’Esteban : Barcelone. Un retour aux sources pour achever une quête : celle d’elle-même, celle du père de son fils (qui ne sait pas qu’il avait un enfant) et surtout obtenir l’autographe que désirait tant Esteban.

C’est cette quête qui l’amène à rencontrer des femmes, d’autres femmes, toutes les femmes…


Drôle, enlevée, efficace, colorée sans trop de fioritures, si Tout sur ma mère (il était temps de vous donner le titre du film quand même) a enchanté, c’est que Pedro a su créer un sentiment d’appartenance à cette famille de femmes assez spéciale : mère, soeur, amante, épouse… réunies par le souvenir d’Esteban.

Les dialogues font mouches : la scène de l’appartement où elles sont toutes réunies est jubilatoire !

Agrado

Agrado (superbement interprétée par Antonia San Juan), la prostituée transsexuelle, est le savant mélange entre le rire et les larmes, l’acceptation de l’autre tel qu’il/elle est, et l’émotion : son one man-woman show est humain et réjouissant.

Pedro Almodovar entrechoque les joies et les peines mais toujours avec amour.

Tout sur ma mère est une déclaration d’amour à toutes les mères : c’est avec un véritable pincement au coeur que je suis sorti de la salle alors que j’avais le sourire aux lèvres. Même si ce film me rend toujours mélancolique, il règne dans Tout sur ma mère une émotion continue : comme le témoignage du temps qui passe. Le témoignage de l’amour d’une mère (irremplaçable) pour son enfant, prête à tout pour que son bonheur soit entier.

Intimement bouleversant, ce 13ème film d’Almodovar lui a porté bonheur et m’a apporté une certaine sérénité. Il m’aura surtout permis de comprendre à quel point l’amour d’une mère est sans limite.


Tout sur ma mère : le film des premières fois ?
  • 1ère compétition officielle à Cannes d’où il repartira avec le Prix de la Mise en scène (pas de prix pour ses actrices… dommage) et surtout avec un sentiment de déception car il méritait cette Palme d’Or face aux frères Dardenne qui proposait leur premier film, Rosetta… qui avait divisée la Croisette.
  • 1ère fois qu’il propose un casting entièrement et exclusivement féminin pour les rôles principaux (il fera de même avec Volver en 2006).

    L'équipe de " Todo Sobre Mi Madre " © BENAINOUS-DUCLOS
    L’équipe de ” Todo Sobre Mi Madre ” © BENAINOUS-DUCLOS
  • 1ère fois qu’il met en lumière une actrice qui avait eu quelques petits rôles dans ses films et qu’il est allé rechercher en Argentine : Cecilia Roth !
  • 1er Oscar : celui du meilleur film étranger (qui en annoncera tellement d’autres).
  • 1ère fois qu’il quitte Madrid pour Barcelone.
  • 1ère fois qu’il s’inspire d’un autre film pour son titre : All about Eve pour All about my mother.
  • Et enfin, première fois qu’il dédie son film : “À Bette Davis, Gena Rowlands, Romy Schneider… À toutes les actrices qui ont interprété des actrices, à toutes les femmes qui jouent, aux hommes qui jouent et se transforment en femme, à toutes les personnes qui veulent être mère. À ma mère.”

Un Mot de Conclusion...

Tout sur ma mère annonce la série de films sombres où la mort plane sans cesse (c’est le cas dans Parle avec elleLa mauvaise éducationVolver et Les étreintes brisées).

Tout sur ma mère est une histoire sensible et délicate, belle et douce, forte et fragile à la fois qui remue le coeur et les sens et qui reste pour moi (désolé pour les inconditionnels du brillant mélodrame Parle avec elle) le meilleur film du maître ibérique ! Et même si je vais en salles pour découvrir chacune de ses nouvelles productions, Todo sobre mi madre restera pour toujours au panthéon des plus beaux films que j’ai vus dans ma vie !

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