Peninsula, chevauchée sauvage dans une péninsule malfamée

Synopsis : « Quatre ans après Dernier train pour Busan, il ne reste que des zombies dans la péninsule. Un groupe de soldats forcés d’y retourner découvrent que des survivants non contaminés se sont regroupés dans une bande bien plus dangereuse que les zombies… »


Les lumières de la salle de cinéma s’allument, tu te repositionnes sur ton siège pour avoir fière allure parce que la position “je m’installe comme à la maison” ce n’est pas trop ça, et là, ton ami(e) se retourne vers toi et te pose la question fatidique…

Si délaissé des décennies de temps à cause de restrictions économiques, mais avant tout à cause de la situation politique du pays, le cinéma coréen est à l’heure actuelle le cinéma dont l’essor se fait le plus ressentir. Plus qu’un simple éveil, une émancipation qui offre à des têtes pensantes des moyens et de réelles possibilités de création. Quelques têtes, quelques noms porteurs qui vont permettre dans les années et décennies à venir de voir le cinéma coréen devenir un cinéma sur lequel les publics du monde entier pourront compter. Des créateurs qui en l’espace de trente ans, ont d’ores et déjà réussi à faire comprendre aux spectateurs du monde entier, que le cinéma coréen regorge de talents aux idées folles et enivrantes. Si l’on connaissait déjà Park Chan-wook, Bong Joon-ho, Na Hong-jin ou encore Kim Jee-woon, c’est ajouté dans le courant de l’année 2016 un certain Sang-ho Yeon.

Véritable phénomène lors de sa sortie dans les salles coréennes, européennes et américaine, Dernier Train pour Busan offrit aux amateurs du genre, un buffet dont ils n’attendaient pas tant. Un spectacle à la mise en scène généreuse qui, même si prévisible et schématique dans les grandes lignes, se démarquait grâce à des pièces maîtresses jubilatoires et un réel traitement des zombies. Pas que de simples faire valoir, mais la pièce centrale de l’oeuvre. Bien loin des hordes numériques et insipides d’un World War Z. Oppressants, stressants, incontrôlables et imprévisibles. Autant en masse, qu’individuellement et permettant l’application d’idées de mise en scène aussi ingénieuses que profondément jubilatoires. Quatre années après, Sang-ho Yeon nous plonge une nouvelle fois dans cet univers devenu post-apocalyptique. Après le huis clos, place au film de braquage.

Quatre ans après les événements relatés dans les précédents films, la péninsule est devenue déserte. Les survivants ont en grande parti pris refuge au Japon, laissant les contaminés errer par milliers dans des ruines où la nature a repris ses droits. Des contaminés, mais pas que. Avec Peninsula, le cinéaste Sang-ho Yeon ne se contente pas de singer le premier film, ou, de réaliser une simple suite aux histoires précédents racontées (dans les films Dernier Train pour Busan et Seoul Station ndlr). Voir au-delà et étendre un univers qui a l’avenir pourra lui-même être incrémenté de nouvelles histoires, de nouveaux personnages, de nouveaux survivants. Si Peninsula est, à l’image de Dernier Train pour Busan, un film dont l’histoire schématique et manichéenne ne surprend pas, son scénario recèle d’idées qui permettent de tenir en haleine. Tel Mad Max 2 : The Road Warrior, Peninsula embrasse la folie d’un univers post-apocalypse punk et décérébré.

On pense à Mad Max 2 : The Road Warrior, mais également à Mad Max 3 : Thunderdome sur bien des points, ainsi qu’à toutes ces œuvres dont les univers post-apocalyptiques permettent de mettre en scène la race humaine dans toute sa splendeur. La décadence, la folie, l’inhumanité causée par un désespoir profond et ancré en ces personnages laissés pour compte. Ce n’est que l’arrivée sur la péninsule de nos braqueurs amateurs qui va pouvoir faire renaître une once d’espoir en celles et ceux qui ne sont pas déjà perdus. Si le thème de l’espoir a ici sa place et permet au film de développer son récit, ainsi que ses personnages, de manière fluide et cohérente, ce n’est pas ce qui va rendre l’histoire palpitante. Le sentiment de déjà vu ne va jamais réellement quitter le spectateur. Sentiment amplifié par des moments d’émotion et de prises de conscience, dont le récit n’aurait peut-être pas pu se passer, mais qui auraient pu être écrits et mis en scène différemment. Sans sombrer dans les grandes tirades et actions où le pathos est de mise.

Néanmoins, le panel de personnages va embellir, de leurs couleurs respectives, ce récit fondamentalement classique et sans grandes surprises. Le manque d’une grande gueule, d’un antagoniste charismatique consumée par la folie et le pouvoir se fait malheureusement fortement sentir. Un manque certain, mais comblé, par les bien aimés contaminés. En groupe comme individuellement. Ils courent, sautent et mutent pour donner vie à des amas de chair humaines qui ne demandent que de la viande fraîche. Cœur de toutes les peurs, Sang-ho Yeon met en scène des zombies imprévisibles, aussi terrifiants physiquement (des maquillages incroyables ndlr), que de par leurs aptitudes (les références vidéoludiques se font ici plus ressentir que jamais). Ce qui va donner lieu à des séquences d’action d’ores et déjà cultes. Jamais terrifiant, mais spectaculaire et jubilatoire, car généreux, superbement chorégraphié et filmé de manière à transmettre au spectateur toute l’intensité des chorégraphies.

Développer un univers, c’est vouloir plus, toujours plus… voir plus grand. Les grands espaces s’offre à un cinéaste qui a de la suite dans les idées. Un cinéaste qui a des envies de braquage, de courses-poursuites endiablées où les contaminés deviendront des obstacles avec lesquels devront jouer les poursuivants. Céder aux louanges de l’action et des grands espaces c’est se heurter à l’infiniment trop grand et devoir ne pas se fondre dans le carcan hollywoodien. Finalement voir trop grand et dévoiler des plans/séquences aux effets numériques qui auraient de quoi faire douter un spectateur habitué aux blockbusters américains. C’était sans compter sur un cinéaste qui a de la suite dans les idées et notamment l’idée d’user du numérique (incrustations, création de background…) comme d’une technique d’animation à part entière. Le numérique ne sert plus simplement à combler un vide (créer un arrière-plan, incruster un véhicule dans un environnement…), mais devient un outil qui va permettre au cinéaste de mettre en image ses plus grandes folies.

Fortement influencés par des œuvres vidéoludiques (Split Second, Dead Rising et Left 4 Dead pour citer l’évidence), Sang-ho Yeon se lâche et met en scène des courses poursuites au surréalisme assumé, pour se voir finalement exacerbé. Assumer le surréalisme des situations pour inculquer chez le spectateur une jubilation communicative. Quelques explosions, échanges de coups de feu et coups de volants que ne renierait pas un Baboulinet en pleine introspection. À ce plaisir incroyable, mais sommes toute sans grande ingéniosité même si le savoir faire est là, Sang-ho Yeon ajoute son élément de prédilection : le zombie. Le zombie vecteur premier du plaisir ressenti chez le spectateur. Simple chair à canon que l’on expulse tels des cônes orange lors d’une course poursuite endiablée, élément terrifiant lors d’une d’exploration de zone, animal enragé aux mouvements désarticulé et aux aptitudes hors normes lors de combats endiablés… Sang-ho Yeon joue avec le zombie et le met en scène de différentes manière afin de surprendre le spectateur. Un renouvellement constant qui maintient le plaisir intact de la première à la dernière séquence. Si perfectible sur bien des points (histoire peu enivrante, manque d’un antagoniste charismatique, bande originale peu marquante…), Peninsula est un spectacle décomplexé, sauvage et jubilatoire porté par une mise en scène d’une générosité sans limite.


Actuellement dans les salles au Québec et dès le 28 Octobre au cinéma en France.

« Brutal, sauvage et décomplexé. Un spectacle jubilatoire aux accents vidéoludiques assumés (lien parfait avec Seoul Station), qui permettent à Sang-ho Yeon de mettre en image ses plus grandes folies. »


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