Parasite, Bong Joon-Ho au sommet de son art

Synopsis : « Toute la famille de Ki-taek est au chômage, et s’intéresse fortement au train de vie de la richissime famille Park. Un jour, leur fils réussit à se faire recommander pour donner des cours particuliers d’anglais chez les Park. C’est le début d’un engrenage incontrôlable, dont personne ne sortira véritablement indemne… »


Les lumières de la salle de cinéma s’allument, tu te repositionnes sur ton siège pour avoir fière allure parce que la position “je m’installe comme à la maison” ce n’est pas trop ça, et là, ton ami(e) se retourne vers toi et te pose la question fatidique…

Depuis le début des années 2000, le cinéma sud-coréen s’est imposé comme l’un des plus grands représentants d’un cinéma de genre politique et social, avec à sa tête des cinéastes tels que Park Chan-wook (Old Boy, 2003), Kim Jee-woon (J’ai rencontré le diable, 2011), Na Hong-jin (The Strangers, 2016), et enfin, Bong Joon-Ho (Memories of Murder, 2003). Ce dernier, aux côtés de son compère Park Chan-wook, est sans aucun doute l’un des cinéastes les plus emblématiques de ce mouvement. Bong Joon-Ho est un cinéaste qui se démarque des autres membres de cette nouvelle vague par cette pluridisciplinarité avec laquelle il parvient à mêler les genres avec une grande aisance. Ce véritable touche-à-tout peut se vanter aujourd’hui d’avoir livrer des œuvres marquantes dans chacun de ces genres, allant du thriller (Memories of Murder) au film de monstre (The Host, 2006), en passant par le drame social (Mother, 2009) et la SF d’anticipation (Snowpiercer, 2013) ou écologique (Okja, 2017). Bong Joon-Ho est un cinéaste protéiforme : il mélange les genres et les tons dans un seul et même film, allant du tragicomique burlesque au thriller, en passant par le portrait social et politique qu’il insuffle à chacune de ses œuvres, ce qui en fait l’un des représentants les plus emblématiques de ce mouvement de cinéma politique qui attendait patiemment la récompense suprême. 

Deux après sa première sélection en compétition officielle au Festival de Cannes, en 2017, avec Okja, injustement ignoré par le jury sous prétexte de statut estampillé « Film original Netflix », on se souvient de la polémique sur la croisette, Bong Joon-Ho s’est vue remettre la première Palme d’or sud-coréenne pour son nouveau film, le très attendu Parasite. Ce film marque le retour du cinéaste à l’essence de son cinéma, intégralement tourné en Corée du Sud dans sa langue natale après deux films au casting international, Snowpiercer et Okja, soit plus de dix ans après Mother. Parasite marque également un retour au thriller qui a fait la renommée mondiale du cinéaste avec son chef- d’œuvre Memories of Murder. Vous l’aurez compris, Parasite était sûrement l’un des films les plus attendus de cette compétition cannoise 2019. Cela en valait-il la peine ? Assurément. 

Parasite débute dans une maison sous terre, par le prisme d’une fenêtre au ras du sol d’une ruelle, dans laquelle vit la famille de Ki-taek (le burlesque Song Kang-Ho, acteur coréen fétiche de Bong Joon-Ho depuis Memories of Murder). Lorsque leur fils parvient à se faire recommander pour être engagé comme professeur d’anglais pour la fille des richissimes Park, qui vivent dans une maison d’architecte dans les hauteurs de la ville, la famille y voit une opportunité pour s’introduire dans le quotidien de cette famille de la classe supérieure. Et afin de respecter la note d’intention adressée par le cinéaste à la presse, nous ne dévoilerons pas plus l’intrigue de Parasite afin de ne pas gâcher les nombreux rebondissements de ce thriller à tiroirs. Car la première grande qualité de ce nouveau film est sans aucun doute sa narration. Bong Joon-Ho est un grand conteur d’histoires et le prouve encore une fois à travers une narration alambiquée, utilisant savamment le montage alterné et son rythme effréné pour nous conter un thriller hitchcockien aux multiples rebondissements, saupoudré d’une écriture tragicomique burlesque où le cinéaste parvient à alterner avec aisance une première partie plus orientée vers la comédie et une seconde basculant dans un thriller retorse, glacial et angoissant, presque proche de l’horreur par moment, à l’image du cinéma d’un Jordan Peele et de son récent Us (2019) avec lequel Parasite partage quelques points communs, notamment son ton burlesque et son propos politique et social.

Car avant d’être un thriller hitchcockien ou « une tragicomédie impitoyable et cruelle », selon les propos même de son cinéaste, Parasite, tout comme l’était Memories of MurderThe Host ou même Snowpiercer, est une satire sur les inégalités sociales, une thématique universelle s’adressant aussi bien pour notre société occidentale que pour celle sud-coréenne. La farce satirique se trouve autant dans le fond que dans la forme chez Bong Joon-Ho, dans les dialogues ciselés tout comme dans la manière de filmer l’espace. Sans trop en dire sur les trappes du thriller, la maison de la famille Park est un personnage à part entière, rendu vivant par les mouvements de caméra en steadycam et l’utilisation du plan-séquence. De la même manière que Bong Joon-Ho filmait la lutte des classes sociales en suivant le parcours d’un personnage depuis le fond d’un train jusqu’à sa tête, dans Snowpiercer, le cinéaste filme un personnage, le fils en l’occurrence, qui part d’une maison ancrée dans le sol pour s’élever socialement et physiquement en s’introduisant dans une maison de la classe supérieure. Là où le propos social de Snowpiercer se traduisait à l’horizontale, sous la forme d’un huis-clos dans un train lancé à toute allure, celui de Parasite se lit à la verticale, deux maisons se superposant, les riches au-dessus, les pauvres en-dessous, dans un huis-clos d’une grande maitrise, où le parasite se fond dans le décor, de la même manière qu’il était un rouage dans la mécanique infernale du train de Wilford dans Snowpiercer. La mise en scène de Bong Joon-Ho, à la fois élégante et maitrisée comme une machine parfaitement huilée, vient sublimer le propos politique et social par de purs moments de mise en scène d’une inventivité vertigineuse. Chaque plan est parfaitement composé, débordant d’ingéniosité et d’idées dans la manière de filmer l’espace du huis-clos, distillant l’angoisse avec une maîtrise folle, tenant toujours sur un fil entre le burlesque et le thriller, sans pour autant tomber dans la caricature ou la bouffonnerie. Par exemple, le cinéaste utilise l’image d’un téléphone portable pour sublimer ces personnages dans un moment de comédie suspendu dans le temps par l’utilisation du ralenti, ou encore il utilise la caméra d’un interphone pour susciter une forme de voyeurisme hitchcockien qui revient sans cesse dans des moments de suspense intense, où les trouvailles de mise en scène fusent à la seconde. Le final de Parasite, que nous ne dévoilerons pas, rassurez-vous, nous interpelle autant qu’il nous interroge directement, à travers un dernier plan qui fait clairement écho au chef-d’œuvre du cinéaste, Memories of Murder. Comme si ce nouveau film bouclait la boucle d’une première partie de filmographie, déjà dense et exceptionnelle, tout en nous offrant un avenir prometteur à travers une lueur d’espoir touchante, au milieu du constat pessimiste de cette farce tragicomique.       

Parasite est ce genre de film qui ne se limite pas à un unique visionnage. Malgré son twist et ses rebondissements de thriller à tiroirs, ce film-somme regorge de détails, de couches de lectures multiples, autant dans son propos social de fond que dans la forme de sa mise en scène inventive et diablement maîtrisée. Cela faisait bien des années que le jury du Festival de Cannes n’avait pas décerné une Palme d’or à un film à la fois aussi accessible et populaire que cinématographiquement abouti, tout en étant une palme politique. À la fois satire sociale politique et cruelle, tragicomédie burlesque et thriller hitchcockien totalement maîtrisé, Parasite est un grand film.

« Une grande Palme d’or, populaire et cinématographiquement impressionnante. Parasite propulse le cinéaste sud-coréen au sommet de son art, Bong Joon-Ho signant son œuvre la plus aboutie depuis Memories of Murder. Un coup de maître. »


Avertissement : des scènes, des propos ou des images peuvent heurter la sensibilité des spectateurs.

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